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Lundi 30 août 2010
Navigation entre
l’île et Nuuk, la capitale du Groenland : 43 kms
64° 18’ N – 051° 07’
W / 64° 10’ N – 051° 44’ W
Réveil toujours aussi
matinal, il tombe encore quelques gouttes pendant
que nous consultons le bulletin météo. Les
prévisions sont bonnes, le vent sur Nuuk est tombé,
fini les 20 m/s de sud sud est. Aujourd’hui, les
5m/s de nord est ne devraient pas nous déranger.
Nous enfilons les combinaisons et plions la tente
encore trempée. Nous débutons notre navigation à
flanc de roche dans les contre courants. Le ciel est
toujours gris, mais dégagé. Nous apercevons
maintenant les glaciers. A une quinzaine de
kilomètres, là où le fjord fait un virage à angle
droit vers l’ouest, une petite île nous permet de
poser pied à terre, et de réaliser un superbe
panoramique. Reprenant nos pagaies, nous attaquons
maintenant l’ultime traversée de l’année. Arrivée
sur la berge opposée, la vitesse sur notre GPS
indique par endroit, 10 km/h, avant de revenir à la
moitié. A 14 heures, assis sur les galets d’une
sortie de rivière, nous avalons une soupe chaude.
Une heure plus tard, les premières habitations de la
capitale jalonnent le paysage, à basse altitude. Le
survol des avions indiquent la proximité de
l’aéroport. La fin est proche. Nous donnons nos
derniers coups de pagaie. Longeant les grandes
barres d’immeubles, nous ne sommes plus qu’à un
kilomètre de l’arrivée, et, malgré la fatigue, nous
sommes partagés entre la joie d’arriver et l’envie
de continuer.
A 17 heures, au plus
bas de la marée, après 1 033 kilomètres de pagaie,
depuis Ilulissat, nous touchons les gros galets de
la plage de la Vieille Université.
Demain, il n’y aura
pas de navigation, et c’est au partage de nos récits
et de nos images que nous allons maintenant
travailler.
Dimanche 29 août 2010
Navigation entre
Kapisillit et l’île qui se trouve en face du fjord
de Qorqut : 50 kms
64° 26’ N – 050° 16’
W / 64° 18’ N – 051° 07’ W
5 heures 15, la pluie
tambourine toujours sur la toile de tente. Des
rafales ont soufflé toute la nuit. La situation
semble s’être calmée. Michel, notre routeur, nous
informe que les infos météo ne sont pas disponibles.
Ayant consulté les infos la veille, nous décidons
malgré tout d’y aller. Avec la pluie, il nous faut
plier l’ensemble de notre matériel et nous équiper à
l’ intérieur de la tente. A 8 h 30, nous donnons les
premiers coups de pagaie alors que le vent s’est
remis à souffler. Il nous vient du sud et s’accélère
au fond du fjord par une ouverture dans le relief.
Les vagues se creusent et nous prennent par le
travers. Les premiers 20 kms sont pénibles, mais
progressivement, le vent baisse et les conditions
s’améliorent. Protégés dans nos combinaisons, la
pluie est un moindre problème. Arrivés dans
l’imposant défilé du fjord Umanap Suvdlua que nous
n’avions pas emprunter à l’aller, nous optimisons
notre navigation et coupons au plus court. Les
grains orageux se succèdent. Des écharpes de nuages
s’accrochent aux sommets des reliefs. Sur 360°,
telle la foudre sur un cliché, des torrents d’écumes
dévalent les pentes de granite dans un bruit
étourdissant. Vers 18 heures, alors que la distance
qui nous sépare d’une zone de bivouac potentiel
diminue, dans cette ambiance de noir et de gris, un
arc en ciel fait son apparition. Après 50 kms, entre
deux averses, nous montons le camp sur le point
culminant d’une île plate. Malgré la grisaille et la
pluie, le panorama est magnifique, notre dernier
bivouac en pleine nature se devait d’être à la
hauteur.
Samedi 28 août 2010
Kapisillit
64° 26’ N – 050° 16’
W
Le vent et la pluie
ont donné toute la nuit. Le matin, pendant qu’une
accalmie se dessine, nous reprenons notre travail à
la maison communale et consultons la météo sur
internet à la boutique. A midi, nous avons à peine
le temps de terminer nos œufs au bacon que la pluie
se remet à tomber. Nous traversons le village et
nous rendons chez Karl, l’instituteur, et son
épouse, Kristina. Ils sont partis chasser le
caribou, nous invitant à utiliser leur maison. A la
mi-journée, ils rentrent complètement trempés. Là
aussi, le caribou n’était pas au rendez-vous.
