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Arne Lange – Employé communal

Ilimanaq – Latitude 69° 04’ N – Longitude 051° 06’ W

102 habitants

Propos recueillis en juin 2010

 

Notre village est un des plus vieux villages du Groenland. Nos ancêtres les Inuits l’ont occupé pendant des milliers d’années, et jusqu’à nos jours. Le village a officiellement été fondé en 1741, mais nous savons que nos ancêtres ont occupé cet endroit pendant des milliers d’années et bien avant cette date. Il y a énormément de traces de vestiges, d’anciennes fondations. J’ai lu pas mal de livres sur notre village j’ai appris qu’au 18e siècle il y avait jusqu’à 300 personnes qui vivaient principalement des chasseurs. De 1970 jusque vers la fin des années 1980, la baie de Disko était entièrement prise par la glace pendant l’hiver. Il y avait une quarantaine d’enfants dans le village. Celui-ci était très animé. Depuis que le poisson-chat a disparu dans les années 1970. Il y a eu une décennie très froide. C’est ce qui a occasionné la disparition des poissons-chat. Ensuite, avec le réchauffement progressif, les poissons-chat sont revenus plus nombreux. Entre temps, les gens ont commencé à bouger sur d’autres secteurs.  

Notre pêcherie est ouverte que pendant l’hiver et traitent les cabillauds pêchés pendant l’été jusqu’en septembre, octobre au plus tard. À partir de novembre, décembre, le cabillaud est coupé et séché, puis conditionné.

A l’exception de l’hiver 2008 2009, il n'y a plus de banquise. Quand la banquise était présente, nous nous déplacions dans tous les secteurs de la baie de Disko en chiens de traîneaux. Aujourd’hui pour trouver de la glace et utiliser nos attelages, il nous faut aller dans les fjords au pied des reliefs. Les phoques y sont nombreux.

La meilleure période de chasse sur les fjords est le mois d’avril. On peut y pratiquer une chasse d’approche et guetter le phoque lorsqu’il sort de l’eau. Le 30 avril dernier, mon fils qui a maintenant 8 ans a tué son premier phoque. Nous avons fait une grande fête, et avons invité tout le village nous avons mangé tous ensemble et cela a été un grand évènement. Il en a été bien sûr très fier et très heureux.

 Concernant le futur l’avenir de notre village, il est entre nos mains et entre les mains des générations futures. S'ils ne font rien, s’ils restent oisifs, le village disparaîtra. S’ils sont dynamiques, travailleurs, et qu’ils s'organisent, il y a encore un bel avenir pour notre village et je ne suis pas inquiet, car les gens seront heureux de vivre ici. Depuis 25 ans, la population est stable. Elle varie entre 80 et 100 habitants. Nous avons la pêcherie même si elle fonctionne qu’une partie de l’année et de plus en plus de touristes viennent ici.

Les gens qui vivent dans les petits villages y vivent principalement pour la qualité de vie. Ils savent bien qu’en ville, les conditions sont très différentes. J’espère que je vivrais vieux et très longtemps dans ce village.

 Pour revenir au changement que nous avons connu dans notre région, je pense que le plus important est la période de réchauffement que nous subissons actuellement et que nous avons remarqué dès les années 1990. Cette situation empêche nos pêcheurs d’aller pêcher dans les fjords, car la glace y est trop mince. Auparavant, c’est une chose qu’ils faisaient régulièrement pendant l’hiver. Cela les pénalise, mais d’un autre côté la baie de Disko est maintenant entièrement dégagée pendant l’hiver et les pêcheurs peuvent aller où bon leur semble. Une situation intermédiaire est plus préjudiciable, une vingtaine de centimètres de glace dans la baie de Disko empêche les pêcheurs de se déplacer avec leurs bateaux, ils ne peuvent non plus utiliser leurs attelages à chiens, car là la glace y est trop fragile.

Avec ces nouvelles données, la vie n’est pas facile. L’aspect économique rentre en ligne de compte. La chasse apporte un complément à notre quotidien, mais c’est un complément personnel. Nous pouvons manger la viande ou en donner à nos chiens. Ce n’est pas comme il y a 70 ans, les dépenses extérieures étaient moindres et la chasse permettait à elle seule de vivre. Tous les chasseurs reviennent aujourd’hui avec du phoque dans leur foyer. Mais ce n’est pas quelque chose qui se vend. Par contre, il nous faut payer le pétrole, pour nos embarcations et pour nous chauffer, tout comme,  il nous faut payer l’électricité et tous nos achats au quotidien. Aujourd’hui, nous avons autant besoin de nourriture que d’argent. Cela est malheureux à dire, mais pour nous il est préférable d’avoir un réchauffement et des eaux libres en hiver qui permettent à nos bateaux et à l’ensemble des pêcheurs de circuler librement. Mais au fond de moi, j’espère réellement que ce réchauffement va s’arrêter et qu’il fera froid à nouveau. Les pêcheurs pourront ainsi aller pêcher sur la glace au fond des fjords comme par le passé. Si le climat continue à se réchauffer sur l’ensemble de la planète, la calotte glacière groenlandaise fondra. Je préfère de loin un retour du froid, pêcher dans les fjords lorsqu’il fait très froid et que la glace y est épaisse et de loin bien meilleure. Nous avons toujours utilisé nos chiens pour pêcher et pour chasser.

