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Adolf Eugenius JENSEN – Prêtre, Charpentier, Chasseur

Saqqaq – Latitude 70 00 N – Longitude 051 55 W

200 habitants

Propos recueillis en août 2009

 

Les grands changements ont réellement commencé pendant les années cinquante. De nombreux villages, de trente à quarante habitants ont commencé à disparaître sur la côte du Groenland. J’estime que le Groenland est à la moitié de ce développement qui a pris place en Europe, il y a de cela, un siècle et demi. Mon point de vue est qu’il ne faut pas être radicalement contre, mais au contraire saisir les opportunités que ces changements apportent.

Les exemples de ces changements sont les pêcheries que nous avons ici sur Saqqaq ou sur Qeqertaq, qui n’existaient pas. Tout comme, le transport aérien, et notamment les hélicoptères qui tout au long de l’année, relient les villages, et apportent un soutien en cas de nécessité. Ces choses-là sont vraiment importantes. Les liaisons maritimes ne s’arrêtent plus en novembre pour reprendre au mois de juin, comme cela était le cas dans les années cinquante.

Quand j’étais enfant, je n’avais jamais vu de pommes. On reçoit aujourd’hui des fruits en toute saison. Nous n’avions pas de radio, alors que l’habitation la plus modeste a aujourd’hui une télévision. Les écrans plats sont les mêmes qu’en Europe. À l’époque, nous vivions avec mes cinq frères et sœurs, mes parents et ma grand-mère dans la même pièce. Huit personnes, au quotidien, ça n’était pas facile. Les choses ont bien changé aujourd’hui. Cette promiscuité engendrait parfois des catastrophes lors des épidémies. Beaucoup de personnes décédaient alors de la tuberculose.

Notre environnement évolue en permanence, en baie de Disko, les morues sont de retour beaucoup plus nombreuses qu’elles ne l’étaient dans le passé. Saqqaq n’a jamais été une place importante pour la pêche, elle le devient à présent.  Les bélougas sont par contre de moins en moins nombreux. On peut les observer de novembre à janvier. Avant, la période était bien plus importante. C’est une espèce qui a tendance à se raréfier sur nos côtes.

La chasse à la baleine est limitée et contrôlée. Du nord jusqu’à Ilulissat, nous avons l’autorisation de chasser cinq baleines boréales, même s’il y en a 6 et à 7000.  Je pense que c’est une bonne chose qu’il y ait ces restrictions. À l’époque, elles étaient chassées par des kayaks. Aujourd’hui avec les moyens modernes, et les nombreux bateaux moteurs, elles seraient complètement décimées, car ce sont des baleines dociles, et faciles à chasser.

La vie moderne a malheureusement entraîné une perte de nos traditions. Les enfants grandissaient avec les parents et les grands-parents et le savoir se transmettait ainsi.

Cela ne se fait plus, les jardins d’enfants et les garderies remplacent nos anciens. Le confort de chacun s’est amélioré au détriment de notre patrimoine et de nos traditions.

D’un point de vue général, je préfère notre vie contemporaine, même si concernant l’éducation des jeunes, les choses sont critiquables.

Sur le plan politique, le self gouvernement (autonomie renforcée) comme on l’appelle maintenant est une bonne chose, par contre l’indépendance totale serait une erreur pour l’avenir du Groenland.

Nous devons nous réjouir d’avoir été colonisés par un petit pays comme le Danemark. Un grand pays à l’exemple des U.S.A. nous aurait complètement absorbé, notre langue et notre culture auraient alors complètement disparu.

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