Pendant que nous travaillons sur nos images, il
enclenche un DVD et nous passe un policier en
français. Plus tard, en regardant nos photos, le
hasard veut que nous ayons déjà rencontré ses
parents sur Attu. Nous avions d’ailleurs passé avec
eux un long moment sur leur camp de pêche. Ils nous
invitent à rester pour le dîner. Comme le veut la
coutume, avant de les quitter, ils nous
photographient dans leur demeure. Demain, nous nous
levons tôt, Nuuk est à 100 kms, nous pensons
l’atteindre en deux jours.
Vendredi 27 août 2010
Kapisillit
64° 26’ N – 050° 16’
W
Depuis la veille, la
pluie ne cesse de tomber. Nous nous rendons dans le
petit salon de la maison hôpital pour travailler
sur notre PC. L’épouse de notre ami de la veille y
travaille. En fin de matinée, nous le voyons
arriver, titubant et ayant beaucoup de mal à parler.
Il nous propose de l’accompagner sur son canot, car
il part relever ses filets à saumon. Au vu de son
état et de la pluie qui tombe, nous déclinons son
invitation. Lorsqu’à midi, son épouse ferme les
locaux, elle nous propose de continuer notre travail
chez eux. Une heure plus tard, notre homme y arrive
bredouille, et nous propose bière et alcool afin de
mieux se servir. La table est pleine de mégots, il
nous demande si l’on veut un saumon qu’il a congelé.
L’ambiance est malsaine, nous prétextons une
consultation à faire sur internet pour le quitter et
repartir sous la pluie qui tombe à l’extérieur.
C’est à l’école, ultra moderne pour seulement quatre
élèves, et par la suite chez son instituteur, que
nous terminons notre travail autour d’une tasse de
café.
Jeudi 26 août 2010
Kapisillit
64° 26’ N – 050° 16’
W
Notre camp est dressé
au beau milieu de la place centrale de Kapisillit.
Le seul endroit plat que nous ayons trouvé à
proximité du point de débarquement. Le ciel est gris
et les prévisions météo pour les jours à venir ne
sont guère réjouissantes. On attend des vents de 25
m/s dans la région de Nuuk et cela jusqu’à passé le
week-end. Le village est très étendu, et de part sa
position, au pied du relief, on ne le distingue
jamais en totalité. Malgré des équipements flambants
neufs, celui-ci manque cruellement d’activité. Seuls
une cinquantaine de personnes y vivent réellement à
l’année. Dans l’après-midi, avant que le mauvais
temps arrive, laissant notre matériel sous la tente,
nous prenons les kayaks pour atteindre le fond du
fjord et par une courte randonnée à pied, atteindre
le glacier tout proche. Le ciel se fait de plus en
plus menaçant et la marée montante nous oblige à
reprendre rapidement le chemin du retour. Lorsque
nous rentrons sur le village, les premières gouttes
nous accompagnent. Nous dînons à l’abri d’un
séchoir, où pendent d’anciennes peaux, là , nous
acceptons l’invitation d’un pêcheur à venir faire
sécher notre matériel dans sa demeure et y prendre
un café. Lorsque nous rejoignons la maison verte
située en haut de la colline, notre homme nous
accueille avec un air chancelant, sur sa table
traîne de nombreuses bouteilles de bière.
Malheureusement et comme certains, il ne boit pas
que du café.
Mercredi 25 août 2010
Navigation entre
Qornoq et Kapisillit : 46 kms
64° 31’ N – 051° 05’W
/ 64° 26’ N – 050° 16’ W
A 5 heures, pendant
que dans notre petit chalet, nous rangeons nos
effets dans leur sac respectif, à l’extérieur le
jour se lève à peine. Le café rapidement avalé, nous
transportons notre matériel sur les galets. Le
paysage n’est que brouillard, mais la pluie a cessé
de tomber. Pendant que nous finissons de charger les
kayaks, Hans Lars et Naya nous rejoignent sur la
plage pour une ultime photo. A 8 heures, nous les
quittons et mettons le cap sur Kapisillit (là où il
y a des saumons) ultime village au fond du fjord,
une cinquantaine de kilomètres au nord est. La
navigation commence comme a l’habitude aux
instruments, et au vu la distance, nous coupons au
plus court. La marée descendante nous aide dans
notre progression, nous permettant de maintenir 4
nœuds (7 –8 km/h) une bonne partie de la journée. En
fin de matinée, le brouillard se lève et laisse
place à un ciel bas. On distingue maintenant le
relief de la côte opposée. Au loin, une île
apparaît, derrière elle, une pointe de cap dans la
direction où nous devons aller. Par endroit, les
montagnes au flanc argenté couvertes déchirent les
nuages. Le décor est toujours aussi grandiose et les
distances sont démesurée. A 17 heures, nous pêchons
une morue et râlions le village.
