|
Thomas
Juul-Pedersen – Scientifique et Directeur de programme au
Greenland Institute of Natural Resources
Nuuk –
Latitude 64° 10’ N – Longitude 051° 44’ W
18 000
habitants
Propos recueillis en septembre 2010
Depuis quelques années, nous enregistrons toutes les
évolutions que subit le climat au Groenland. Pour autant,
nous n’avons que peu de recul comparé aux connaissances et à
la mémoire des habitants des petites communautés. Car tout
le monde peut voir et constater que les choses changent très
rapidement, ici, dans le pays. Comme vous le savez, 80 % de
nos exportations proviennent des ressources maritimes
réparties sur deux espèces : la crevette et le flétan. Nous
nous concentrons beaucoup sur l’étude de la banquise autour
du Groenland. En raison de la fonte de l’Inlandsis, nous
voyons arriver de plus importantes quantités d’eau douce qui
affecte l’équilibre des fjords et des côtes. Nous ne savons
ce qui peut se passer si cette situation se poursuit. Elle
pourrait affecter l’ensemble de l’écosystème marin du
Groenland. Dans de nombreuses régions du nord, la vie locale
est maintenant affectée par le recul et la disparition de la
banquise en hiver. Ils n’ont pas souvenir de périodes aussi
prolongées où ils n’ont pu se servir de leur attelage, alors
qu’ils le faisaient régulièrement tout l’hiver il y a à
peine une dizaine d’années de cela.
Nous constatons une fréquence plus importante des sur verses
des lacs glaciaires. Ce phénomène a toujours existé, mais
aujourd’hui, avec une fonte plus rapide, ces sur verses sont
plus fréquentes. Les effets sont impressionnants, car
d’importantes quantités d’eau s’échappent par la partie
inférieure des glaciers.
En
septembre dernier, des milliers de rascasses vivant dans les
profondeurs des fjords de Nuuk se sont ainsi retrouvés
piégées, repoussées vers la surface, où elles sont venues
mourir.
Beaucoup d’espèces arctiques telles que les ours polaires,
les baleines, les phoques ont un taux de polluants et de
métaux lourds très élevé dans leur organisme. Ces
contaminants sont tous en provenance des pays
industrialisés. Ils arrivent principalement par la voie des
airs pour finir la mer. Ces polluants n’existent pas au
niveau local. Ils proviennent de nos sociétés
industrialisées. Au même titre, le réchauffement ne vient
pas des zones polaires. L’Arctique est le révélateur de
problème qui a leur origine au sud.
Nous n’avons pas eu de neige cet hiver alors qu’en Europe,
cela a été un des hivers des plus froids (2010).
Au
nord-est du Groenland, des recherches démarrées en 1996 et
informatisées depuis 2005 montrent que les fleurs éclosent
avec trois à quatre semaines d’avance. Ce qui confirme sans
ambiguïté que le printemps arrive plus tôt et qu’il est plus
chaud. Ce décalage se poursuit avec une banquise qui se
forme plus tard. Cela démontre que la période chaude est
plus longue. Les animaux cherchent à s’adapter à ces
changements.
Personne ne peut répondre à la question : "que se
passera-t-il au moment où il n’y aura plus de banquise
pendant l’été ? " Les ours polaires vont-ils s’adapter ? Où
vont-ils complètement disparaître ? Cette situation n’étant
jamais arrivée, nous n’en connaissons pas la réponse.
|