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John PEDERSEN – Dirigeant du club de kayak

Ilulissat – Latitude 69° 13’ N – Longitude 051° 06’ W

5 000 habitants

Propos recueillis en juin 2010

 

Le kayak, en tant que moyen de locomotion, a failli disparaître du Groenland dans les années 70, dès l'arrivée des premières embarcations motorisées hors-bord. Les Groenlandais ont toujours été pragmatiques et recherché les moyens les plus pratiques. Que ce soit pour la chasse ou pour la vie de tous les jours. Ils ont donc naturellement délaissé le kayak, pour aller vers quelque chose de plus rapide, de plus confortable et de plus sûr. Aujourd'hui, au travers des différents clubs sportifs que l'on trouve principalement dans les grandes villes, on sent un regain d'intérêt pour le kayak traditionnel. Sur Ilulissat, de nombreuses personnes viennent chez nous construire leur propre kayak. Toutes les générations sont représentées. Nous avons ici un kayak, que j'ai réalisé pour mon petit-fils de 5 ans. J'ai fabriqué plusieurs kayaks. Le tout premier était inspiré des kayaks tels qu'ils le construisaient sur la côte est du Groenland. À l’époque, j’utilisais du bambou, car une fois mouillé, il est facile à cintrer, mais ce n'est pas le bon matériau. Le bois flotté est de loin bien meilleur.

Pour notre part, nous faisons le nécessaire pour qu'il y ait toujours un intérêt collectif quant à cette activité et cela au fil des générations. Si nous ne faisons pas ce travail d'animation, l'intérêt doucement s'effacera. Les associations se trouvent principalement dans les grandes villes, mais les petits villages sont aussi concernés. Bien sûr, on n’y voit pas autant de kayak, mais lorsque ceux qui en possèdent partent camper, ils les emmènent avec eux sur leur embarcation motorisée, et une fois au camp, ils l'utilisent pour chasser Les enfants en profitent pour jouer et ainsi découvrir une autre façon de naviguer. Nous venons récemment d'être invités par le Musée de Qasigiannguit. Ils ont comme projet la réalisation d'un village groenlandais tel qu'il se composait aux alentours de 1750, soit il y a à peu près 250 ans. Tout sera réalisé avec des moyens et des techniques artisanales. Nous allons construire un kayak entièrement à base de peaux de phoques et de tendons. La peau sera préparée et mâchée par les femmes, tel que cela se pratiquait. Nous avons au sein du club, des anciens qui réalisent encore leurs bateaux de la sorte. Ils nous montreront comment procéder. La construction débutera début octobre de cette année. Et il y aura avec cela, tout l'équipement traditionnel de chasse. Il sera lui aussi confectionné selon les moyens de l'époque. Les pagaies seront bien sûr en bois et os de baleine.

Il est aujourd'hui plus difficile de créer une émulation autour du kayak dans les petits villages que dans les grandes villes. Sur Ilulissat, avec 65 membres, dont 40 membres actifs, nous sommes le plus grand club du pays. Par exemple, aux championnats nationaux nous envoyons 24 personnes, contre 13 pour Nuuk, la capitale. Nous sommes en quelque sorte assimilés au passé et à la tradition.

On peut voir des kayaks, le jour de la fête nationale, comme on voit lors de  cette même journée de beaux habits et de beaux costumes que l'on ne voit pas tous les jours. Nous faisons partie du patrimoine. J'espère que nous ferons aussi partie du futur.

L'an dernier avec ma famille, j'ai passé une bonne partie de l'été dans le fjord du Torssukatak près du glacier, où tout mon matériel de chasse se trouve dans une cabane. Souvent, je pars en kayak depuis le fjord du Torssukatak jusqu'au glacier Eqip Sermia avec mon équipement de chasse. Les eaux y sont très calmes et le secteur regorge de phoques. Mes amis et ma famille me surveillent depuis la berge. Mais lorsque je vois un phoque, je pars à sa poursuite et en général, ils me perdent de vue. Je suis le seul à chasser de la sorte dans ce secteur. Il est dommage que mon approche soit devenue une exception.

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