Mardi 24 août 2010
Qornoq
64° 31’ N – 051° 05’W
Depuis la veille, le
poêle fonctionne a plein dans notre petit chalet,
donnant à celui-ci des allures de sauna. Mais la
pluie qui ne cesse de tomber rend l’ambiance bien
agréable. Nous avons beaucoup de retard sur le
traitement de nos images et de nos textes. Profitant
du génie de Hans Lars qui a su amener l’électricité
dans sa demeure grâce à un système couplé de
panneaux solaires et d’une éolienne, nous joignons
l’utile à l’agréable. Tout au long de la journée,
entre deux cafés, nous nous succédons sur le PC qui
est aussi rouge que le poêle. En fin d’après-midi,
la pluie cesse de tomber. Des nuages bas s’étirent
et s’enroulent autour des reliefs. Dans la petite
anse qui fait office de port, des nombreux blocs de
glace se font pousser par la marée. Le village
couvre une importante superficie et ses demeures
sont en excellent état. Nous sommes surpris qu’un
tel lieu puisse être démuni de tous les services
(eau, électricité, boutique, traitement des déchets)
qui ferait de lui un village opérationnel. Même la
petite église que rien ne différencie d’une autre,
n’est plus considéré comme un lieu de culte. Nous
visitons le petit musée situé dans ses combles et
rentrons avec nos hôtes pour une soirée d’échange
qui débute par un témoignage de Hanz Lars, qui, a 55
ans a pris sa retraite de marin pêcheur et a cédé
son chalutier. Il nous parle de la vie du village
avant sa fermeture, des lacs glaciers qui dévalent
maintenant les pentes de la région, et des
exploitations minières qui s’y installent et qu’il
craint plus que tout. Nous dînons en leur compagnie
autour d’une somptueuse table. Demain, nous partons
tôt mais nous promettons de nous revoir, à Nuuk.
Lundi 23 août 2010
Navigation entre la péninsule Quingap Nua et Qornoq
: 17 kms
64° 23' N - 051° 11' W /64° 31' N - 051° 05'W
A 5 heures du matin, seuls au milieu de l'immense
fjord, nous plions la tente encore trempée
d'humidité sous un ciel gris et bas. A 8 heures,
nous quittons notre promontoire rocheux et mettons
le cap sur Qornoq, un ancien village désaffecté dans
les années 60. Nous l'avons en visuel à 16 kms
devant, au bout du fjord. A plusieurs reprises, le
courant nous oblige à cheminer en crabe afin de ne
pas dériver. A 11 h 30, nous touchons le village
pour la pause déjeuner quand la pluie annoncée se
met à tomber. Le village est important et ressemble
à un village réel à l'exception, qu'il n'y a aucune
infrastructure, pas de boutique. Les maisons sont
maintenant des résidences secondaires. A terre, on
distingue quelques personnes et des enfants jouent
sur la berge. Une habitante et son époux nous
accueil et nous invite à venir nous abriter près de
leur demeure où un café fumant nous attend. Ils nous
proposent de rester dans leur annexe, un ravissant
petit studio meublé et tapissé de bois, et passer la
nuit sur place. Nous hésitions, nous avons beaucoup
de retard sur nos textes et nos images, la météo
prévoit une journée ventée et pluvieuse pour le
lendemain, nous acceptons leur invitation. Nous
passons la soirée dans leur demeure, ils nous
racontent leur vie et celle de leur village, pendant
que dehors, la pluie ne cesse de tomber.
Dimanche 22 août 2010
Navigation entre Nuuk et la péninsule Quingap Nua :
46 kms
64° 10' N - 051° 44' W / 64° 23' N - 051° 11' W
Comme prévu, le réveil sonne à 4 heures. A
l'extérieur, le jour n'est pas encore levé, et un
brouillard enveloppe la ville. La toile de tente est
entièrement trempée. Sans attendre, nous rangeons
nos effets, il nous faut être en phase avec la
marée, car de nombreux fjords débouchent sur Nuuk et
le courant peut y être important. 7 heures, nous
démarrons dans une ambiance londonienne. Alors que
la ville dort, un sifflement nous interpelle. De son
balcon, les bras en l'air, Loulou nous salue. Deux
minutes plus tard, il est sur la berge pour nous
souhaiter bonne route. Passé la ville, le fjord
n'est que brouillard, et côte inaccessible. Après 5
heures de blanc total, la luminosité affecte la
vision. Seule la cartographie GPS indique notre
position. Soudain, une trouée, un sommet apparaît,
la ouate blanche, lentement, se déchire. Depuis le
matin, et comme à chaque passage dans les fjords,
les points d'accostage sont quasi inexistants. Après
35 kms, nous trouvons un coin
pour déjeuner. L'immensité du décor donne le
vertige. Les distances sont interminables. L'écharpe
blanche est toujours présente et s'étire à
mi-hauteur, le long du relief. Après 9 h 30 de
pagaie et 46 kms parcourus, une dalle de granite en
pente douce nous permet de monter le
camp sur une avancée de terre où, au milieu des
myrtilles, nous trouvons des vestiges d'anciennes
civilisations.
