|
Paul
JENSEN – Patron d’une petite entreprise de taxi
Ilulissat – Latitude 69 13 N – Longitude 051 06 W
5000 habitants
Propos recueillis en septembre 2009
Mon entreprise de taxi fonctionne essentiellement avec les
locaux. Il y a bien sûr des touristes, mais leur nombre a
diminué. La crise internationale y est certainement pour
quelque chose. Avec le coût du vol et les prix pratiqués
ici, nous ne faisons pas partie des destinations bon marché.
Malgré cela, l’Isfjord d’Ilulissat attire beaucoup de monde
et fait de notre ville, la première destination touristique
du pays. L’Isfjord a effectivement beaucoup reculé ces dix
dernières années. Vu d’ici, on peut constater une production
de glace qui ne cesse d’augmenter. Il est faux de dire que
la situation est normale. À l’exception de rares années,
comme cet hiver 2009, l’état de notre banquise est alarmant.
Ce n’est en rien un phénomène cyclique. L’été qui s’achève a
été un des plus secs que nous n’ayons jamais connu. Pour la
première fois, nous avons eu des interdictions de faire du
feu dans le district d’Ilulissat. L’évolution est trop
importante. Il suffit de regarder et d’être honnête, nos
hivers ne ressemblent en rien aux hivers du passé. J’avais
des chiens, mais les rares moments, où il m’était possible
de me déplacer sur la banquise, ne justifiaient plus que je
les garde. Je ne pouvais plus les nourrir. De nombreuses
personnes en ville étaient dans le même cas que moi. Nous
nous entraidions bien sûr mutuellement, mais la demande en
phoques et en poissons était trop importante. La pêcherie
nous était à ce moment-là d’une grande utilité. Et lorsqu’il
y a deux ans de ça, elle a déménagé pour aller s’installer
sur un autre village, des six mille chiens que comptait la
ville, la moitié ont dû être abattus. |