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Ole BRANDT – Employé communal

Iginiarfik – Latitude 68° 08 N – Longitude 053° 10’ W

67 habitants

Propos recueillis en juillet 2010.

 

Ce qui me préoccupe le plus ici, c’est de trouver un emploi. Je n’ai pour l’instant qu’un travail à temps partiel qui m’occupe deux jours par semaine à la commune. Je m’occupe de l’enlèvement des déchets des habitations, et des travaux de mécanique. Avec 67 habitants, il n’y a pas de travail pour tout le monde. Il y a d’ailleurs beaucoup de probabilité pour que je perde le mien d’ici peu.

Notre maire ne voit aucun futur pour le village. Il ne voit d’avenir que dans les villes. Cela m’inquiète beaucoup, car tout ce que je possède se trouve ici dans ce village, qui, de par sa position au fond des fjords, vit exclusivement de la pêche. Notre production part dans les grandes villes, et fait tourner leur économie, mais nous n’en voyons aucun retour. Nos dirigeants ont besoin des bras des pêcheurs, mais pas forcément de leur village. Sans une action concrète de leur part, je ne vois pas de futur ici pour nous.

J’envisage, dès que cela sera possible de me déplacer dans la région d’Uummannaq, où des exploitations minières viennent de ré ouvrir. Il y a aussi l’industrie pétrolière qui pourrait rapporter des emplois. Ici, nous connaissons les endroits où trouver du poisson, où trouver des phoques et où aller chasser le caribou. En ville, nous n’aurons plus de repère. La plupart des habitants souhaitent comme moi rester au village, mais dans un futur très proche, ils n’auront pas le choix. Nous sommes nombreux à penser que d’ici vingt ans, notre village n’existera plus. Dans notre secteur, les premières fermetures ont commencé en 1912, d’autres ont suivi dans les années 1960. La vie du Groenland est ainsi faite.

Si j’en avais la possibilité, j’aimerais poser une question à notre Président : "Comment voit-il l’évolution et le futur des villes et des villages dans notre pays ?".

Pour ma part je n’aime pas vivre en ville. Les villes sont bruyantes, violentes et impersonnelles.

Je ne vois pas d’aspect positif à la nouvelle autonomie du pays. Nos dirigeants n’appréhendent les choses que d’un point de vue économique. Le coût de développement des villages n’est pour eux pas rentable. Le Danemark aidait le Groenland dans son ensemble. Aujourd’hui, il verse encore 3.6 milliards de couronnes par an, mais cette somme est principalement attribuée aux grandes villes. Une chose est sûre, ici nous n’en voyons pas la couleur. Cela me fait dire, qu’il y a peu de chance pour que la nouvelle autonomie du Groenland nous apporte une solution. 

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