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Jacob Nielsen STORCH – Professeur

Saqqaq – Latitude 70 00 N – Longitude 051 55 W

200 habitants

Propos recueillis en août 2009

 

Mon père était ministre, j’ai pu le suivre sur de nombreuses villes. J’ai donc eu l’opportunité de vivre aux quatre coins du pays dans des points très différents les uns des autres.

Depuis de nombreuses années, l’aspect sanitaire n’a cessé de s’améliorer. Dans les années cinquante, il n’y avait aucune structure, et chaque communauté devait se débrouiller. Aujourd’hui, notre situation est proche de celle connue en Europe.

La chasse n’est plus un secteur fort de l’économie, cela en raison des restrictions européennes,  principalement dues aux chasses intensives menées sur les côtes canadiennes. Ces pratiques n’existaient pas chez nous. Par contre, la chasse au phoque est la même que dans les vieux jours. Elle est un mode de consommation traditionnelle. C’est ce que nous consommons et partageons avec nos chiens.

On a lu beaucoup de choses sur la pêche au Groenland, mais il ne peut pas y avoir de pêche intensive. Nos méthodes restent à l’échelle humaine, nous faisons juste un trou, et envoyons des lignes sous la glace. Là aussi, nous pêchons principalement pour nos besoins personnels. Les produits que l’on trouve dans les magasins ne servent qu’à agrémenter ce que nous prélevons. La chasse est  un moyen de troc entre les personnes. Les Groenlandais sont très solidaires, et partagent avec qui en a besoin. Il y a énormément de phoques, plus qu’auparavant. Ces derniers consomment deux cent cinquante kilos de poissons par jour.

 Les jeunes Groenlandais vivent avec leur temps et sont pour beaucoup déconnectés des traditions du passé. Pour exemple, notre très beau costume national entièrement réalisé à la main n’est plus confectionné par les jeunes Groenlandaises. Lorsque nos anciens vont disparaître,  il y  a de grandes chances qu’ils emportent avec eux le savoir et nombre de traditions du passé. Le kayak n’est plus utilisé dans le pays, à l’exception de démonstrations sportives, et du district de Thulé. Là-bas, les locaux ont établi leurs propres règles. Les baleines et les narvals ne peuvent être qu’approchés et chassés qu’à partir d’un kayak. Toute embarcation motorisée est tenue de couper le moteur à leur approche. Cette pratique ne concerne pas le reste du pays. Dans les années soixante-dix, le kayak avait complètement disparu, on ne le trouvait uniquement dans les musées. Ce n’est qu’à partir des années quatre-vingts,  que les nouvelles générations aidées de leurs anciens ont monté des clubs de kayak.

 Notre toute récente autonomie est une bonne chose, nous n’avons plus à demander au Danemark l’autorisation d’agir ou de modifier un texte de loi. Nous sommes maintenant libres de nos décisions. Le processus d’autonomie a commencé en 1979, malgré cela il nous fallait toujours motiver nos demandes et attendre de nombreuses semaines une réponse, parfois plus de six mois. Le peuple groenlandais a manqué de responsabilités, nous n’avons eu nos premières élections sur les années cinquante, ce qui est très proche. Nous avons à apprendre cette logique démocratique qui est nouvelle pour nous. D’un autre côté, nous sommes la seule colonie au monde qui ait pu accéder à son autonomie, à son indépendance, sans passer ni par la guerre ni par la violence.

 A Saqqaq, nous n’avions plus eu de banquise depuis 2003, elle est de retour depuis cette année,  les locaux recommencent à utiliser leurs chiens. Les Groenlandais ont toujours su évoluer face aux nouvelles situations. Personne ne sait ce que le futur nous réserve, on peut juste imaginer qu’elles seront différentes. Il y aura certainement de nouveaux insectes, de nouveaux poissons, on peut même imaginer un Groenland sans glace et sans banquise. À ce moment-là, il nous faudra nous adapter, l’homme est ainsi fait, qu’il soit Groenlandais ou autre. Ça ne sera pas la première fois. Nous nous sommes déjà faits au statut de colonie en 1953. La plupart des Groenlandais ont une capacité fantastique d’adaptation, car tous très proches de la nature.

 Une des croyances les plus fortes au Groenland est basée sur le principe de la réincarnation. Chacun quitte ce monde avec une partie de son expérience, mais en laisse une partie pour les générations futures. Dans ce sens, nous sommes beaucoup plus évolués que d’autres pays au monde, car nous sommes issus de la nature et de la terre. Voyageant à bord de vos kayaks, vous vous êtes certainement senti tout petit face à la nature. En ressentant cela, vous créez une relation beaucoup plus respectueuse avec elle. Dans ce sens, les Groenlandais ont toujours été en harmonie avec la terre. Contrairement à d’autres pays,  nous n’avons pas une vue purement économique de notre environnement. Nous ne chassons pas ou pêchons plus que nous ne pouvons consommer. Nous avons la volonté de garder les espèces qui sont dans les océans et les animaux qui nous entourent pour les générations futures. Nous n’avons pas besoin de textes ou de réglementations pour  nous dire comment fonctionner, nous possédons cela à l’intérieur de nous depuis des millénaires. 

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