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Expédition 2009

 

 

 

 

 

 

C'est fini : Après 1103 kms, réalisés en 43 étapes, sachant que depuis plus d'un mois, nous avons ralenti le rythme de notre progression, compte tenu de notre confortable avance.  Nous avons comme prévu rallié notre destination, la ville de Ilulissat dans la baie de Disko, le samedi 5 septembre, vers 17 h. Les kayaks ont été immédiatement rangés dans un container dans l'attente du prochain périple. Nous allons passés nos derniers moments sur Ilulissat, à ranger correctement tout notre matériel, et à partager des moments avec une famille Groenlandaise, que nous avons rencontré récemment sur un bivouac. Notre arrivée est prévue le 12 septembre sur Monaco.
 Merci à toutes et à tous, d'avoir suivi notre programme pendant ces trois mois. Le site internet sera mis à jour avec de nouvelles photos, ainsi que de tous les témoignages recueillis au cours de ce parcours.

 

 

 

Contre glace et marées. De Qeqetarq au glacier Eqip Sermia

N 69 59  W 051 17  - N 69 45  W 050 18

Du 21 au 27 août 2009

Un fort vent de Nord-ouest a soufflé toute la matinée. Le fiord de Qeqertaq est méconnaissable lorsque nous le quittons. Arrivé au cap Nugâq, jonction avec l’icefiord Torssukatak, la situation est impressionnante. L’icefjord, relativement libre à l’aller est maintenant chargé de glaces dérivantes. Profitant de chaque ouverture, nous nous engageons sur les six kilomètres de traversée qui nous séparent du secteur le moins exposé, situé sur la rive opposée. Tel un tapis roulant, un pack serré descend sur nous, poussé par le vent et le courant. Dans ce labyrinthe, les portes s’ouvrent et se ferment à intervalles réguliers. La consigne est d’emprunter le même passage, afin de ne pas se retrouver isolé. Évitant les blocs, nous ne progressons qu’à très faible vitesse. Au bout de deux heures d’une navigation des plus « chaudes », nous n’avons pas encore atteint le milieu du chenal. Décision est prise de suivre le courant, de faire demi-tour, et d’aller nous mettre à l’abri dans la baie de Qeqertaq, en face du village.

 

     

   

 

Après une nuit froide et humide, c’est avec la même détermination que le 22 août au matin nous renouvelons la tentative. Il nous faut pagayé une heure avant d’atteinte le cap Nugâq et connaître la situation du jour sur le Torssukatak. Dans la partie basse de l’icefjord, au lieu même où la veille nous avons rebroussé chemin, les eaux semblent libres. Les glaces sont moins compactes. Néanmoins, en amont, se profile une bande blanche uniforme. Nous optons pour une navigation au milieu du chenal, afin de pouvoir dévier librement d’un côté ou de l’autre en fonction des évènements.Sous un ciel gris, faisant route à contre-courant, glacés par une brise de face descendant du glacier, nous avançons sans mot, conscients de la difficulté qui s’approche. Deux heures plus tard, notre progression est stoppée par une muraille aux crêtes dentelées qui, lentement, avance sur nous. Nous cherchons un passage, mais en vain. Forts de l’expérience de la veille, nous ne tardons pas à  prendre une décision. Nous n’avons fait que huit kilomètres sur la vingtaine nécessaire pour sortir de cette autoroute de glaces. Impossible de continuer dans ces conditions, d’autant plus que le vent peut forcir à tout moment.

 

   

   

 

À contrecœur, il nous faut nous rendre à l’évidence. Nous ne passerons pas aujourd’hui. Nous optons pour un contournement par le sud, par l’étroit passage du Smallesund qui rejoint le chenal principal de la Baie de Disko. Moyennant deux jours de navigation supplémentaires, nous pouvons encore espérer rejoindre le glacier par la route sud en remontant l’Atasund. Alors que traversant l’icefjord, nous approchons de sa Rive-Sud, une ouverture en amont apparaît. À mesure que nous avançons, la chose se confirme. Changement de programme, et nouvelle tentative. Collés cette fois-ci au versant abrupt du relief, nous progressons lentement, mais régulièrement vers notre objectif. Seul, vent et courant semblent vouloir retarder notre progression. L’espoir renaît à nouveau.  Dans l’après-midi, un ciel gris et bas laisse place à des ondées éparses. Cela n’est pas pour nous déplaire, car dans ces conditions, pas de risque de vent thermique. A 17 heures,  trente kilomètres sont parcourus. Nous choisissons l’île Tasilik pour monter le camp. Outre, son emplacement central dans la zone des glaciers, elle offre l’avantage incontestable, d’être étroite et d’avoir deux plages opposées. La plage Sud sera notre sortie de secours. Le lendemain, au réveil, la situation est époustouflante. La plage Nord est impraticable, tout comme les dix derniers kilomètres du fjord Koörnoq par lequel nous sommes arrivés. Tout n’est que blocs de glaces, packs flottants, et ce, à perte de vue. Sur une telle journée, nous aurions effectivement dû renoncer.

 

   

   

 

 

Chez l’habitant à Qeqertaq

N 69 59     W 051 17

Du 17 au 21 août 2009

Le 17 août, nous quittons Appat, compte tenu d’une importante avance, (Ilulissat n’est qu’à trois jours de navigation) nous retournons vers le nord, direction le village de Qeqertaq que nous râlions dans la soirée. Cela, après avoir traversé sans encombre l’icefiord du Torssukatak, nous le verrons par la suite ce n’est pas toujours le cas. Le village quant à lui, est masqué par quantité d’icebergs accumulés sous l’effet du vent et du courant. Dans ce labyrinthe, la meilleure façon de s’y retrouver est de suivre le cheminement des embarcations. A peine a t-on posé le pied à terre, qu’une habitante, nous invite à séjourner chez elle. Immédiatement imité par son voisin qui nous indique cette fois sa demeure. Finalement, c’est chez Louisa, que nous posons nos affaires, ayant préalablement remercié Jacob, son voisin. Louisa ne parle pas anglais,  la communication se fait malgré tout.. Comme dans toutes demeures groenlandaises, les murs sont tapissés de photos de famille. Ses enfants et petits enfants vivent aujourd’hui dans différentes villes du pays. Confortablement installés dans une des chambres de l’étage, nous retrouvons un vrai lit et du chauffage. Après une nuit, perturbés par ce confort inhabituel, c’est un véritable petit déjeuner, qui nous attend. Sur un calendrier, nous prenons soin d’indiquer à Louisa, que compte tenu d’une perturbation météo, nous prévoyons un départ deux jours plus tard. Elle nous fait comprendre qu’il n’y a aucun problème et que nous pouvons rester aussi longtemps que nécessaire. Le salon est rapidement transformé en bureau, depuis lequel, entre café et biscuits, nous effectuons nos travaux informatiques.

 

     

 

Chaque jour, principalement au dîner, Louisa nous confectionne un repas traditionnel groenlandais à base de phoque ou de baleine. Entre deux, elle nous convie à un buffet organisé en l’honneur d’un couple fêtant ses 55 ans de mariage. Toute la journée, de nombreux habitants du village viennent, comme nous, les saluer et se joignent au buffet. Les soirées, à l’aide de vidéos relatent les divers évènements qui tout au long de l’année rythment la vie du village. Un soir, nous poussons la porte, de ses voisins Eva et Jacob, pour un kafemik (invitation à une pause café). Ils nous disent nous avoir croisés sur le passage très agité du cap Nuussuaq quelques semaines plus tôt, cela est peut être la raison de leur prompte invitation. La soirée se poursuit devant la vidéo qui ici, relate leurs exploits lors des compétitions de chiens de traîneaux. Elle se termine par un grand moment, où en deux temps, nous avons l’honneur de nous retrouver tous deux revêtus de l’habit traditionnel groenlandais, uniquement porté lors des grandes occasions. Le lendemain, Jacob ayant dépecé un phoque, j’irai avec lui en bateau nourrir ses chiens laissés en libertés sur une petite île au fin fond du fjord à une douzaine de kilomètres de là. Lors d’une sortie dans le village, par un ciel couvert et venteux, nous avons la surprise d’apercevoir tout un équipement de kayak. Effectivement, un peu plus loin, Marcus et Tom, deux sympathiques kayakistes allemands, terminent leur périple entamé trois semaines plus tôt depuis le Sud.  Nous échangeons bien sûr des informations, ils nous indiquent la présence de nombreuses glaces dans le secteur des îles menant au glacier Epiq Sermia, point de départ des expéditions polaires de Paul Émile Victor. L’information nous intéresse, car c’est justement là que nous comptons nous rendre. Le 21, à la mi-journée, après quatre jours passés à Qeqertaq, les kayaks sont chargés. Et c’est avec beaucoup d’émotion que nous passons sous les fenêtres de Louisa.  De part et d’autre les bras s’agitent, le regard a du mal à aller vers l’avant, mais c’est bien là qu’il nous faut aller…

 

     

 

Dans le sillage des baleines - de Saqqat à Appat

N 70 00  W 051 55 - N 69 45  W 051 18 

Du 04 au 17 août 2009

Nous arrivons à Saqqaq sur le coup des 17h. Sur les conseils de Jeff, nous allons nous poser à l’écart du village, sur sa partie Est, sur un immense terrain en pente douce. La vue y est imprenable. A quelques centaines de mètres, une ceinture  d’icebergs masque l’horizon.. Sur le terrain, une tente est déjà en place. Flemming, un danois habitué des lieux, achève en ce début août sa migration estivale. Comme après chaque parcours en autonomie, Saqqaq est pour nous une ville étape où nous nous réapprovisionnons en produits frais. C’est aussi l’occasion de trier en d’envoyer nos images via la connexion Internet du bureau de la commune. Nous sollicitons Flemming, afin qu’il nous mette en relation avec deux groenlandais représentatifs du village, afin de recueillir leur témoignage. Jeff, nous a aussi informé de la présence de Yann Lemoine, dans le secteur. Yann, pour nous avoir conseillé avant notre départ, est en quelque sorte notre parrain sur ce périple. Une rapide visite sur le site de Grand Nord Grand Large nous donne ses dernières positions. Effectivement, il n’est pas très loin. Nous obtenons son numéro de téléphone satellite, et ses périodes de veille. A 18 heures précise, le contact est établi, et un rendez-vous est matérialisé, sur deux zones de bivouacs potentiels. Yann, revenant avec son groupe sur Saqqaq, nous ne pouvons pas nous manquer.

