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Hans Lars
FORGENSEN – Pêcheur à la retraite
Nuuk –
Latitude 64° 10’ N – Longitude 051° 44’ W
18 000
habitants
Propos recueillis en août 2010
J’ai
commencé mon activité de marin pêcheur en 1976 pour terminer
cette activité 20 ans plus tard. Maintenant, je ne pêche
plus que pour mon propre compte et mon plaisir. J’ai démarré
avec une petite embarcation, la technique y était vraiment
rudimentaire. Après trois ans, j’ai pu emprunter de l’argent
pour me procurer un bateau plus important. C’était un petit
chalutier de 11 mètres de long. Ce bateau était plus
fonctionnel et mieux équipé d’un point de vue technique. Il
était composé d’un équipage allant de 4 à 5 personnes. J’ai
été très chanceux, car il y avait énormément de morues dans
le fjord à cette époque. Le prix de vente était lui aussi
très correct. J’ai gardé ce petit chalutier pendant 11 ans.
Et pendant cette période, mes prises annuelles n’ont cessé
d’augmenter. Par la suite, celles-ci ont commencé à
diminuer. Beaucoup de monde s’était mis à pêcher la morue,
et de grosses unités de pêche s’étaient développées en mer.
Cela a engendré une sur pêche, et les prix ont commencé à
diminuer. Depuis mes débuts, les techniques de pêche ont
largement évolué. Les zones accidentées sont maintenant
accessibles à nos chaluts, alors qu’à l’époque, ils ne
pouvaient travailler que sur un sol plat. Notre travail est
depuis toujours concentré autour de deux espèces : la morue,
et le flétan en hiver. Ces deux espèces ont été affectées
par la sur pêche. Le flétan a lui aussi disparu à
l’intérieur des fjords.
J’ai
aussi chassé la baleine, à raison de deux baleines par an,
exclusivement réservées à la population du pays. Le
Groenland répartit son quota annuel de baleines sur les
différentes villes et villages de son littoral.
J’ai maintenant revendu mon bateau et ne pêche plus
qu’occasionnellement. Il m’arrive aussi d’aller à la chasse.
Dans notre secteur, les choses bougent très vite. Les zones
de chasse que je fréquente au fond du fjord se transforment
à vue d’œil. Là où il y avait de la glace, on ne trouve
maintenant plus que de l’eau. Le glacier était inaccessible
et protégé par une ceinture de glace de 500 mètres. Celle-ci
a aujourd’hui entièrement disparu. Une autre chose et tout
aussi remarquable. Sur les versants des montagnes, les
langues glacières qui habituellement diminuent par la base,
fondent en même temps par leur sommet. Nous avons maintenant
un temps instable et imprévisible qui contraste avec les
conditions du passé.
Les prospections minières ont maintenant commencé dans la
montagne. Tous les jours, des vols d’hélicoptères survolent
le fjord. Nous ne savons pas ce qui se passe exactement, et
peu d’information circule à ce sujet. Je suis conscient que
notre pays a besoin de développer son économie, mais je ne
souhaite pas que cela se fasse à n’importe quel prix. Nous
avons vu les effets néfastes des grosses exploitations dans
plusieurs pays du monde, notamment en Afrique. Des régions
entières sont ravagées, et les profits réalisés quittent le
pays. Notre région est encore vierge et sauvage, et
j’aimerais que mes enfants et mes petits-enfants puissent
encore y vivre et en profiter.
Je suis
défavorable aux multinationales étrangères qui n’ont aucun
scrupule. Je serais plutôt favorable à de petites unités
respectueuses de notre environnement. Comme je l’ai dit, je
connais beaucoup de personnes sur Nuuk qui ne connaissent
pas ce qui se passe ici. Les gens savent qu’il y a des
prospections, que les travaux ont commencé, mais qui est
derrière tout cela, les gens l’ignorent. Il s’agit de
groupes étrangers avec des travailleurs étrangers, et seuls
quelques rares Groenlandais y participent.
Sur
tous les fronts, les choses vont très vite dans notre pays.
J’ai entendu ce matin à la radio qu’en mer, les premiers
forages ont trouvé du gaz. Le pétrole ne devrait pas tarder
à couler. Le bateau de Greenpeace est déjà sur les lieux,
afin d’attirer l’attention des médias. Greenpeace est peu
appréciée dans le pays. Ils nous ont causé beaucoup de torts
pour la chasse aux phoques, qui n’avaient rien à voir avec
les chasses pratiquées au Canada. Mais dans le cas présent,
leur action peut nous être utile. Les plates-formes de
recherches pétrolières que je croise en mer me font peur,
nous avons besoin d’un minimum de ressources, j’espère
simplement que la recherche de celle-ci ne détruise pas
notre pays. Et qu’il nous soit encore possible de chasser,
de pêcher, et de profiter pleinement et pour longtemps de
notre nature.
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