Depuis le réchauffement, nous n’utilisons plus nos chiens que comme un hobby, et allons chasser avec eux simplement deux mois par an. Il y a à peine dix ans, nous pouvions commencer dès novembre à utiliser nos chiens dans les fjords cela jusqu’à la mi-mai. Cette période me semble loin aujourd’hui. Chaque année, au début octobre et parfois pendant une longue période il n’y a pas de glace du tout dans les fjords. Car quand il fait froid, la glace gèle au pied des glaciers et plus rien ne circule dans le fjord. La situation peut rester ainsi deux à trois semaines, parfois un mois. Mais le glacier avance et de nouveaux icebergs se forment, et partent à la mer via le fjord. Tout ceci est en mouvement et se répète sans cesse.

 Notre vie n’a plus rien à voir avec le passé. Si mon grand-père me voyait tuer un phoque et donner cette viande aux chiens, il me dirait : "tu es fou". Par le passé, cette viande, elle leur était dédiée, c’était leur survie. Notre vie est beaucoup plus facile. À 50 ans, un homme était vieux et en paraissait 80. L’espérance de vie a énormément évolué, les gens vivent maintenant une vingtaine d’années de plus. Nos parents étaient certes autosuffisants, mais cette indépendance leur coûtait très cher. Les Groenlandais n’auraient jamais survécu s’il n’y avait pas eu de phoques. La viande de phoques est la viande numéro un, de loin la plus consommée dans le pays. Cette viande leur a permis de survivre. La graisse servait à chauffer et à éclairer les habitations, la viande, à se nourrir et à nourrir les chiens, la peau à réaliser des habits et des embarcations. Le phoque est réellement important dans notre pays. Un Groenland sans phoque eut été un Groenland sans vie. C’est un peu comme l’élevage dans d’autres pays, où l’on élève des vaches et d’autres animaux afin de s’en nourrir. La différence : notre viande nous vient de la mer et qu’elle est 100 % naturelle.

Il y a bien sûr quelques élevages d’agneaux dans le sud du Groenland, mais cela reste marginal. Bien sûr, si je ne trouve pas de phoque, je peux toujours me rendre à la boutique et acheter de la viande. Mais cela, uniquement en dernier ressort.

L’argent est devenu une deuxième quête, surtout en hiver pour les pêcheurs. Car il suffit de 10 cm de glace pour qu’ils ne puissent plus utiliser leurs bateaux ou leurs attelages.

Un plan d'aide aux pêcheurs a été élaboré. Car l’hiver est pour eux la période la plus difficile. Quand les journées sont faites de nuits, qu’il y a des tempêtes de neige, et qu’une mince couche de glace bloque la mer et les fjords, la vie est alors très difficile pour eux. Les communes gardent maintenant des petits travaux pour eux, principalement en novembre et décembre. Les travaux consistent à réparer des chemins, réparer des canalisations, des travaux d’intérêt général qui ne sont pas effectués pendant l’été, mais justement gardés à leur intention, car ils ont à ce moment-là besoin d’argent. La viande ou le poisson ne suffisent pas pour vivre, il leur faut de l’argent.  

Je pense que l’accession à une autonomie renforcée est une bonne chose pour le pays, mais nous ne sommes pas encore prêts pour l’indépendance. Nous le serons certainement prochainement, mais pas pour le moment. J’étais très heureux l’an dernier, le 21 juin, lorsque nous sommes devenus plus indépendants. Le Groenland est grand et il n’y a seulement que 57. 000 personnes. Il reste encore beaucoup de problèmes depuis la période coloniale. Ils diminuent au fil du temps. Dans les années 1970, la plupart des emplois étaient encore tenus par des Danois, aussi bien les docteurs, les pilotes ou autre. Aujourd’hui, les Groenlandais occupent progressivement de plus en plus de postes au niveau de notre société. Les niveaux de formation des Groenlandais progressent. Bien sûr, le début de cette période d’indépendance risque d’être dur pour les Groenlandais. Je pense qu’il en est de même pour tous les pays. Mais si nous y croyons tous, ce sera bénéfique pour tout le monde. Nous offrirons un meilleur futur à nos enfants et à nos petits-enfants. Nous avons besoin d’aide et de savoir-faire extérieur pour y arriver. Le gouvernement a pour cela passé des accords avec des compagnies pétrolières ou des compagnies minières et j’espère que cela sera bénéfique pour tout le monde.

Je vois plus de positif que de négatif à ces évolutions. L’économie de marché et la compétition seront bénéfiques pour tout le monde, un exemple de notre coopérative de pêcherie qui sans être la plus grosse apporte une offre complémentaire et des emplois à notre communauté.

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