Après une première journée en ville, de retour à notre campement, nous constatons que la tente de Flemming a été visitée. Elle est en effet en grande partie déchirée. Certainement l’œuvre d’un chien en liberté. Nous prenons alors grand soin de laisser tous les produits alimentaires à l’intérieur des kayaks. Le lendemain, Flemming prend sa mission à cœur nous organise deux entretiens avec des locaux. Pour l’un d’entre eux, sa présence en tant que traducteur, nous est indispensable. En effet, Mr Adolf Eugenius Jensen qui cumule les fonctions de prêtre, charpentier, chasseur, pêcheur, comme la grande majorité des personnes rencontrées sur notre parcours ne parle pas anglais. Ce jour, nous quittons Saqqaq et, comme convenu, partons à la rencontre de Yann. L’étape,  au vu de la proximité des lieux de rendez-vous,  se prête à de nouvelles images au milieu des glaces. Soudain des cris retentissent lorsque apparaît devant nous une flottille d’imposants kayaks. La rencontre est émouvante, les embrassades se font sur l’eau,  nous ne tardons pas à inverser notre route pour suivre le groupe, et  rejoindre le bivouac.

 

    

 

Après une sympathique cueillette de cèpes, c’est autour d’un risotto maison, et au milieu des fumées sensées repousser les mouches que nous échangeons nos aventures et informations respectives. Le lendemain, chacun reprend sa route, la notre nous mène sur Appat, une ancienne station baleinière... Là, figés par le temps, une douzaine de bâtiments pour certains  en excellent état, donnent aux lieux un charme irréel. La ville, anciennement appelée Ritenberk était de loin, la plus importante de la région.

Nous nous installons dans la pièce commune d’un ancien comptoir danois. Suspendues au plafond, de nombreuses planches avec prénoms et inscriptions, une par année, relatent depuis vingt ans la venue de groupes scolaires en ce lieu. Nos affaires posées, profitant d’un éclairage rasant, nous réalisons une série de photos des divers bâtiments de cette ville fantôme. Et comme une revanche sur le passé, surgit  alors un duo de baleines. La décision est prise, compte tenu de notre avance, nous allons nous poser ici quelque temps. Le lendemain, après un frugal petit déjeuner, nous partons en quête de l’eau.  C’est sur les hauteurs,  passé deux anciens cimetières, que nous la trouvons. Malgré l’été le plus sec depuis un siècle (il n’a pas plus ici depuis plusieurs semaines), un lac aux dimensions d’un terrain de football est encore présent. Du coup, plus de soucis pour notre autonomie. De retour à la station, profitant de la marée basse, nous nous offrons un festin d’oursins,  en guise de déjeuner, accompagné  par le souffle puissant des baleines qui passent et repassent, au milieu du chenal. Vers 18 heures, nous nous équipons pour une navigation ciblée. L’objectif, est de faire des photos rapprochées des baleines. Quel plaisir d’embarquer dans un kayak sans avoir à le charger. Naviguer à vide, procure des sensations oubliées depuis longtemps. Immobiles au milieu du fiord, nous guettons l’arrivée de nos visiteuses. Souvent par groupe de deux, elles empruntent indifféremment l’accès Nord et Sud du chenal. La suite, n’est que anticipation et positionnement. Nous sommes le plus souvent à une quinzaine de mètres d’elles. A cette distance, le plus impressionnant est certainement la puissance de leur souffle. Encerclant leurs proies de milliers de bulles, elles font parfois surface, une nageoire en l’air, pour, par la suite, venir battre la surface ce l’eau. Notre présence  ne semble en rien les déranger. Lorsque sur le même axe, leur route est opposée à la notre, l’émotion est au maximum. Quelle vision que de voir ce submersible, avancer lentement sur vous, et à quelques mètres, vous éviter en passant sous le kayak. Nous réalisons nos images, tout en essayant de ne rien perdre de ces moments privilégiés. Lorsque le soleil, côtoie l’horizon les couleurs resplendissent révélant un peu plus la magie de ce lieu. Lentement, tels deux gardiens d’un soir, nous regagnons, chargé d’images, notre village oublié. Trois journées paisibles s’écoulent ainsi à Appat où nous fêtons  avec simplicité et harmonie, l’anniversaire de Nathalie.

 

  

  

 

 

Péninsule Arctique - de Uummannaq à Saqqaq

Du 21 juillet au 4 août 2009

C'est à regret que nous quittons notre petite cabane de tourbe, ses peaux de phoques, son plancher en bois, son petit torrent tout proche, et son parterre de fleurs sauvages. La tentation de rester une journée de plus en ce lieu est grande. Mais, les dernières informations recueillies sur Uummannaq font état de conditions beaucoup moins favorables sur le mois d'août. Nous préférons avancer et tourner la péninsule Nuussuaq avant cette période. Sur cette côte, courants et
 vents se renforçant à la mi-journée, que courants et vents sur cette côte,  nous commençons notre navigation plus tôt que d'habitude. Nous avions beaucoup d'a priori concernant ce secteur de notre parcours. Il était pour nous un point de passage obligé,  de côtes par endroits hostiles et mal protégées avec d'interminables plages à surf le long d'un chenal venté, avec une navigation principalement vent debout. Bref un contour peu intéressant.

Chemin faisant, nos a priori s'estompent à chaque coup de pagaies. Le paysage est attrayant, il ne ressemble à rien de connu jusqu'à présent. Sur la côte Nord-Est, un haut relief chapeauté de langues glaciaires fini progressivement en pente douce jusqu'à la mer. Annoncé par une eau marron, de nombreuses rivières déroulent des torrents de galets. D'une largeur impressionnante, les perspectives remontent à la verticale jusqu'au massif, laissant imaginer ce que l'endroit peut être lors des gros débits de printemps. Les plages se succèdent ainsi tout au long de la journée. De pointe en pointe, les baies se succèdent les unes après les autres. Il nous faut régulièrement obliquer sur bâbord afin de ne pas se retrouver en pleine eau, à plusieurs milles du rivage.Une escale dans le petit village de Qaatsut tout proche de l'aéroport de Uummannaq, et nous reprenons la mer. Les fins de parcours se font systématiquement vent et courant de face. Malgré l'entraînement, le physique s'en ressent, et c'est avec satisfaction  que l'on voit l'objectif du jour progressivement se rapprocher.

 

   

 

Le 21 juillet au soir, comme un remake d'une situation déjà vue, le col en latex de ma combinaison, cède à nouveau à côté de la réparation déjà effectuée. Cette fois-ci, plus d'hésitation, il nous faut le remplacer. Malgré la fatigue, l'heure tardive, la faible luminosité, c'est dans la foulée que nous attaquons l'intervention. A deux heures du matin, l'opération est terminée nous pouvons enfin aller nous coucher. Le lendemain, malgré une journée radieuse, le réveil est tardif. La fatigue et une courte nuit nous incitent à prendre une journée de repos. Le temps de séchage de notre réparation sera ainsi largement respecté. Au final, un remplacement correctement réalisé.