Samedi 21 août 2010
Nuuk
64° 10' N - 051° 44' W
Nous déjeunons sous un soleil radieux, assis dans
l'herbe, à côté de la tente, au bord d'un chemin, à
quelques mètres des galets, au pied de la première
Université du pays. L'endroit est paisible, seuls
quelques promeneurs y accompagnent leur chien. Nous
faisons connaissance avec Pia, une voisine de
Loulou. D'ailleurs, celui-ci ne tarde pas à nous
rejoindre. Nous leur offrons du café, et ensuite,
ils nous invitent à les suivre et nous faire une
beauté dans leur demeure. Pia et son mari nous
proposent de les suivre pour une visite guidée de la
ville en voiture. Pendant ce temps, Loulou prépare
le déjeuner. Notre chauffeur nous montre tous
quartiers, toutes les rues, la ville est agréable,
faite de nombreux pavillons colorés. Nous en
profitons pour rendre visite à Ole, de Sula Kayak,
avec qui nous sommes en contact depuis de nombreuses
semaines. Il se propose de nous garder les kayaks
pendant l'hiver. A notre retour, Loulou a dressé une
table sur sa terrasse, face à la mer. Au vu de notre
avance, nous prévoyons une boucle à l'intérieur des
fjords, jusqu'au village de Kapisillit, avant de
retourner sur Nuuk. Soit un parcours imprévu de 200
kms, le double de la distance parcourue en cargo
entre Itilleq et Kangamiut. A 20 heures, les achats
terminés, nous nous apercevons que nous avons oublié
l'alcool à réchaud.. Commence alors une chasse au
trésor, en voiture, avec un voisin de Loulou. Il
nous faudra visiter six boutiques avant de le
trouver. La nuit est déjà tombée lorsque nous
attaquons le dîner préparé par Nathalie. A 22
heures, nous allons nous coucher, car demain, marée
et courant obligent, il faudra nous lever tôt. La
pleine lune se reflète sur la mer.
Vendredi 20 août 2010
Navigation entre la ville fantôme de Kangeq et Nuuk,
la capitale : 21 kms
64° 06' N - 052° 03' W / 64° 10' N - 051° 44' W
Un vent d'est anime la toile de tente. Celle-ci est
encore à l'ombre, trempée d'humidité. Le ciel est
voilé. La ville est toujours aussi déserte. Au vu de
la faible distance qui nous sépare de la capitale,
nous décidons de temporiser et d'attendre l'accalmie
qui arrive en fin de matinée, avec un beau ciel
bleu. Nous partons à marée basse et comme nous nous
y attendons, le courant est de face. Sur le cap,
pour diminuer son effet, nous prenons les
contre-courants à un mètre de la falaise. Nous
remontons la côte vers le nord, avant d'entamer la
longue traversée. Devant nous, une baleine se fait
entendre. Dans la baie, des blocs de glace à la
dérive attirent notre attention. Les derniers que
nous ayant vu sont ceux du secteur sud de la Baie de
Disko que nous avons quitté début juillet. Après
deux heures de traversée, nous touchons la capitale
en même temps qu'un navire bleu orné d'un arc en
ciel, avec sur son tribord, une inscription «
Defending our ocean » comme un symbole, le bateau de
Greenpeace salue notre arrivée. Suivant les infos de
Philippe, notre ami kayakiste rencontré quelques
jours plus tôt à Maniitsoq, nous accostons sur la
plage la plus tranquille de la capitale. Quelques
minutes plus tard, un promeneur, accompagné de ses
deux chiens nous aborde. Il s'agit de Loulou, un
français vivant sur Nuuk depuis de nombreuses
années. Une de ces premières remarques : « Et vous
êtes nombreux comme ça, à voyager en kayak ? J'ai
déjà croisé un autre kayakiste faisant route vers le
nord, il y a quinze jours ? »
Jeudi 19 août 2010
Navigation entre les îles et la ville fantôme de
Kangeq : 29 kms
64° 19' N - 052° 06 W / 64° 06' N - 052° 03' W
Le vent est tombé en fin de nuit. Etrange impression
que de ne plus entendre de bruit. Plus rien ne
bouge. A l'extérieur, le ciel est bleu et les
mouches ont refait leur apparition. RAS sur le
bulletin météo. Nous décidons de nous rendre à Nuuk
par la route extérieure, et de passer par Kangeq, un
village maintenant désaffecté qui se situe sur la
péninsule au sud ouest de Nuuk. Malgré une route
loin de la côte, les nombreuses îles nous donnent
une impression de relative sécurité. Aujourd'hui, le
courant est avec nous, et c'est presque en pleine
forme que nous arrivons sur Kangeq. Le village a des
allures de décor de cinéma. A terre, rien ne bouge.
