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Dans le sillage des baleines

 de SAQQAQ : N 70 00, W 051 55, à APPAT : N 69 45, W 051 18 

Du 04 au 17 août

 

Nous arrivons à Saqqaq sur le coup des 17h. Sur les conseils de Jeff, nous allons nous poser à l’écart du village, sur sa partie Est, sur un immense terrain en pente douce. La vue y est imprenable. A quelques centaines de mètres, une ceinture  d’icebergs masque l’horizon.. Sur le terrain, une tente est déjà en place. Flemming, un danois habitué des lieux, achève en ce début août sa migration estivale. Comme après chaque parcours en autonomie, Saqqaq est pour nous une ville étape où nous nous réapprovisionnons en produits frais. C’est aussi l’occasion de trier en d’envoyer nos images via la connexion Internet du bureau de la commune. Nous sollicitons Flemming, afin qu’il nous mette en relation avec deux groenlandais représentatifs du village, afin de recueillir leur témoignage. Jeff, nous a aussi informé de la présence de Yann Lemoine, dans le secteur. Yann, pour nous avoir conseillé avant notre départ, est en quelque sorte notre parrain sur ce périple. Une rapide visite sur le site de Grand Nord Grand Large nous donne ses dernières positions. Effectivement, il n’est pas très loin. Nous obtenons son numéro de téléphone satellite, et ses périodes de veille. A 18 heures précise, le contact est établi, et un rendez-vous est matérialisé, sur deux zones de bivouacs potentiels. Yann, revenant avec son groupe sur Saqqaq, nous ne pouvons pas nous manquer.

Après une première journée en ville, de retour à notre campement, nous constatons que la tente de Flemming a été visitée. Elle est en effet en grande partie déchirée. Certainement l’œuvre d’un chien en liberté. Nous prenons alors grand soin de laisser tous les produits alimentaires à l’intérieur des kayaks. Le lendemain, Flemming prend sa mission à cœur nous organise deux entretiens avec des locaux. Pour l’un d’entre eux, sa présence en tant que traducteur, nous est indispensable. En effet, Mr Adolf Eugenius Jensen qui cumule les fonctions de prêtre, charpentier, chasseur, pêcheur, comme la grande majorité des personnes rencontrées sur notre parcours ne parle pas anglais. Ce jour, nous quittons Saqqaq et, comme convenu, partons à la rencontre de Yann. L’étape,  au vu de la proximité des lieux de rendez-vous,  se prête à de nouvelles images au milieu des glaces. Soudain des cris retentissent lorsque apparaît devant nous une flottille d’imposants kayaks. La rencontre est émouvante, les embrassades se font sur l’eau,  nous ne tardons pas à inverser notre route pour suivre le groupe, et  rejoindre le bivouac.

Après une sympathique cueillette de cèpes, c’est autour d’un risotto maison, et au milieu des fumées sensées repousser les mouches que nous échangeons nos aventures et informations respectives. Le lendemain, chacun reprend sa route, la notre nous mène sur Appat, une ancienne station baleinière... Là, figés par le temps, une douzaine de bâtiments pour certains  en excellent état, donnent aux lieux un charme irréel. La ville, anciennement appelée Ritenberk était de loin, la plus importante de la région.

Nous nous installons dans la pièce commune d’un ancien comptoir danois. Suspendues au plafond, de nombreuses planches avec prénoms et inscriptions, une par année, relatent depuis vingt ans la venue de groupes scolaires en ce lieu. Nos affaires posées, profitant d’un éclairage rasant, nous réalisons une série de photos des divers bâtiments de cette ville fantôme. Et comme une revanche sur le passé, surgit  alors un duo de baleines. La décision est prise, compte tenu de notre avance, nous allons nous poser ici quelque temps. Le lendemain, après un frugal petit déjeuner, nous partons en quête de l’eau.  C’est sur les hauteurs,  passé deux anciens cimetières, que nous la trouvons. Malgré l’été le plus sec depuis un siècle (il n’a pas plus ici depuis plusieurs semaines), un lac aux dimensions d’un terrain de football est encore présent. Du coup, plus de soucis pour notre autonomie. De retour à la station, profitant de la marée basse, nous nous offrons un festin d’oursins,  en guise de déjeuner, accompagné  par le souffle puissant des baleines qui passent et repassent, au milieu du chenal. Vers 18 heures, nous nous équipons pour une navigation ciblée. L’objectif, est de faire des photos rapprochées des baleines. Quel plaisir d’embarquer dans un kayak sans avoir à le charger. Naviguer à vide, procure des sensations oubliées depuis longtemps. Immobiles au milieu du fiord, nous guettons l’arrivée de nos visiteuses. Souvent par groupe de deux, elles empruntent indifféremment l’accès Nord et Sud du chenal. La suite, n’est que anticipation et positionnement. Nous sommes le plus souvent à une quinzaine de mètres d’elles. A cette distance, le plus impressionnant est certainement la puissance de leur souffle. Encerclant leurs proies de milliers de bulles, elles font parfois surface, une nageoire en l’air, pour, par la suite, venir battre la surface ce l’eau. Notre présence  ne semble en rien les déranger. Lorsque sur le même axe, leur route est opposée à la notre, l’émotion est au maximum. Quelle vision que de voir ce submersible, avancer lentement sur vous, et à quelques mètres, vous éviter en passant sous le kayak. Nous réalisons nos images, tout en essayant de ne rien perdre de ces moments privilégiés. Lorsque le soleil, côtoie l’horizon les couleurs resplendissent révélant un peu plus la magie de ce lieu. Lentement, tels deux gardiens d’un soir, nous regagnons, chargé d’images, notre village oublié. Trois journées paisibles s’écoulent ainsi à Appat où nous fêtons  avec simplicité et harmonie, l’anniversaire de Nathalie.

 

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