 

       

 

Nous embarquons le 23 juillet au matin, pour le petit village de Niaqornat, que nous pensons atteindre en fin d'après-midi. Cheminant face au vent, chaque édifices de glace est propice à la pause. Arrivée en vue de Niaqornat, alors que nous cherchons à nous poser sur la plage Nord abrité du vent, nous nous faisons griller la politesse par un immense ferry. Bons joueurs, nous accostons sur la plage principale de l'autre côté de la presqu'île, sur la partie Sud du village.  Depuis quand  les ferries accostent-ils sur les plages ? En fait, le village accueille ce jour, un groupe de croisiéristes. Sans débarcadère, le seul accès possible pour eux est un accostage en zodiac sur le secteur le plus protégé. Pour les 60 habitants, ce double débarquement, est aussi un spectacle, d'un côté un troupeau de touristes avançant en file indienne, de l'autre deux kayakistes déguisés en spationautes. Pour l'accueil des premiers prévu de longue date, l'ensemble du village est présent. Certains sont vêtus de l'habit traditionnel ; vestes de perles bordées aux couleurs chatoyantes, et short et  bottes en peau de phoque, pour les filles. Plus sobre, une veste blanche à  capuchon unie et pantalon noir pour les garçons. Ilannguaq, un guide, parlant couramment anglais, que nous  prenons d'abord comme faisant parti de l'organisation du ferry, mais qui est en fait un employé municipal, nous invite à nous joindre à la visite, et à prendre part aux diverses animations. Se faisant, tout le monde se retrouve sur le petit port où café et cake sont à notre disposition. L'intention nous réchauffe dans tous les sens du terme. Dans ce cadre authentique, l'ambiance est décontractée. Pour agrémenter l'ordinaire, les locaux proposent sur des tables dressées à cet effet, quelques objets artisanaux de leur confection, que les touristes s'empressent d'acheter. Trois heures plus tard, notre petit groupe de touristes, raccompagnés par les locaux, reprend le chemin du ferry. Dans le village, tout se calme, seuls restent deux kayaks et notre campement monté, bien à l'abri entre les trois bâtiments d'un ancien comptoir danois aujourd'hui désaffecté. Les deux jours suivants contrastent avec l'euphorie de l'arrivée.

 

    

 

Le village est paisible, on y rencontre que peu de monde. Ilannguaq (le guide) nous organise une visite avec Karl Kristian Kruse, le Maire de la commune,  afin de lui remettre une médaille souvenir de la ville de Monaco. Grand chasseur, ce dernier, au vu du nombre de ses trophées, (quantité de cornes de narval, de peaux de phoques, de bois de rennes, de  têtes de morses, et d'une imposante peau d'ours montée sur un cadre), nous conte la vie au quotidien de sa petite communauté. La principale préoccupation est la fermeture récente de la centrale de pêche, cela malgré l'abondance et la qualité du poisson aux alentours du village. La raison principale de cet évènement est le manque de rentabilité compte tenu du coût du transport et de l'éloignement par rapport à la  ville d' Uummannaq. Une solution privée est à l'étude, cela pourrait ramener de nombreux habitants à revenir sur Niaqornat. Dernier village avant d'entamer le tour de la péninsule de Nuussuaq, et un nouveau parcours de deux semaines en autonomie. Accompagné de notre guide, deux jours durant, nous partageons la vie du village que nous quittons  le 26  au matin.  Au programme, le franchissement du cap, qui comme le dit notre ami Paul risque d'être une partie de plaisir. Néanmoins, cette première journée se passe sous les meilleurs hospices. Une mer calme, nous voit cheminer au pied des falaises encore à l'ombre jusqu'à la pointe Nord-Ouest de la péninsule, que nous franchissons sans encombre, sur une mer étrangement calme. Là, comme une récompense n'arrive jamais seule, une magnifique morue vient se prendre à notre ligne.

 

     

 

Le 27, sur une mer creusée par la houle et le ressac, longeant la côte, de grandes quantités de glace font une route inverse à la nôtre. A l'approche du cap Kangeq, sur l'extrémité Nord-Est de la péninsule, au blanc des glaces s'ajoute le blanc d'une mer qui se lève. Impossible de le franchir dans ces conditions. Nous faisons demi-tour sur trois kilomètres,  afin de rejoindre une longue plage de gros galets, où se situe une sortie de rivière pouvant nous abriter. Là, tout l'après-midi, des hauteurs surplombant la plage, nous guettons mais en vain une amélioration. Et c'est dans le canyon, au bord du torrent, que nous montons le camp. Nous nous réveillons tôt, ce 27 au matin afin de réceptionner le mail de Searout, où Michel notre routeur, comme chaque matin, nous informe de l'évolution de la météo. Il prévoit un renforcement du vent sur le coup des 11h avec une houle plus importante. Les premières observations lui donnent raison. La journée est morose, sous un ciel gris et venté, équipés de nos combinaisons, parés à embarquer, nous guettons l'accalmie qui nous permettrait de tourner le cap. Finalement, vers 20h, l'idée de nous voir remonter le camp et de passer une nouvelle nuit en ce lieu, nous incite à nous mettre à l'eau. Un rapide briefing quant à la façon de passer les surfs du départ, et nous voilà dans le bain. Le ciel est bas, le vent a diminué, la mer est complètement cassée, avec houle croisée et vagues pyramidales. Nous avançons autant que nous montons et descendons. Sorti de nul part, une petite embarcation groenlandaise avec trois personnes à bord vient droit sur nous (cette rencontre nous vaudra une invitation trois semaines plus tard sur Qeqertaq). Nous essayons d'obtenir des informations quant aux conditions passées le cap, mais en vain. En réponse, ils nous photographient avec leurs téléphones portables. La réponse vient à nous rapidement, les conditions grossissent, de façon incohérentes, avec des zones d'accalmies et des zones de forts mouvements. Nous sommes sur des
 hauts fonds. Le vent du Nord forcit et nous pousse trois quart arrière. Nous avons hâte de franchir le cap, et d'atteindre la partie calme où se situe une cabane. Vingt minutes plus tard, c'est chose faite. Bien à l'abri dans celle-ci, nous savourons l'un des passages les plus tendus de ce périple.

 

     

 

C'est le 29 au matin, que commence véritablement notre avancée dans le chenal Sullorsuaq Vaigat. Avec une largeur moyenne de vingt kilomètres, celui-ci sépare la péninsule Nuussuaq de l'île de Disko. Le paysage est grandiose et surprenant, je le qualifie de rocheuses groenlandaises. De hautes montagnes aux couleurs et aux formes surprenantes, longent le chenal donnant une profondeur inhabituelle à notre navigation. Aux  sorties de rivière, les nuances bleutés des glaces se fondent sur des eaux couleur terre. Nous démarrons nos navigations en milieu de journée afin de profiter au mieux du courant. Nous profitons des conditions favorables du moment pour avancer le plus possible. Chaque après-midi, une petite brise portante nous incite à hisser les voiles.

Le 31, au détour d'une sortie de rivière, nous sommes attirés par un attroupement de mouettes, survolant la surface de l'eau. Qu'elle n'est pas notre bonheur d'apercevoir de près nos premières baleines à bosses. La gueule ouverte, elles jaillissent de l'eau. La scène se répète, cette fois-ci, c'est une nageoire qui pointe le ciel. Un instant, elles disparaissent. Autour des kayaks, des bulles remontent à la surface. Soudain, un souffle puissant surgit dans notre dos à quelques mètres de nous. Le spectacle est grandiose. Lorsqu'elles nous quittent,  nous reprenons notre navigation encore troublés par la beauté de la scène et de ces instants magiques. Le paysage que l'on pensait monotone est varié, offrant à chaque avancée, des points de vue plus beau les uns que les autres.

 

     

 

Ce premier août est l'ouverture de la chasse aux caribous. De nombreux speed boat sillonnent le chenal. De lointaines détonations et des embarcations vides, mouillées à quelques mètres du bord au pied d'étroites vallées, témoignent du début de l'activité. Un après-midi, chemin faisant, sur la berge, un homme nous interpelle par de grands signes. Au premier abord, on l'imagine en détresse, ayant probablement perdu son embarcation. La rencontre faite, il n'en n'est rien. Etrangement, il s'agit de Jeff, un français, accompagné de son groupe, d'une personne. Attachant personnage, habitué des lieux, il organise depuis de nombreuses années des séjours dans le secteur. Après une pause café improvisée sur la plage, le temps d'échanger quelques informations, nous reprenons notre chemin. Nous revoyons Jeff à deux reprises, la première, le lendemain, lorsque, pagayant de notre mieux, pour progresser face à un vent soutenu, une embarcation groenlandaise nous aborde. A son bord, notre ami Jeff, forçant la voix pour nous donner des informations sur les secteurs protégés. La seconde, quelques jours plus tard, lors de notre arrivée sur Saqqaq, où faisant avec deux immenses kayaks, une route inverse à la notre, nous nous séparons sur une de ses réparties dont il a le secret  : « Bon, on y va ! car après on s'attache et ça devient difficile. ». Avant cela, un fort venturi, sur l'embouchure sud du chenal nous bloque, une journée durant. Passée cette difficulté, nous arrivons à Tartunatq. En ce lieu, vécurent d'anciennes civilisations. Il ne reste aujourd'hui que les ruines, deux cimetières, mais surtout un atmosphère et un cadre unique. Comme posée au milieu d'un écrin, une petite cabane de trappe nous accueille, surplombée par une longue chaîne de basalte dominant une plaine rocailleuse et une longue plage de sable blanc. Impossible d'arriver sur un tel site sans une belle morue pour le dîner. Sans tarder, nous la trouvons sous une petite avancée rocheuse, toute proche. C'est par une arrivée au petit village de Saqqaq le 4 juillet, dix jours après notre départ de Niaqornat, et les maintenant célèbres adieux de notre ami Jeff que s'achève ce tour de la péninsule de Nuussuaq qui restera un des plus beaux passages de ce périple.