Les lumières sont idéales. Nous faisons un tour avec
nos appareils photo.
Mercredi 18 août 2010
Iles
64° 19' N - 052° 06 W
Les courbatures de la navigation de la veille sont
bien présentes lorsque nous déchiffrons le bulletin
du jour. Suite à nos remarques de la veille, Michel
nous répond : « les données sur cette zone sont
variables. Aujourd'hui, 8m/s sud sud est, mais
toutefois : prudence ». Nous hésitons à prendre une
journée de repos, quand 45 minutes plus tard, les
premières rafales nous donnent la réponse. Nous
mesurons 15, puis 20 m/s (64 km/h). Nous complétons
les points d'amarrage de la tente, celle-ci compte
rapidement 25 suspentes, et prend les allures d'un
parapente. Nous passons la journée à l'intérieur de
notre toile, fouettée par le vent. En fin
d'après-midi, Nathalie mesure une rafale à 92 km/h.
Mardi 17 août 2010
Navigation entre les îles : 24 kms
64° 31' N - 052° 09' W / 64° 19' N - 052° 06 W
Après une nuit réparatrice, nous sortons de la tente
sous un soleil radieux. Du haut de notre
promontoire, nous distinguons les autres îlots, tel
un chapelet qui s'étire à l'infini. Une embarcation
motorisée groenlandaise passe à grande vitesse dans
le chenal, non loin de nous. Il fait si bon que nous
nous laissons tenter par un bain dans un point d'eau
douce sur notre rocher. A peine avons-nous commencé
notre navigation qu'un vent du sud se lève. Il se
fait de plus en plus pressant, et au bout d'une
heure, je suis contraint de changer de pagaie. Le
courant, quant à lui est guère favorable. Après une
heure et demi, nous n'avons à peine parcouru que 5
kms. Nous nous accordons une pose déjeuner, espérant
voir les choses évoluer, mais il n'en est rien.
Toute la journée, nous irons d'îles en îles, dans ce
labyrinthe de roches et d'eau avec un soleil bien
calé au sud, comme pour rendre notre progression
encore plus laborieuse. Dans les étroitures, nous
devons franchir des petits rapides. Après 6 h 30 de
navigation, les bras sont
lourds et la fatigue se fait sentir. Devant nous,
une plage, nous tend les bras, elle est surmontée
d'un petit plateau herbeux et l'on y trouve de
nombreux points d'eau. Cet arrêt anticipé, nous
permet de nous installer et de dîner au soleil. Face
à nous, passé l'autre berge, une longue chaîne de
montagnes s'étire vers l'est et annonce l'arrivée
imminente dans les fjords de Nuuk.
Lundi 16 août 2010
Navigation entre Atammik et les îles : 34 km
64° 48' N - 052° 10' W / 64° 31' N - 052° 09' W
A 10 heures, de nombreuses personnes se pressent
devant l'école du village. En effet, c'est la
rentrée scolaire. Les parents y sont les bienvenus,
un café les y attend, mais surtout les nouveaux
élèves, ici une fille et deux garçons sont mis à
l'honneur. La directrice prononce un discours. Comme
leurs parents, les élèves portent l'habit
traditionnel groenlandais. C'est un grand jour, ils
sont photographiés par l'ensemble des habitants du
village. Une groenlandaise annonce à l'assemblée que
c'est aussi l'anniversaire de Nathalie. Tout le
monde vient la féliciter. A 11 heures,
progressivement, les parents quittent l'école. Après
quelques achats de produits frais, nous démontons le
camp et allons prendre un dernier café avec notre
ami Pavia. Vers 14 heures, nous entendons des cris
du haut de la colline, et des bras s'agitent. Les
villageois sont au courant de notre départ. Nous
saluons Pavia en allant devant chez lui. En un
instant, le brouillard nous enveloppe et nous isole
des regards. Une fois de plus, nous naviguons au GPS,
cela jusqu'en fin d'après-midi, où un vent de nord
ouest assèche la masse d'air et nous pousse à
travers les îlots. Nous en profitons pour mettre les
voiles, vent et courant nous poussent à plus de 8
km/h. Le soleil est déjà bas, et, après deux
tentatives, nous trouvons un bon spot de sortie à
l'intérieur d'une crique, où une dalle de granite
monte progression sur la partie haute du relief.
