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Samuel KNUDSEN – 80 ans – Ancien chasseur, pêcheur et instituteur pendant 30 ans Kangersuatsiaq – Latitude 72 22 N – Longitude 055 32 W

200 habitants

Propos recueillis en juin 2009

 

Un des grands changements, c’est d’abord le soleil, comme on peut le constater ici, l’air est froid, mais le soleil est brûlant. Dans la position où je me trouve,  ma joie au soleil est très chaude pendant que celle qui est à l’ombre est glacée. Quand j’étais enfant, dans les années 30 et 40, le temps à la même période (début juin) était doux et non froid comme maintenant, et la banquise était encore présente. Elle se formait en décembre ou janvier. Depuis la fin des années 90 et 2000, elle arrive bien plus tard, et disparaît fin avril.

Aujourd’hui, il n’y a plus d’équilibre entre la vie traditionnelle et la vie moderne. Par le passé, notre activité était à 100 % tournée vers la chasse et la pêche. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans les années 40, il y avait énormément de kayaks, chaque homme, chaque chasseur avait son propre kayak. Maintenant, ils ont entièrement disparu. Seules, de rares embarcations sont utilisées lors de démonstration. Les gens avaient beaucoup plus de chiens. Il en reste encore, mais ils ne sont plus indispensables. Dans 10 voir 15 ans, il n’y aura ici, plus aucun chien. Avant les années 2000, on pouvait encore voir les habitants de Sondre Upernavik, le village plus au sud, venir jusqu’à nous, voir jusqu’à Upernavik avec leurs attelages. Cela n’est plus le cas, la glace est trop fragile. Ce serait bien trop dangereux. Il est donc rare et exceptionnel de voir quelqu’un voyager avec un attelage à chiens.

Je n’ai pas de crainte particulière pour le futur, si ce n’est de voir de nombreux villages disparaître au profit des grandes villes. Avec le mode de vie actuelle, les gens ne peuvent plus vivre uniquement de la chasse au phoque. Ici, il n’y a pas assez de travail pour tous. Dans le temps, capturer des phoques, nous permettait de vivre pendant plusieurs jours. Aujourd’hui, sa valeur marchande ne le permet plus. Le phoque était précieux et vital , nous l’utilisions pour nous nourrir et pour nous chauffer également. Aujourd’hui, c’est simplement une nourriture parmi d'autres. Les gens ne recherchent plus le phoque, ils recherchent le travail. À l’époque, les maisons étaient plus basic, mais nous étions autonomes, car nous les construisions nous-mêmes avec les moyens du bord. Actuellement, si l’on souhaite une maison, il faut beaucoup d’argent, commander le matériel, se mettre sur une liste d’attente, et patienter une à deux années, avant de recevoir les matériaux pour pouvoir enfin la construire. La vie est plus facile aujourd’hui, mais nous sommes devenus dépendants d’un système. Par le passé, elle était plus rude, mais nous étions autonomes.

Face aux changements climatiques, nous ne pouvons pas lutter et comme dans tous les pays du monde, si quelque chose change, l’homme doit s’adapter.  

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