 

       

 

 

De Illorsuit à Uummannaq

Du 08 au 20 juillet 2009

Ayant refait le plein à la petite supérette locale, nous quittons Illorsuit le 9 juillet, en milieu d'après-midi. Impossible ici de réaliser des témoignages avec les locaux, la plupart des hommes sont à la pêche pour plusieurs jours. Au programme d'aujourd'hui, la plus grande traversée de notre parcours ; à savoir, 17 km en pleine eau pour rejoindre la côte opposée. Direction, le village de Uvkusigssat , que nous pensons atteindre après trois étapes.

 Sur chaque grande traversée, nous marquons le point visé, sur notre GPS. Outre de connaître la distance exacte, cela nous permet de contrer vents et courants qui peuvent nous faire dévier de notre route. Là, les 17 km, sont avalés sans encombre, en un peu plus de 3h. Et dire, que lorsque nous préparions l'itinéraire sur les cartes, une traversée de 5 km nous paraissait être un maximum.

 

   

 

La vue d'une cabane, nous incite à nous arrêter d'autant plus que le temps se couvre et qu'un vent contraire vient de se lever. Après une brève visite des lieux, celle-ci ressemble plus à un cabanon secondaire,
qu'à une cabane de trappe conventionnelle. Des tas d'objets personnels décorent de façon on ne peut plus kitch, l'intérieur. Du coup, nous montons la tente un peu plus loin, à proximité d'un petit ruisseau. Une fois les kayaks vidés, et l'ensemble du matériel regroupé, lorsque je retire ma combinaison étanche, un sinistre claquement retenti à mes oreilles. Le col en latex, de la combinaison vient de se déchirer. Inutilisable en l'état, il nous faut impérativement la réparer. Pour en avoir fait l'expérience sur une journée de formation, il n'y a rien de pire qu'une combinaison étanche qui ne l'est pas. Une fois remplies d'eau, les jambes sont comme plombées, il devient impossible de se hisser sur le bateau. Sur ce, la cabane toute proche et sa chaleur ambiante, se transforment en atelier de réparation providentiel. 24 heures plus tard, après un travail en deux temps, (recto, et verso) le Seangrip, et son durcisseur ont fait merveille. L'encolure, pourtant déchirée sur plus de quinze centimètres est entièrement reconstituée.

 

     

 

Dans la nuit, un important édifice de glace, se rapproche dangereusement
de notre petite plage. Il nous faut alors démonter et remonter le camp
plus en hauteur pour des raisons de sécurité.

Après cette journée de repos forcé, nous faisons route vers Uvkusigssat, distant d'une quarantaine de kilomètres. Sur un axe sud-est, d'imposantes chaînes de montagnes entrecoupées de fjords plus larges les uns que les autres, sont le décor d'une des plus interminables journées de navigation. L'absence de repère, et un axe de route constant, nous donnent pendant dix heures l'impression de ne pas avancer. Et comme souvent dans ces cas là, c'est un bon vent de face et un léger courant contraire qui retardent notre arrivée sur Uvkusigssat.

 

 

 

Le village, tel une crèche provençale, est accroché sur la roche. Une petite rade faisant office de port se dessine, derrière elle, une bande verte, nous n'irons pas plus loin, et à minuit au milieu des barques tirées à terre, nous montons le camp, salué par un  chaleureux « Welcome to Uvkusigssat » que nous lance un pêcheur. Dès la première nuit, le ton est donné, les 300 chiens de la ville se donnent en concert. Il faut dire, que deux fois plus nombreux que les habitants, c'est eux qui ici règnent en maîtres. Guidés par Eric, un français, habitué des lieux, nous faisons très vite connaissance avec les locaux, allant d'invitations en invitations. Il faut dire, qu'Eric qui maîtrise la langue à merveille.Entre temps, les chiens visitent régulièrement l'abside de notre tente, nous contraignant à rentrer le maximum de choses à l'intérieur.  Ils garderont d'ailleurs en souvenir, notre confortable siège d'escalade.

En route vers Saattut, nous passons par un imposant fjord longeant les falaises à l'ombre de son versant nord. L'intention initiale est de rejoindre Saattut en deux étapes. Contrairement aux informations recueillies, l'absence de plage aux lieux indiqués, nous oblige à rejoindre la petite ville d'un seul trait. L'étape nous voit passer les 500 kilomètres de la mi-parcours. Saattut est située sur une petite île rocheuse, c'est sur son extrémité ouest et à même la roche que nous montons le camp. Rikka, un sympathique groenlandais nous accueille, et après les présentations, vu l'heure tardive nous donne rendez-vous pour une visite de la ville, et une rencontre avec ses parents. Le matin au réveil, nous sommes sur un véritable spot de pêche. Des milliers « ammassak » se sont donnés rendez-vous, et longent la côte rocheuse à fleur d'eau, à quelques centimètres du bord. Des bancs entiers se succèdent. Il y en a tellement qu'il est possible de les prendre à la main. Pas plus gros qu'une sardine, ces poissons sont prisés des locaux. Ils les pêchent à l'épuisette, constituant ainsi des réserves pour eux comme pour leurs chiens. Les pêcheurs locaux se succèdent rapidement dans le secteur, ils arrivent en barque, et en quelques minutes ils prélèvent des dizaines de kilos constituant ainsi leurs réserves. Autour d'un café, nous rencontrons dans la soirée, les parents de Rikka. En tant que chasseur, ces récits nous intéressent, et nous ne manquons pas de les noter. Suite à une question sur le mode de vie traditionnel groenlandais, Nathalie se retrouve déguisée en véritable femme des neiges. Vêtue de la tête aux pieds d'une veste en peau de chiens et un pantalon en peau d'ours, accompagnés des traditionnels kamiks (bottes traditionnelles groenlandaises).

 

   

   

 

 

Nous quittons Saattut, et mettons le cap sur Uummannaq. La trajectoire est quasi directe. Les 23 kilomètres qui séparent les deux villes engendrent un trafic surprenant. Les embarcations sur-motorisées se
 déplacent à grande vitesse se faufilant entre les blocs de glace et ce à longueur de journée. A notre hauteur, des bras se lèvent, nous saluent, mais la vitesse reste constante.

 

   

 

Nous arrivons sur Uummannaq en fin d'après-midi, la quantité de glace à proximité de la ville est impressionnante. Cela aussi bien en quantité que par la dimension des édifices. L'étape d'Uummannaq est pour nous une escale technique. Une quarantaine de kilos nous y attendent. Pour effectuer le chargement,  il nous faut impérativement être situé en ville. Ici, la place manque, il n'y a que du rocher. Un petit passage en terre situé près du club de kayaks local fera l'affaire. Dès le lendemain, nous nous dirigeons sur l'hôtel Uummannaq où, bien à l'abri dans un container, nous attend notre chargement, sous forme d'un gros colis que nous avions nous-même constitué au mois d'avril. Dans la foulée, nos kayaks sont entièrement vidés, et délestés de tout ce qui ne nous ait pas indispensable. Afin de libérer de la place, et de faciliter ce chargement principalement constitué de repas lyophilisé, vêtements et autres accessoires secondaires,  sont retournés par ferry sur Ilulissat, notre destination finale. Si les chiens de Ummannaq sont calmes, il en est tout autrement de sa population, surtout un samedi soir après une soirée politique bien arrosée. Nos voisins, non contents de rentrer bien éméchés à trois heures du matin, invitent une grande partie du village, et nous offrent une véritable nuit musicale, spéciale vieux blues américains. Le week end étant passé, c'est à l'aide d'une brouette, que dès l'ouverture des bureaux de la Royal Arctique Line, nous déposons notre colis pour Ilulissat. Dans la foulée, nous rencontrons Monsieur  Pollas Lyberth dans son bureau de la commune de Ummannaq. Il nous accorde un entretien, nous en profitons pour l'interroger sur la situation climatique locale, et lui remettons un cadeau de la municipalité de Monaco. Dans l'après-midi, nous quittons le petit port d'Ummannaq pour notre dernière traversée, d'une petite dizaine de kilomètres, au milieu des glaces, avant de rejoindre la péninsule, que nous ne quitterons plus et que nous longerons, jusqu'à notre arrivée dans le district d'Ilulissat. Le soir, comme un accueil sur cette côte, une magnifique maison en tourbe sera pour la nuit notre demeure. Son intérieur est des plus authentiques, tourbe, pierres, peaux de phoques, et literie en bouf musqué. Au travers de l'unique petite fenêtre, alors que le soleil enflamme l'horizon, commence au milieu des glaces, la gracieuse danse des baleines.