Entourés de points d'eau, sous les derniers rayons
du soleil, le lieu est magique. Pour l'anniversaire
de Nathalie, un chili con carne lyophilisé est
accompagné d'une bouteille de Rioja.
Dimanche 15 août 2010
Atammik
64° 48' N - 052° 10' W
A 10 heures, tout le village s'est donné rendez-vous
pour la messe et le baptême de la petite Ivaana.
L'occasion pour elle de recevoir ses prénoms. Car
jusqu'à présent, elle n'en possède aucun. Pour la
circonstance, l'église est bondée. La petite fille
âgée de deux mois arrive avec ses parents vêtus du
costume Groenlandais traditionnel. Lorsque nous
regagnons la tente, notre voisin, Pavia tape à ses
carreaux pour nous inviter à prendre un café. Nous
profitons de la présence de ses petits enfants pour
l'interroger sur sa vie et sur cette ville fantôme
toute proche qui nous intrigue. Il est heureux de
nous faire part de son témoignage et de poser pour
la photo. Plus tard, c'est dans la demeure de la
petite Ivaana, qu'un autre kafémik attend l'ensemble
des habitants du village. Sur la terrasse, et avant
de franchir le pas de la porte, des mets
groenlandais accueillent les habitants. Panse de
caribou crue avec sa farce d'herbes naturelles
encore intacte. A côté, matak (épiderme de baleine)
et morue séchée. A l'intérieur de la maison, les
mets sont plus conventionnels, chacun prend place
sur les tables dressées, avec sur chacune d'elles
des assortiments de pâtisserie. Les habitants se
relaient, remerciant leurs hôtes et laissant la
place au suivant. Il fait très humide, nous
regagnons la tente, pour travailler sur les
témoignages. La journée s'achèvent par un feu
d'artifice qu'ils n'hésitent pas tirer à la
verticale de notre tente.
Samedi 14 août 2010
Navigation entre la ville fantôme de Tovqussas et
Atammik : 12 kms
64° 52' N - 052° 12' W / 64° 48' N - 052° 10' W
Contrairement à la veille, le ciel est gris, mais le
vent est tombé. En attendant que le courant soit
dans le bon sens pour franchir le cap, nous en
profitons pour réaliser quelques ultimes images. La
navigation est paisible et nous passons le cap sans
aucune difficulté. Une fois celui-ci franchi, le
vent se lève. Avant de rejoindre le village, nous
récupérons une morue. Les kayaks sont sortis au
milieu des algues, à la mi-marée, sur l'ultime plage
coincée au fond d'une crique au sud du village. Il
nous faut un petit moment pour trouver un
emplacement pour la tente, car ici, tous sont
occupés par des habitations récentes ou délaissées.
A peine notre emplacement trouvé, que nous sommes
déjà invité pour un kafemik. Pavia, 87 ans nous
attend avec ses petits enfants, dans sa maison toute
proche. Nous en profitons pour réaliser un
témoignage de Pilunnguaq qui a interrompu ses études
et qui a quitté sa ville de Narsaq, plus au sud pour
venir vivre ici sur Atammik, avec son petit ami.
Vendredi 13 août 2010
Navigation entre Napasoq et la ville fantôme de
Tovqussaq : 23 kms
65° 02' N - 052° 22' W / 64° 52' N - 052° 12' W
La toile de tente est trempée. Il règne un
brouillard à couper au couteau. Celui-ci se lève
rapidement. Nous démontons le camp. Lorsque notre
chargement commence, les habitants se pressent
autour de nous et nous prennent en photo avec leur
téléphone portable. Nous en profitons pour réaliser
un témoignage avec Inunnguaq. Napasoq étant sur une
île, il nous faut maintenant rejoindre la côte. Un
vent de nord nord ouest et une houle nous y aide. Vu
la faible distance, nous comptions bien rallier la
ville toute proche d'Atammik, mais peu avant le cap,
le vent forcit à 10 m/s. Nous avons juste le temps
d'entrer se mettre à l'abri, dans la anse naturelle
qui abritait autrefois la ville danoise de Tovqussaq,
qui au vu des installations encore sur place, devait
traiter et conditionner les baleines chassées dans
le secteur. De nombreux bâtiments sont encore
debout, mais aucun n'est en état. Nous passons une
bonne partie de l'après-midi à réaliser des prises
de vue. Etrange impression que de séjourner dans ces
villages, où l'homme a laissé son empreinte, et que
le temps reprend peu à peu possession.
