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Nous arrivons à Saqqaq sur le coup des 17h. Sur les
conseils de Jeff, nous allons nous poser à l’écart
du village, sur sa partie Est, sur un immense
terrain en pente douce. La vue y est imprenable. A
quelques centaines de mètres, une ceinture
d’icebergs masque l’horizon.. Sur le terrain, une
tente est déjà en place. Flemming, un danois habitué
des lieux, achève en ce début août sa migration
estivale. Comme après chaque parcours en autonomie,
Saqqaq est pour nous une ville étape où nous nous
réapprovisionnons en produits frais. C’est aussi
l’occasion de trier en d’envoyer nos images via la
connexion Internet du bureau de la commune. Nous
sollicitons Flemming, afin qu’il nous mette en
relation avec deux groenlandais représentatifs du
village, afin de recueillir leur témoignage. Jeff,
nous a aussi informé de la présence de Yann Lemoine,
dans le secteur. Yann, pour nous avoir conseillé
avant notre départ, est en quelque sorte notre
parrain sur ce périple. Une rapide visite sur le
site de Grand Nord Grand Large nous donne ses
dernières positions. Effectivement, il n’est pas
très loin. Nous obtenons son numéro de téléphone
satellite, et ses périodes de veille. A 18 heures
précise, le contact est établi, et un rendez-vous
est matérialisé, sur deux zones de bivouacs
potentiels. Yann, revenant avec son groupe sur
Saqqaq, nous ne pouvons pas nous manquer.
Après une première journée en ville, de retour à
notre campement, nous constatons que la tente de
Flemming a été visitée. Elle est en effet en grande
partie déchirée. Certainement l’œuvre d’un chien en
liberté. Nous prenons alors grand soin de laisser
tous les produits alimentaires à l’intérieur des
kayaks. Le lendemain, Flemming prend sa mission à
cœur nous organise deux entretiens avec des locaux.
Pour l’un d’entre eux, sa présence en tant que
traducteur, nous est indispensable. En effet, Mr
Adolf Eugenius Jensen qui cumule les fonctions de
prêtre, charpentier, chasseur, pêcheur, comme la
grande majorité des personnes rencontrées sur notre
parcours ne parle pas anglais. Ce jour, nous
quittons Saqqaq et, comme convenu, partons à la
rencontre de Yann. L’étape, au vu de la proximité
des lieux de rendez-vous, se prête à de nouvelles
images au milieu des glaces. Soudain des cris
retentissent lorsque apparaît devant nous une
flottille d’imposants kayaks. La rencontre est
émouvante, les embrassades se font sur l’eau, nous
ne tardons pas à inverser notre route pour suivre le
groupe, et rejoindre le bivouac.
Après une sympathique cueillette de cèpes, c’est
autour d’un risotto maison, et au milieu des fumées
sensées repousser les mouches que nous échangeons
nos aventures et informations respectives. Le
lendemain, chacun reprend sa route, la notre nous
mène sur Appat, une ancienne station baleinière...
Là, figés par le temps, une douzaine de bâtiments
pour certains en excellent état, donnent aux lieux
un charme irréel. La ville, anciennement appelée
Ritenberk était de loin, la plus importante de la
région.
Nous nous installons
dans la pièce commune d’un ancien comptoir danois.
Suspendues au plafond, de nombreuses planches avec
prénoms et inscriptions, une par année, relatent
depuis vingt ans la venue de groupes scolaires en ce
lieu. Nos affaires posées, profitant d’un éclairage
rasant, nous réalisons une série de photos des
divers bâtiments de cette ville fantôme. Et comme
une revanche sur le passé, surgit alors un duo de
baleines. La décision est prise, compte tenu de
notre avance, nous allons nous poser ici quelque
temps. Le lendemain, après un frugal petit déjeuner,
nous partons en quête de l’eau. C’est sur les
hauteurs, passé deux anciens cimetières, que nous
la trouvons. Malgré l’été le plus sec depuis un
siècle (il n’a pas plus ici depuis plusieurs
semaines), un lac aux dimensions d’un terrain de
football est encore présent. Du coup, plus de soucis
pour notre autonomie. De retour à la station,
profitant de la marée basse, nous nous offrons un
festin d’oursins, en guise de déjeuner, accompagné
par le souffle puissant des baleines qui passent et
repassent, au milieu du chenal. Vers 18 heures, nous
nous équipons pour une navigation ciblée.
L’objectif, est de faire des photos rapprochées des
baleines. Quel plaisir d’embarquer dans un kayak
sans avoir à le charger. Naviguer à vide, procure
des sensations oubliées depuis longtemps. Immobiles
au milieu du fiord, nous guettons l’arrivée de nos
visiteuses. Souvent par groupe de deux, elles
empruntent indifféremment l’accès Nord et Sud du
chenal. La suite, n’est que anticipation et
positionnement. Nous sommes le plus souvent à une
quinzaine de mètres d’elles. A cette distance, le
plus impressionnant est certainement la puissance de
leur souffle. Encerclant leurs proies de milliers de
bulles, elles font parfois surface, une nageoire en
l’air, pour, par la suite, venir battre la surface
ce l’eau. Notre présence ne semble en rien les
déranger. Lorsque sur le même axe, leur route est
opposée à la notre, l’émotion est au maximum. Quelle
vision que de voir ce submersible, avancer lentement
sur vous, et à quelques mètres, vous éviter en
passant sous le kayak. Nous réalisons nos images,
tout en essayant de ne rien perdre de ces moments
privilégiés. Lorsque le soleil, côtoie l’horizon les
couleurs resplendissent révélant un peu plus la
magie de ce lieu. Lentement, tels deux gardiens d’un
soir, nous regagnons, chargé d’images, notre village
oublié. Trois journées paisibles s’écoulent ainsi à
Appat où nous fêtons avec simplicité et harmonie,
l’anniversaire de Nathalie. |