 

 

 

 

Côte sauvage

Résumé du parcours réalisé en autonomie totale entre Sondre Upernavik et Illorsuit 

Du 27 juin au 7 juillet 2009

Notre première nuit passée sur l’île de KEKERTAQ, nous fait gagner pas mal de temps. Chose surprenante, dans ce secteur les possibilités d’arrêt et de bivouac sont bien plus importantes que dans les fiords du nord. Ce n’est pas pour nous déplaire, car cela faisait parti de nos préoccupations. Un fort coup de vent étant annoncé pour la journée du 30, nous allongeons les étapes, pour passer le cap SIGGUK. Cela nous amène le 28 à réaliser une étape de 43 km, 12 h de navigation,  les 3 dernières nous sont interminables,  un fort courant sortant sur cette avancée côtière prolongea l’étape d’au moins 2 heures. Attirés par de la fumée, nous débarquons au fond du fiord, à proximité d’un camp de pêche. Trois tentes sont déjà montées, les locaux nous accueillent, ils sont là pour 3 jours. Comme nous nous y attendions, ils nous signalent la présence de bœufs musqués à proximité du camp, sur les hauteurs. Ils les observent à la jumelle. Trois fusils sont sortis. Epuisés de fatigue, c’est à 5 heures du matin que nous allons nous coucher, et remettons notre sécurité entre leurs mains. Le lendemain, malgré la musique et les aller et venus autour de la tente, nous émergeons en début d’après midi. Mais quelle n’est pas notre surprise, en constatant, qu’il n’y a plus personne autour de nous. En mer, 2 canots à moteur sont sur le départ. Ils nous saluent de loin. Certainement prévenus du mauvais temps, ils sont quitté les lieux précipitamment. Passé le moment de déception, nous organisons rapidement notre sécurité. Jumelles, fusil, cartouches, corne de brume, et autres fusées de détresse sont rapidement regroupées.  L’ambiance est tendue, nous ne pouvons pas quitter les lieux, le coup de vent étant toujours annoncé.

S’en suit deux journées interminables de vent et de pluie. Nous commençons à nous rationner, en prévision d’un séjour prolongé. Le contraste entre l’intérieur de notre petit abri et l’hostilité de cette immense plaine est saisissant. Après plus de 48h de bourrasque, il est difficile de supporter le bruit à l’intérieur de la tente.

 

   

 

Au troisième jour les reliefs sont maintenant couverts de neige, une accalmie semble se dessiner,  nous décidons d’y aller. Au programme, 40 km de côte exposée et mer souvent agitée, généré par la présence de hauts fonds.  Seul point positif, la présence de plage sur la première partie du parcours. Après 8 heures de navigation active,  vent arrière, et de nombreux surfs, nous arrivons à l’extrémité Sud de la péninsule et à destination. Nous sommes maintenant à l’abri des vents dominants du Nord-Ouest.

 

   

   

 

Cependant, un nouveau coup de vent avec interdiction de naviguer nous est annoncé pour le 4 et le 5. Il nous reste 24 heures pour nous mettre à l’abri. Nous faisons route plein Est, et longeons la côte Sud du NUNAVIK. Cet itinéraire nous fait renouer avec la glace que nous avions quittée quelques temps. La présence de nombreux glaciers dans le district d’UUMMANNAQ dans lequel nous venons d’entrer, génèrent quantité d’icebergs de taille surprenante. Alors que dans un cadre radieux et bien protégé, nous attendons le coup de vent, qu’elle n’est pas notre surprise, en ouvrant tardivement notre boite mail, d’apprendre, que celui-ci est annulé. S’en suit une des plus belles journées de navigation, un léger vent portant, nous permettant de mettre les voiles, et de progresser rapidement, au milieu des icebergs, et sous un soleil radieux. En milieu de parcours, une opportunité s’offre à nous. Poursuivre dans l’axe du vent, shunter le bivouac côtier du soir initialement prévu. Cela afin d’aller se positionner au beau milieu de l’immense fjord de KARRATS. Là, se situe une île avec une cabane de trappe, cette initiative nous fait gagner une bonne demi journée, mais surtout, nous positionne dans un lieu féerique avec une vue à 360°. Après trois bonnes heures de navigation et 16 km en pleine eau, c’est avec un bon vent de travers, et une mer qui commence à se creuser que nous apercevons la cabane, et touchons l’île dans une petite baie bien protégée. Cette navigation, nous fait apprécier les qualités remarquables de navigation de nos embarcations. Il est vrai que la réputation de l’Explorer n’est plus à faire. La cabane est ouverte, il y fait chaud, malgré un aspect dépouillé et rustique, l’intérieur nous parait luxueux. Il faut dire que c’est le premier abri en dur que nous touchons depuis un mois. Le cadre est tellement paradisiaque, que nous décidons d’emblée d’y séjourner une journée entière, quelles que soient les conditions à venir.

 

 

 

Seuls sur notre îlot, à plusieurs kilomètres des côtes, nous entamons sous un soleil radieux une journée de grande lessive. Nous profitons au passage du petit lac intérieur pour prendre un bain, au milieu des cris des sternes et des détonations régulières des icebergs dérivants qui se brisent autour de nous. Depuis quelques jours le panneau solaire qui alimente la batterie donne des signes de faiblesse. Celle-ci ne charge plus ou, charge à un très faible niveau. Un démontage complet s’impose. Après plusieurs vérifications, le constat est décevant la batterie ne prend plus la charge. Pièce maîtresse de notre organisation c’est elle qui alimente au quotidien notre mini PC qui permet principalement de communiquer et de recevoir par mails les informations météo quotidiennes. Dorénavant il nous faudra limiter nos communications, et fonctionner uniquement sur la batterie interne du PC. Pour oublier les tracasseries techniques, rien de mieux qu’une ballade au milieu de centaines de Sternes, et leurs cris stridents. Il nous faut prendre garde, pour ne pas écraser leurs œufs, ou leurs oisillons. Dans un décor de mousses et de lichens aux couleurs surprenantes. Les rochers orange, tranchent avec le bleu et le vert environnant. Depuis le sommet l’impression est grandiose. La vue à 360° est gigantesque. A l’Est une chaîne de montagnes similaires aux Alpes. Seule fausse note, deux gigantesques glaciers en cours d’assèchement, où deux minces langues blanches se retirent de la côte. Image symbolique s’il en est du changement climatique que subit la planète. Ce n’est pas l’envie qui nous manque de rester plus longtemps en ces lieux, mais la mer nous appelle nous ne sommes pas encore à mi-parcours. Nos prévisions nous feraient quitter la ville d’UUMMANNAQ située à 170 km de là le 23 juillet, il nous faut donc reprendre la pagaie. Cette ultime étape avant le retour à la civilisation, commence par une traversée de 12 km. Dès le début de celle-ci un incident se produit, Nathalie perd la télécommande de la mini-vidéo embarquée. Positionnée en bracelet autour de son poignée elle ne l’avait pas assurée. Il nous faudra faire sans, l’un de nous fera certainement office de télécommande. Nous arrivons sur ILLORSUIT petit village de pêcheurs situé au pied d’une imposante falaise, sur la grande île de UBERKENDT, où la population semble absente. Alors que les températures remontent et que l’été semble être arrivé, nous montons la camp à l’extrémité Nord du village, mettant ainsi un terme à un parcours de 190 km en autonomie totale. Dix jours nous ont été nécessaires, dont 6 de navigation.

Vue d’ici, la chose semble aisée, mais l’on se remémorera longtemps nos interrogations dans la tourmente au milieu des bœufs musqués.

 

   

   

 

 

D'une famille d'accueil à Kangersuatsiaq aux enfants de Sondre Upernavik

Du 15 au 26 juin 2009

Notre arrivée dans le petit village de Kangersuatsiaq s'est faite dans des conditions très particulière,  à savoir une navigation quasi non stop de près de 7 heures trente dans un brouillard à couper au couteau. Sur ce parcours nous avons été contraints de naviguer aux instruments. La petite station est vite devenue pour nous une halte salutaire. Notre camp monté sur un terrain en pente au milieu des embarcations remisées, face au petit port était au vu de tous.

Nous avons été les témoins de leur mode de vie quotidienne, un mode de vie calme et paisible, où la journée commence à 9h et se termine à 15h avec une pause de 1 heure. A partir de 19h/20h,  la soirée s'anime pour ne se terminer que très tôt le matin aux alentours de 2h/3h. Nous avons pu réaliser 2 témoignages dont un avec un ancien pêcheur et chasseur  de 80 ans. La barrière de la langue est un véritable handicap et il nous faut régulièrement chercher des traducteurs ce qui n'est pas chose facile car très peu de personne parle anglais.

Sur cette période, le temps était toujours très couvert avec pas mal de nuages bas. A la première éclaircie, nous avons effectuée une tentative de départ en direction de Sondre Upernavik où nous avions l'intention de passer la fameuse fête nationale du 21 juin. A peine avions nous commencé notre parcours, soit au bout d'une demi heure, qu'une importante masse nuageuse est à nouveau venue se coller aux reliefs et nous il a fallu écourter la sortie et rebrousser chemin. Il eut été imprudent et inintéressant  de réaliser ce parcours avec de nombreuses traversées dans des conditions de visibilité nulle.

 

       

 

La deuxième partie de notre séjour à Kangersuatsiaq s'est transformée en séjour chez l'habitant. Dans un premier temps, Judith, est venue nous solliciter pour prendre le café dans sa demeure. Du café, nous sommes passés au déjeuner, qui ont de loin, dans cette ambiance froide et humide amélioré notre confort quotidien. Le temps toujours très couvert ne nous incitait plus à bouger. Pluie et neige ont fini de nous dissuader de nous rendre sur Sondre Uperanvik pour la fête nationale, alors que nous étions parfaitement intégrés ici.

Pour cette occasion, le petit village s'est mis sur son 31, les allées nettoyées à la motopompe par les équipes de pompiers, et le village entièrement ratissé de ses déchets par toutes les générations, dans tous les recoins du village. Le jour venu, les activités étaient sciemment préparées.