Jeudi 12 août 2010
Navigation entre l'entrée du fjord Kangia et Napasoq
: 19 kms
65° 11' N - 052° 13' W / 65° 02' N - 052° 22' W
Le brouillard a cédé la place à un ciel bleu. Nous
déjeunons au soleil, appréciant le site et ces
moments de quiétude. Avant d'embarquer, je détache
un petit oiseau pris dans les filets assassins posés
à même la roche. La brise qui rentre maintenant à
l'intérieur du fjord ralenti notre progression. Et
les grandes lignes droites à perte de vue allongent
les distances. Alors que nous touchons les îles
environnant Napasoq, le brouillard s'approprie les
lieux. La cartographie GPS et les embarcations
motorisées des pêcheurs, nous indiquent le bon
chenal. Nous touchons le village à marée basse.
Impossible de sortir les kayaks. Il nous faut les
attacher et attendre que le niveau de l'eau remonte.
En ce moment, nous avons de grandes marées de plus
de quatre mètres. Ils passeront la nuit, attachés à
une rampe. L'ambiance est humide et le village quasi
désert. Il y a une fête des anciens dans la salle
communale qui est organisée avec les vieux du
village de Atammik, venus nombreux.
Mercredi 11 août 2010
Navigation entre la cabane au sud de Umanap Tima et
l'entrée du fjord
Kangia : 30 kms
65° 16' N - 052° 32' W / 65° 11' N - 052° 13' W
Réveillés par les corbeaux qui martèlent le toit de
la cabane, comme pour nous inciter à nous réveiller
et à profiter d'un soleil radieux. Le vent du nord
est déjà bien présent, et malgré cela, nous entamons
le chargement. Nous partons juste après la marée
haute. Cela nous amène à la mi-marée pour passer le
prochain cap. La partie nord se passe sans
difficulté, la sortie exposée au sud est plus
chaotique avec la présence de nombreux rouleaux .
Le vent du nord se lève, amenant avec lui son
écharpe de brouillard. Nous changeons de programme,
renonçant à la traversée plein sud et optons pour un
contour par l'intérieur des fjords. Après une halte
dans une ancienne station, dont il ne reste
aujourd'hui que les fondations, nous rejoignons le
fjord plus au sud par une étroiture, poursuivis par
le brouillard. Bordé par de longues dalles de
granite, nous distinguons les installations d'un
camp de pêche. Embarcation,, bouées de mouillage,
filets, ainsi que deux cabanes. Celui-ci est désert.
Avant de le rejoindre, nous allons récupérer une
morue, près d'une petite île rocheuse à proximité.
Nous montons le camp à côté d'une vieille barque
retournée, au milieu des premiers bois flottés
rencontrés sur cette côte.
Mardi 10 août 2010
Navigation entre Maniitsoq et la cabane au sud de
Umanap Tima : 24 kms
65° 25' N - 052° 53' W / 65° 16' N - 052° 32' W
Encore dans nos duvets, nous entendons des bruits à
proximité de la tente. Sortant la tête de celle-ci,
nous apercevons Philippe en train de préparer le
petit déjeuner sur la table toute proche. La nuit a
été courte nous dit-il. Il en a profité pour
préparer quelques questions. Le ciel est gris, et
les prévisions annoncent de la pluie. Philippe nous
aide à porter nos kayaks. Nous nous promettons de
nous retrouver cet hiver. Nous donnons nos premiers
coups de pagaie. De la plage, il nous salue. Il s'en
est fallu de peu pour que nos deux routes se
croisent sans pour autant nous rencontrer. Dans un
brouillard à couper au couteau, nous naviguons aux
instruments, pour rejoindre la côte à une douzaine
de kilomètres de là. En chemin, deux îles nous
permettent de souffler. Vent et courant ralentissent
notre progression. La mer est formée, les vagues
roulent sur le pont, puis les embruns se collent au
lunettes, la visibilité est exécrable. Après 7
heures de navigation, nous apercevons une cabane de
pêche qui nous semble minuscule. Une dalle de roche
nous sert de rampe, la cabane est douillette.
Eclairée et chauffée à la bougie, ce sera notre
palace pour la nuit.
Lundi 9 août 2010
Maniitsoq
65° 25' N - 052° 53' W
Après un petit déjeuner, agrémenté de croissants,
nous nous dirigeons vers le centre ville. Malgré ses
nombreux immeubles pour la plupart accrochés sur des
promontoires rocheux, celle-ci n'est pas dénuée de
charme. Alors que nous déjeunons sur une table au
soleil, à proximité du port, le capitaine du cargo
de la Royal Arctic qui nous a transporté, vient nous
saluer. Il réside sur Maniitsoq. De retour sur notre
plage, un couple vient à notre rencontre. Ils
organisent des tours en kayak et de multiples
activités de chasse et de pêche au fond des fjords.
