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Finn PEDERSEN – Professeur depuis 24 ans au Groenland

Upernavik  - Latitude 72 46 N – Longitude  056 009  W

1.300 habitants

Propos recueillis en Juin 2009

 

Il y a quinze ans, nous pouvions utiliser la banquise pendant l’hiver comme une autoroute aussi bien vers le nord que vers le sud. Maintenant, on ne peut plus aller nulle part, la banquise est très fine ou il n’y a pas de glace du tout. Il devient dangereux d’utiliser des traîneaux à chiens. Jusqu’en 1993, les motoneiges étaient interdites sur la banquise et l’on se déplaçait uniquement avec des attelages. Il y avait alors plus de chiens que d’habitants sur Upernavik. J’ai moi-même eu des chiens, mais comme pour de nombreuses personnes, les dernières années, je pouvais plus aller avec eux sur la banquise. Ils ne m’étaient d'aucunes utilité. Il fallait les nourrir à ne rien faire.

Cette année, malgré un bon hiver, nous avons eu deux mois de banquise, mais d’une glace très fine de l’ordre de dix à quinze centimètres d’épaisseur et il était très dangereux de s’y aventurer. Sur une année normale, l’épaisseur de la banquise est de vingt centimètres. La banquise dans les environs d’Upernavik a toujours était plus mince qu’ailleurs en raison du courant de fonte venant de l’énorme glacier à cinquante kilomètres de là.

Quand je suis arrivé sur Upernavik, il y a vingt ans, on pouvait circuler sur la banquise dès la fin du mois de novembre.  Le problème pour les Inuits est que cette situation les paralyse complètement. La banquise peut être trop fine pour pouvoir la parcourir avec des attelages, tout en restant trop épaisse pour pouvoir passer avec des embarcations motorisées.  Une des conséquences de cette réduction de la banquise est la venue en grand nombre d’ours polaires dans notre secteur.  En 2007, les chasseurs en ont abattu une trentaine,  à proximité de la ville.  Les baleines sont aussi beaucoup plus importantes que par le passé. Elles suivent les bancs « d’amacets » (petits poissons) eux aussi en augmentation.  Quelle en est la raison ? On a également constaté l’apparition de nouvelles espèces d’oiseaux, tels que le Cormoran.

Les hivers sont beaucoup moins rigoureux. On ne trouve plus des températures négatives de  quarante degrés comme c’était le cas, les plus froides atteignant difficilement les vingt degrés.  Les orages et fortes perturbations qui touchaient nos côtes pendant l’automne ont disparu. Ils sont quasi inexistants sur l’ensemble de l’année et semblent s’être déplacés vers le sud sur le secteur de Nuuk, plus de mille kilomètres.

Dans le passé, la banquise amenait un air froid et sec, avec un ciel clair et dégagé, maintenant, avec toutes ces zones d’eau ouverte, le ciel est beaucoup plus couvert, brumeux, avec une masse d’air humide. 

D’un point de vue économique, nous avons vécu une mutation des activités de chasse qui s’est reportée sur la pêche et principalement la pêche au flétan.

La chasse au phoque est toujours pratiquée. Par contre, si vous regardez attentivement les embarcations qui partent vers le glacier, vous vous apercevrez qu’il y a très peu de jeunes. Ils ne sont pour la plupart, que peu intéressés par la chasse. Ils préfèrent de loin les hamburgers de la boutique !

La situation est par contre différente dans les petits villages, où l’activité est restée plus traditionnelle. Les opportunités professionnelles y étant moins nombreuses qu’en ville, la chasse et la pêche y sont souvent les seuls moyens de subsistance.

Certains villages proches des grandes villes sont définitivement délaissés, voire abandonnés.

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