 

       

 

8 heures,  levé du drapeau et hymne national chanté à capella. Suivi d'un petit déjeuner de circonstance chez nos hôtes. Cela en face de la télé qui diffusait des images de la fête nationale en direct depuis la capitale Nuuk.

9h 45, cérémonie officielle dans la petite chapelle de la commune. De nombreuses personnes sont en habit traditionnel.

13 heures, tout le monde à rendez-vous dans la salle des fêtes. Les villageois se congratulent avant d'aller s'asseoir autour d'un immense buffet central. Les discours officiels sont menés par les responsables de la commune, dont fait partie notre hôte Godman. A la fin de son intervention, il nous présente à l'ensemble des habitants. Nous profitons de cette occasion et de la solennité du moment pour remettre à la commune une médaille en cristal, présent de la Municipalité de Monaco. Ce geste les touche énormément. L'ensemble de la population manifeste son approbation par des applaudissements soutenus. Un villageois nous offre spontanément, au vu de tous,  son pendentif personnel à l'effigie du Groenland. Une fois les discours,  et les nombreux chants de la chorale terminés, le buffet est ouvert. Différents plats à base de narval, baleine, et autre phoque,  sont proposés. C'est alors une joyeuse ruée vers le buffet qui contraste avec la discipline jusqu'alors respectée.

La soirée se termine chez nos hôtes devant la télé, retransmettant des images de la capitale où se tient le banquet officiel avec la reine du Danemark et tous les politiques. Ce jour étant l'ultime étape avant l'indépendance définitive du Groenland. Judith nous a préparé du phoque, c'était vraiment excellent. Nous déclinons poliment l'invitation à la soirée dansante qui se tient dans la salle des fêtes, en prévision de notre départ prévu pour le lendemain.

Dans la nuit, un habitant vient taper à notre tente et nous remet deux pendentifs locaux. Notre geste semble les avoir beaucoup touchés.

 

    

 

Le lundi 22 juin, jour de notre départ, le soleil brille pour la première fois depuis une bonne semaine. Nos hôtes insistent pour que nous partagions un ultime déjeuner avant notre départ. Malgré les bateaux déjà chargés, il nous est impossible de refuser. Le moment des adieux est empli d'émotions.

Les 33 km qui nous séparent du village de Sondre Upernavik s'effectuent dans des conditions météo les plus favorables. Lorsque nous arrivons dans la petite baie, l'ensemble des habitants semble s'être réuni sur une plage voisine. Les enfants nous accueillent, et nous aident à sortir nos kayaks. On compte une vingtaine d'entres eux tirant et poussant nos embarcations à terre, jusqu'au lieu de notre campement.

Nous sommes conviés à rejoindre la population, qui faute de mauvais temps sur la journée de la veille, effectue un immense barbecue où chacun a préparé différents plats dont de la baleine. Chacun nous sollicite et nous propose différents mets. Nous en profitons pour nous présenter, et réaliser de nombreuses images.

Cette fois-ci, notre camp est monté dans une zone quelle que peu isolée mais oh combien plus tranquille que notre précédent campement. Chaque soir, au moment du diner, nous recevons de la visite. Les enfants du village se joignent à nous, nous observent pour finalement nous inviter à participer à leurs jeux, billes,  la marelle,  cache cache, et farandole.

Lors d'une soirée, alors que nous discutons autour d'un café chez un des professeurs de l'école, nous sommes invités à participer à une petite soirée improvisée. Il est 22 heures, et presque tout le village est là. Cette fête est en l'honneur d'une petite fille de 4 ans qui a pêché son premier poisson. 

Pour remercier les invités, des petits présents (biscuits, raisins secs, papier toilette, éponge, etc.) en guise de cadeau, est jeté à l'assistance. Ici, tout  est prétexte pour le rassemblement des personnes.

C'était vraiment touchant. Nous  effectuons des derniers achats avant une étape en totale autonomie de plus de 200km. La zone de navigation est relativement exposée, nous prévoyons une quinzaine de jours pour la traverser, y compris une réserve pour le mauvais temps. Les locaux nous préviennent que nous risquons de rencontrer des troupeaux de boufs musqués, et qu'il nous faut être armé.

 

     

 

 

De Aappilattoq à Kangersuatsiaq 

Nous passons une journée au petit village d'Aappilattoq.

Devant nous un champ d'icebergs. Un jeune d'une quinzaine d'année, Salmon, vient nous voir avec sa barque. Il nous amène des boissons fraîches et une friandise. Il ne parle pratiquement pas anglais. Il nous emmène au village chercher de l'eau à la maison bleue. (dans tous les villages, il y a une petite maison bleue faisant office de fontaine à eau). Les jeunes jouent avec des jeux simples, les filles aux billes,  une sorte de pétanque, les garçons font naviguer des bateaux en polystyrène au bout d'un bâton.

Ici, c'est paisible, les gens travaillent de 9 h à 15 h avec une heure de pose. Ensuite, ils partent en bateau, sortent, se retrouvent. Bent, un chasseur et pêcheur professionnel, se présente spontanément à nous. Un échange improvisé sur la situation locale s'engage. Objet d'un prochain témoignage.

Nous quittons  d'Aappilattoq par le large afin d'éviter le labyrinthe de glaces. Nous nous dirigeons vers le glacier, le chemin est long. Sur les conseils des gens d'ici, nous choisissons un bivouac en hauteur, sur une rampe de roche plate, nous montons les kayaks sur la neige. Notre camp se fera à plus de 10 mètres de hauteur. Car, quand les icebergs se retournent, ceux-ci peuvent former des vagues de plusieurs mètres. Nous naviguons vers la partie est de l'Isford, au plus près du Glacier qui a reculé de plus de 20 km en 10 ans. Ce qui nous laisse espérer un passage à l'est. Néanmoins, comme on pouvait s'y attendre,  ce passage est bloqué par le pack sur plus d'un kilomètre d'après notre GPS, nous obligeant à faire demi tour pour prendre un autre fjord. Ce ne sera pas le dernier de la journée, car ne trouvant pas de bivouac, nous sommes contraints de revenir sur nos pas, ayant délaissé une plage qui ne nous permet pas de nous positionner en hauteur.

      

 

La marée haute a décroché le pack dérivant et l'on a pu assister à un  défilé de glace musical. Contrairement à d'autres destinations, les repérages effectués sur Google Earth sont ici d'aucune utilité pour trouver un point de bivouac, encore moins, les cartes topographiques, où les zones vertes sur le pourtour côtiers ne cadrent en rien avec la réalité. On les trouve même sur des falaises abruptes. (Alain prétend que ce sont des algues).

Nicolas nous avait parlé des oursins. Nous en voyons une grande quantité, juste au-dessous de nous. Nous les décrochons avec les pagaies, et les faisons monter jusqu'à nous. Au dernier moment, nous mettons les mains dans l'eau glacée pour les ramasser. Ils sont très copieux et excellents.

Le paysage change, nous avons plus de falaises qui tombent à pic dans l'eau. Quelques oiseaux, en colonie et par endroit. Près du glacier,  des vols d'eiders. Ici, des genres de mouettes. Nous accostons sur une petite plage, sortie de ruisseau, et nous avons dû monter la tente sur de la végétation haute,  au milieu des trous et des bosses. Pas de soucis pour l'eau, il y en a partout, on peut la recueillir sur place, dans la fonte des névés. Dans la nuit,  il faut déplacer les kayaks sur les rochers à cause de la marée. Elle monte beaucoup plus la nuit (1,70 m) que dans le journée (60 cm).

 Le kayak d'Alain prend l'eau, au niveau de l'habitacle, et l'on n'arrive pas à déterminer de quel endroit. Les venturis des fjords, nous incitent à cheminer au plus court. Michel, notre routeur météo nous annonce des vents faibles, alors que nous constatons l'après-midi,  que nous avons des brises soutenues.

Nous prenons une journée de repos, pour une baignade dans les marres, une ballade en montagne. Les paysages sont grandioses.

Compte tenu de l'étape que nous devons faire, pour aller à Kangersuatsioq, nous décidons de partir très tôt. Debout à 2 h du matin, pour un départ à 5 h. Nous avons du brouillard toute la journée, nous obligeant à naviguer aux instruments pendant plus d'une heure pour effectuer une traversée de fjord. Nous longeons les falaises abruptes à quelques mètres. A un cap, autre surprise, un énorme iceberg nous barre la route. Un moment, nous nous interrogeons s'il faut le contourner ou passer entre lui et la terre.

 

    

 

A l'arrivée à Kangersuatsioq, après 8 h 30 non stop de navigation, des enfants viennent nous voir débarquer, sur la plage. Ils ne parlent pas anglais, mais restent là et nous aident à déplacer les kayaks. Nous montons la tente face au port. Les gens du village viennent à notre rencontre. Le lendemain, nous prenons le temps de discuter avec les locaux. Il y a environ 150 personnes, beaucoup de trappeurs, de chasseurs, de pêcheurs. On peut le voir, au nombre de chiens, des traîneaux, des phoques dépecés, de la morue qui sèche,  des pêcheurs qui préparent les filets. Le village est très joli, avec sa anse devant, sa trentaine de petits bateaux, amarrés aux bouées. L'instituteur nous invite à boire le café chez lui, et nous montre les dessins qu'il fait au cutter.

Pendant cette semaine, les températures sont bien remontées. Dans l'ensemble, nous avons eu des conditions de navigation très clémentes.

