Index Accueil Expéditions Photos Témoignages Contact
 

 

 

Emil BAHRI - Professeur

Upernavik - Latitude 72 46 N - Longitude 056 009 W

1.300 habitants

Propos recueillis en Juin 2009

 

Nouveau venu dans la région, je ne peux que rapporter les dires entendus ou constatés depuis deux ans.

Les parents m’ont rapporté qu’en cette période de printemps,(mai- juin), il n’y a plus d’orages comme par le passé. Malgré un hiver froid, l’épaisseur de la banquise a continué à diminuer. Elle est arrivée très tard, en février pour rester jusqu’à la mi-mai. Sur ce mois, sa consistance était très mauvaise. Les années précédentes, les gens partaient et marchaient très loin sur la banquise, mais ce ne fut pas le cas cette année, ils avaient peur. La situation est très changeante. J’ai appris qu’en 2002, la mer était restée livre pendant l’hiver.

Le niveau d’éducation au Groenland, est très bas, il y a depuis longtemps une pénurie d’enseignants et cette situation ne s’est toujours pas amélioré : ma présence ici, en est la preuve. Nous n’avons pas assez d’enseignants sur Upernavik et la situation dans les petits villages est encore plus préoccupante. De plus en plus d’élèves viennent sur les grandes villes, et nous ne pouvons y faire face.

Les changements politiques sont importants, le travail est colossal, des secteurs comme la justice et la police sont à réorganiser. Il faut retranscrire de nombreux textes initialement rédigés en Danois, en Groenlandais et former de nombreuses personnes. Le Danemark apporte une aide importante au pays, de l’ordre de trois milliards de couronnes. La nouvelle autonomie devrait apporter plus de souplesse quant à l’utilisation de ces fonds. Beaucoup de choses peuvent être faites :  pour ma part, l’éducation est un secteur essentiel qui nécessite un véritable plan. Nombreux sont les élèves à arrêter leurs études à l’âge de quatorze ou quinze ans, dès lors que l’enseignement n’est plus obligatoire. Ceux qui continuent leurs études sont contraints d’aller au collège dans les grandes villes du sud. Ils sont de ce fait, loin de leur famille et coupé de leur environnement. Ils se retrouvent face à des professeurs Danois qui,pour la plupart, ne parlent pas leur langue. Les jeunes adolescents sont très curieux et portés sur le mode de vie contemporain. Très peu d’entre eux portent un intérêt à la vie traditionnelle, rare sont ceux qui suivent leurs parents sur des activités de pêche ou de chasse.   Mon sentiment est que la vie traditionnelle est d’ores et déjà délaissée et qu’elle sera progressivement oubliée. Seules, les personnes plus âgées gardent des connaissances qui risquent fort de disparaître avec elles.

L’information a du mal à arriver jusqu’ici. Sur les années 2000, certains évènements nous sont parvenus trois semaines après qu’ils aient été publiés dans les médias européens.

Un des plus gros changements constatés sur Upernavik est la venue de la pêcherie qui génère de nombreux emplois, ainsi que la construction et l’ouverture de l’aéroport qui est en service depuis 2001. Auparavant les liaisons se faisaient par voie maritime et par hélicoptère. Un autre problème est l’isolement de chaque ville et village. Un vol d’ici vers la capitale Nuuk, s’élève à 11.000 couronnes et 20.000 couronnes pour un vol vers le Danemark.

L’aspect négatif est que de petits villages ont vu leur pêcherie fermer, à notre profit. Créant une pénurie d’emploi et favorisant l’exode vers les grandes villes et l’abandon des petits villages.

Retour