 

         

   

 

 

Equipement d'un kayakiste en mer arctique

La navigation :
Un kayak Explorer de Seakayaking UK
Une jupe Reed
Un gilet de sauvetage C02 Kokatat
Une parie de pagaie Little Depper et une de secours Athena de Werner Paddles
Une voile de Pacificaction
Un GPS
Cartes topographiques au 250 000.
Un compact

La sécurité :
Un gilet de sauvetage
Une radio VHF
Une balise de détresse ACR RescueFix
Une fusée parachute
Un feu à main


Equipement d'un kayakiste du sud, j'en consens, sur un mois de juin, au Groenland :

Les pieds :
Une grosse paire de chaussette en laine de Norvège
Une paire de chaussette étanche
Des bottes montantes en néoprène

Les jambes :
Un collant hiver de running
Une grosse salopette fourrure polaire HH

Le haut du corps :
Trois polaires techniques

Le tout avec la combinaison étanche en gore tex de chez Kokatat

La tête :
Une cagoule en fourrure polaire
La cagoule de la combinaison

Les mains :
Des moufles en néoprène

Sur des journées sans soleil, cet équipement est loin d'être superflu.

 

 

C'est parti : Au vu de la fenêtre météo, même si le ciel est gris et qu'il y a quelques brins de neige pendant que l'on prépare nos affaires, nous embarquons assez tard dans la journée, en direction d'Aappilatoq, un village à 22 km au nord est d'Upernavik. La mer est calme, une petite brise de vent dans le dos nous invite à mettre nos voiles. Le relief tombe abrupt dans la mer. Il y a même une très belle montagne, avec une falaise magnifique, quelques icebergs plus ou moins grands, le long de notre chemin. On longe une côte de collines de roches tombant dans l'eau. On en profite pour faire des photos. L'eau est un miroir. Le soleil s'est dégagé de ses nuages. L'éclairage est magnifique, tout comme le paysage, irréel, pas un bruit, quelques oiseaux. Au loin, on aperçoit des montagnes encore bien enneigées. Pour arriver devant le village d'Aappilatoq, il nous faut traverser le champ d'icebergs. Ici, impossible d'accoster, il y a des blocs de rochers. Un groenlandais nous indique un endroit plus adapté pour planter une tente, un peu à l'écart du village. Il en profite pour nous faire des photos. Il est presque minuit, et le soleil est encore haut. Le paysage devant nous : des icebergs devant nous, le ciel qui se couvre. Des couleurs irréelles.

 

     

 

 

Une semaine à Upernavik

Le 1er juin, lundi de Pentecôte, jour férié ici aussi. Il fait beau et nous en profitons pour faire le tour de la ville. Quelques personnes dans les rues en terre.
 Nos amenons le kayak dans un atelier chauffé, afin que la résine et le gelcoat puissent sécher dans de bonnes conditions. Mais c'est un travail qui prend plusieurs jours, car il faut attendre que ça sèche entre chaque étape.

 

    

 

Nous en profitons pour acheter un fusil en cas de défense, surtout contre les ours polaires. Normalement, ils suivent les glaces, qui sont actuellement beaucoup plus au nord, mais en cas de rencontre inattendue, il nous faut un fusil. Ici, tout le monde est d'accord. La personne a qui nous achetons le fusil est un chasseur. L'hiver, en chiens de traîneau, sur la banquise qui est de moins en moins épaisse, et le reste de l'année en bateau à moteur.

Nous allons visiter le Musée d'Upernavik, où l'on peut voir le chasseur en peau de phoques, derrière son traîneau, ainsi que des kayaks authentiques, de belles peaux de phoques.

 


                

 

A Upernavik, suite à l'incendie de la centrale thermique, il n'y avait plus d'électricité ni d'eau dans toute la ville. Le générateur de remplacement est tombé aussi en panne. La livraison de l'eau se faisait par le camion qui venait approvisionner chaque maison en eau . Ici, chacun a son congélateur, et tout le monde se faisait du soucis. Un nouveau générateur est arrivé d'Uummannaq. Tout est rentré dans l'ordre.

 


 

Nous faisons un tour sur l'eau afin de voir si la répartition de nos kayaks est  bonne.  Nous devons répartir du poids un peu plus sur l'avant.

Dimanche 7 juin,  il neige bien, le vent est assez fort de sud Ouest. Il fait 0°. La visibilité varie tout au long de la journée. On attend une amélioration.

 

   

 

 

Arrivée au Groenland, le 28 mai 2009 sur l'aéroport international de Kangerlussuaq.

La deuxième escale nous permet d'admirer le glacier d'Ilulissat. Impressionnant tout ce qu'il jette dans la mer comme énormes icebergs.

 

   glacier d'Ilulissat  

 

Le vol à destination d' Upernavik s'effectue  avec du fret sur la partie avant du quadrimoteur, en lieu et place d'une partie des sièges passagers qui ont été retiré pendant l'arrêt. Traversée de très beaux paysages, du parcours que nous avons prévu de faire, pendant trois mois, à la rencontre du peuple Groenlandais. Dans la salle d'embarquement du petit aérogare, tout le village semble s'être donné rendez-vous. Ici, il fait un peu plus frais qu'au sud. Environ 0°. Mer belle, soleil. La neige fond. Bo, notre correspondant nous a prévu un logement pour la première nuit.

 

Peau d'ours     

 

Un tour en ville, des petites maisons de toutes les couleurs, le long de la colline. L'aéroport se situe au sommet. On voit déjà des ours, enfin, des peaux qui sèchent sur les balcons. Des kayaks authentiques, en peau. Les chiens, attachés à leur chaîne qui hurlent. Ca nous rappelle de bons souvenirs, lors de nos virées en chiens de traîneaux. Dans la cabane où nous sommes, nous parlons avec un Norvégien, Thomas, qui nous dit « mais l'on se connaît, on s'est rencontré au Peter Daas Muséum, en Norvège, à la fin de notre virée de trois semaines en kayak ». Effectivement ! Il a même encore des photos que je lui avais envoyé, il y a deux ans. C'est fou. Il est biologiste ornithologue et travaille ici sur les Eiders, pendant 15 jours.

Le 29 mai, Bo, notre correspondant nous explique un peu comment ça fonctionne ici. On va chercher nos kayaks et une palette de 130 kg, dans un container de la Royal Arctic Line, qui a transporté le tout du Danemark jusqu'ici. Une signature pour l'enlèvement du matériel.

On leur demande de nous appeler un taxi, mais la ligne est encombrée. Ici, ça ne traîne pas, tout est simple. Deux hommes ouvrent un container où seul, reste nos kayaks, emballés de bulles, avec la palette. En un quart d'heure, deux kayaks sur le pick up, la palette portée sur le bras d'un énorme engin de chantier. Le tout est livré au Musée, à environ un kilomètre.

Déballage du matériel, un kayak a reçu un choc latéral pendant son transport. Du travail de réparation en vu. Alors que nous nous apprêtions à ouvrir la tente, Bo nous propose une belle maison au bord de l'eau, qui habituellement louée à des artistes. Il nous dit que l'on peut y rester maximum pendant deux semaines. C'est inespéré !

Alors qu'il fait soleil, avec un vent de plus de 50 km/h, un incendie se déclare juste en face de nous, dans la centrale thermique qui fournit l'électricité de la ville. Les pompiers travaillent durs, et ils leur faut de nombreuses heures pour éteindre l'incendie. Bo nous dit que ça a fait la une des actualités groenlandaises. Apparemment, il y a beaucoup de dégâts. Pendant un moment, plus d'électricité, puis plus d'eau. Enfin, tout revient dans l'ordre.

 

Incendie Centrale Thermique       

 

 

L'école Antony Fabre

A l'initiative de notre partenaire LED Engineering, nous présentons notre projet à la classe de CM1, de l'Ecole Antony Fabre, de Villeneuve Loubet. Sous la conduite de Fabienne Contant, leur instituteur, les enfants nous harcèlent de questions, les plus pertinentes les unes que les autres, deux heures durant. Ils nous suivront pendant les vacances sur le site Internet.

Ce fut un agréable moment pour tous. Nous convenons de revenir les voir avec des images à notre retour.

 

 

 

Les préparatifs

28 avril 2009 - Une entreprise inattendue

Sur les recommandations de notre ami cardiologue Uriel AMSELLEM, une jeune entreprise, la société LED Engineering prend contact avec nous et nous propose de nous aider sur la partie texte de notre projet, grâce à un Pocket mémos, nos textes seront enregistrés puis envoyés via Internet et retranscrit dans les meilleurs délais sous forme de fichier texte Un support non négligeable dans notre organisation. Pour ce faire, la marque PHILIPS s'engage également à nos côtés.

Merci à toute l'équipe.

 

27 avril 2009 - La municipalité de Monaco avec nous

Faisant suite à la présentation quelques jours plus tôt, du projet devant le Maire de Monaco, le Conseil Municipal a déjà de nous soutenir dans notre initiative. Outre une participation sur notre budget, nous aurons mission de remettre aux autorités des trois (grandes) villes traversées, de valorisants souvenirs de Monaco. Un d'entre eux sera remis le 21 juin 2009, jour des célébrations de l'autonomie renforcée du Groenland, dans un petit village, au sud d'Upernavik.

 

25 - 26 avril 2009 - Formation secourisme

Pour parfaire nos connaissances et agir au mieux en cas d'urgence, nous consacrons deux pleines journées pour une formation  secourisme. Un grand merci à  Annie et Nina, des équipes de la Croix Rouge monégasque qui, avec  atience, persévérance et bonne humeur, nous ont formé et se sont intéressé à notre projet.

 

24 avril 2009 - Mission accomplie

La société  DB Schenker passe le relais à la Royal Arctic Line pour acheminer le chargement sur le Groenland. Le gros du matériel est chargé dans un container à destination de Upernavik, lieu de départ de notre expédition. Une petite palette nous attendra sur Uummannaq,  au deux tiers du parcours. La société DB Schenker a parfaitement mené sa mission.

Un grand merci à toute l'équipe.

 

21 avril 2009 - C'est parti 

8h30, sous un ciel pluvieux, et en moins de 15 minutes, notre matériel récupéré  par DB Schenker, quitte Monaco, direction le Ferry à Aalborg.

Une page de notre programme est tournée.

 

17 - 21 avril 2009 - Quand tout tient dans la boite

Depuis un mois, nous vivons au quotidien au milieu de tout notre barda. A quelques jours de l'enlèvement, nous emballons méticuleusement chaque objet. Une boîte en cartons aux dimensions imposantes 118 x 0,78 x 0,87 sera notre male de transport. Le 20 au soir, vu le poids imposant de nos effets (plus de 120 Kg), le colis est composé à l'extérieur sur une palette, prêt à être enlevé.

 

16 avril 2009 - DB Schenker  passe à l'action  

Notre partenaire DB Schenler mandate une de ses équipes de Birmingham pour récupérer les deux kayaks à Holyhead au Pays de Galles, siège de Seakayaking UK pour les acheminer sur Paris où ils seront groupés avec l'ensemble de notre matériel avant d'être envoyé sur le port d' Aalborg au Danemark, lieu de départ du porte container pour le Groenland. Dans la soirée, nous recevons par mail, les premières photos de nos kayaks, méticuleusement emballés de bulle pack.

 

14 avril 2009 - Audience au Palais Princier 

17h00. Le prince Albert II de Monaco nous reçoit en audience privée afin de lui détailler notre projet. Lors de cet entretien, l'objectif, le but et les problématiques locales de notre programme sont évoqués. Confirmation nous est donnée que le projet « Témoignages » au travers de son action de sensibilisation et de communication, s'inscrit dans la même démarche que la Fondation qu'il préside.

 

13 avril 2009 - Ultime contrôle 

Par un entretien téléphonique avec Dave, le chef d'atelier de Nigel Dennis, de Seakayaking UK, nous effectuons point par point une vérification des kayaks en fonction des options demandées, et vérifions principalement le respect des cotes de nos longueurs de jambes. Ce détail permet d'optimiser au mieux le volume intérieur des kayaks. Cette démarche est essentielle pour éviter de mauvaises surprises, car nous découvrirons le matériel une fois sur place.

Tout est OK et prêt à être emballé. Un grand merci à toute l'équipe de Seakayaking UK. L'enlèvement est prévu trois jours plus tard, par un nouveau partenaire, la société de transport DB Schenker qui vient de valider notre demande de partenariat.

 

12 avril 2009 - Sac étanche pour fusil

Quand bien même les chances de rencontrer un ours blanc sur le parcours 2009 sont très faibles, nous ne négligeons pas pour autant le danger pour notre sécurité et, en ultime recours, nous prévoyons d'acquérir dès notre arrivée sur Upernavik, un fusil à pompe. Ce dernier, pour des questions de dimension, ne pourra voyager que sur le pont du kayak, un sac étanche adapté nous est donc indispensable. Petit problème, ce produit est introuvable dans le commerce la solution : réaliser nous-même l'ouvrage, avec de la bâche pour camion et de la colle à tissu. Merci à Philippe et à Patrick pour leur sérieux coût de main.

 

15 - 31 mars 2009 - Transport et préparatifs

Sur cette deuxième partie du mois de mars, de nombreuses incertitudes demeurent, à l'exemple de l'épineuse question de la récupération des kayaks au Pays de Galles, en Grande Bretagne. Des contacts avec des transporteurs sont en cours, mais rien n'est validé. Le stress commence à se faire sentir. Parallèlement à cela, les préparatifs continuent. Nous sommes à moins d'un mois de l'envoi du matériel sur le Danemark et rien ne doit être oublié. A un rythme régulier, commandes et livraisons se succèdent. La maison se transforme en entrepôt où s'entassent matériels en tous genres.

 

26 mars 2009 - Avec la forme

Olivier, directeur de Décathlon Monaco nous confirme qu'il nous aidera. Quelques jours plus tard, sa prudence peut être encouragée par l'avancée du projet, se concrétise par un véritable partenariat sous forme de fourniture  de GPS, avec cartographie et d'un système Spot permettant de renvoyer notre position sur notre site internet.

 

24 mars 2009 - La solution satellite

Monsieur Ferrua,  fondateur de la société NAYA nous apporte son support et soutient pour tout ce qui concerne les communications via satellite et les différents paramétrages avec notre netbook.

 

20 mars 2009 - Un autre partenaire made in UK

Très occupé sur cette période de l'année, Jo Reed, dirigeante de la société du même nom, spécialisé dans l'équipement de kayak, outre manche,  nous félicite du soutient que nous apporte son ami Nigel Dennis. Convaincu par le projet, elle s'engage elle aussi à nos cotés pour cette aventure et concrétise son partenariat par la fourniture de différents articles de haute technicité.

 

15 mars 2009 - Première présentation

Succédant à d'illustres orateurs, l'ethnologue Jean Malaurie, l'écrivain voyageur Emmanuel Hussenet,  le glaciologue Claude Lorius, nous sommes à notre tour conviés à présenter au public de ce festival des Nuits Polaires notre projet. Rendez-vous est pris pour l'année prochaine.

 

12 - 15 mars 2009 - Un festival de rencontres 

Le temps d'un week-end, nous effectuons un déplacement sur Paris pour assister au Festival des Nuits Polaires, organisé à l'Institut Océanographique par Grand Nord Grand Large . Projections, présentations et discussions avec leurs auteurs sont d'un grand intérêt pour la préparation de notre voyage.

 

12 mars 2009 - Notre tente d'Amérique

Sur ce périple, l'hébergement se fera exclusivement sous tente, un produit de qualité et donc indispensable. Depuis quelques années, la Saivo, de chez Hilleberg, nous donne entière satisfaction.  L'ensemble de notre matériel, devant rester sur le Groenland, il nous faut en acquérir une autre. C'est la section US de la marque Suédoise, qui après dossier et contacts téléphoniques, accepte de nous aider.

 

11 mars 2009 - Balises de détresse

Après un entretien téléphonique de moins de 5 mn, Monsieur SUAREZ Directeur de la société Navicom  nous déclare : « Ca m'intéresse ! Prenez contact avec Rémy mon collaborateur ». 2 balises de détresse  ACR ResQfix  seront mises à votre disposition.

 

6 mars 2009 - Les meilleures pagaies

Werner Paddles, constructeur américain de pagaies de renom pour kayaks et canoës répond favorablement à notre demande et se joint à notre projet. Satisfaction ! Ce sont nos pagaies préférées depuis de nombreuses années.

 

25 février 2009 - Nigel Dennis, un grand nom du kayak de mer 

Nigel nous ayant demandé un peu de temps pour analyser notre dossier, nous le rappelons comme convenu sur cette journée. Après deux petites précisions, sa réponse est positive. Son entreprise « SeaKayaking UK » est prête à nous aider et va réaliser les 2 kayaks de l'expédition.

 

24 février 2009 - Haut les voiles  

PacificAction,  la société australienne spécialisée dans la confection de voiles pour kayaks et canoës nous confirme son soutien par la fourniture de voiles à nos couleurs.

 

Vendredi 20 février 2009 - Première réponse favorable

L'équipementier américain Kokatat, spécialisé dans les vêtements techniques de kayak est très intéressé par nos images et notre programme. Une fois les modalités de notre partenariat finalisées, combinaisons étanches, gilets de sauvetage, anoraks et autres petits matériels nous sont envoyés.

 

11-18 février 2009 - Le dossier

Nous travaillons une bonne partie de la semaine à la réalisation et à l'envoi du dossier de présentation. Nous lui attribuons le titre de «Témoignages, à l'écoute du peuple groenlandais».  

Une fois terminée, cette présentation est adressée à des entreprises privées ou des structures pouvant avoir un lien commun à notre initiative, et étant susceptibles de nous aider. Très vite nous sommes surpris par l'engouement que suscite ce projet.

 

Janvier 2009 - Quelle approche ?

Le projet Groenland était programmé depuis plus d'un an. En ce début d'année, un bon enneigement propice à notre préparation physique, nous permet de réaliser plusieurs séjours de ski nordique en prévision de notre périple. A cette période, les interrogations portaient plus sur le fait de communiquer ou non sur le projet avant sa réalisation effective. Passée une période de réflexion, nous optons pour la formule consistant à annoncer le programme à venir.

 

 

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