Ils nous signalent la présence d'un autre kayakiste
français, sur la plage d'à côté. Venant du sud, il
ferait route vers le nord, mais ils ne l'ont pas
rencontré. Après le dîner, nous nous rendons sur la
crique voisine, seulement séparée par un monticule
rocheux. A proximité du cimetière et du musée, se
trouve une petite tente verte. A notre appel, une
voix en français nous répond. Nous nous présentons,
et une longue et intéressante soirée commence.
Philippe, parti en juin dernier depuis Nanortalik,
au sud Groenland, fait effectivement route vers le
nord. Il navigue en solitaire avec un volumineux
kayak biplace en polyéthylène. Jusque tard dans la
nuit, nous échangeons nos infos.
Dimanche 8 août 2010
Navigation entre les glaciers dans le fjord
Hamborgersund et Maniitsoq
: 37 kms
65° 39' N - 053° 03' W / 65° 25' N - 052° 53' W
Levés à quatre heures du matin. Il nous faut
impérativement quitter notre abri à marée haute, sur
le même niveau que la veille. Car, sur un niveau
inférieur, la zone est chaotique, faite de rochers
et de blocs obturants le passage. A 6 h 30, nous
embarquons sous un ciel gris, qui ne nous quittera
pas de la journée. Au dessus de nos têtes, des pics,
des langues glacières ainsi d'anciennes moraines
nous surplombent. Peu avant d'arriver sur l'île de
Maniitsoq, un courant de face se fait de plus en
plus présent. Nous décidons de temporiser, par une
petite halte, qui se transforme en ramassage de
moules, suivi d'une sieste pour compenser le réveil
matinal. Deux heures plus tard, le courant a faibli,
nous reprenons la mer. Au loin se dessinent les
premiers immeubles de la ville, au pied desquelles
une double plage nous tend les bras. Nous passons la
première où se situe un cimetière, à proximité de
laquelle, nous apercevons un kayak jaune, tiré sur
la berge bien pentue. Nous continuons notre route,
pour nous installer sur la plus large, table et
bancs y sont aménagé, le terrain est plat, le
quartier semble tranquille, ce sera notre adresse
sur Maniitsoq.
Samedi 7 août 2010
Navigation entre Kangaamiut et les glaciers dans le
fjord Hamborgersund
: 32 kms
65° 49' N - 053° 20' W / 65° 39' N - 053° 03' W
A 6 heures, alors que la ville dort, nous
transportons, à l'aide de notre chariot, kayaks et
matériel sur un des pontons à l'entrée de la ville.
En effet, ici, pas de plage, il nous faut utiliser
les plate formes flottantes. A 9 h 15, à l'heure de
la mi-marée, nous embarquons. Lorsque nous passons
sous le balcon de nos amis, trois silhouettes nous
saluent. Nous nous retournons à plusieurs reprises,
en levant les bras, pendant que nos kayaks
continuent d'avancer. La houle de la veille est
encore bien présente. A mi-chemin de la traversée du
fjord, la mer se creuse et de petites déferlantes
commencent à nous prendre par le travers. Le temps
est calme, il n'y a pas de vent, effectivement, et
il ne faudrait pas grande chose, pour que la
traversée devienne délicate. Par la suite, la
navigation se fait plaisante au milieu d'îlots et de
passages où l'on croise quelques vedettes rapides. A
la pointe du cap, de somptueux glaciers, se
dessinent devant nous. Après la pose, nous nous
engageons dans le fjord Hamborgersund, une
véritable voie royale, un des plus beaux paysages
que nous ayons vu depuis l'Isfjord d'Ilulissat.
Faite de falaises, et d'anciennes moraines, la zone
nous a été indiquée comme peu accostable. Sur la
rive nord, face à quatre glaciers, nous dénichons
une sortie et en un instant, nous décidons après 32
kms d'y établir notre camp et de profiter des
derniers rayons du soleil dans un lieu d'une rare
beauté.
Vendredi 6 août 2010
Kangaamiut
65° 49' N - 053° 20' W
La veille, à la sortie du cargo, nous n'avons eu que
peu de choix pour monter notre tente. Le village est
construit tout en longueur à flan de roches, où
s'accrochent des maisons colorées, reliées entre
elles par une toile d'araignée d'escaliers. Au pied
la ville, un chenal tout en longueur, protégé par
une série d'îlots fait office de port. A peine avons
nous commencé notre exploration de la ville,
appareils photos à la main, que nous sommes
interpellés par Per. L'ayant informé que nous
pensons quitter la ville le jour même, il nous fait
part d'un bulletin météo annonçant un vent de 18 m/s
pour la journée. Nous sommes dans la foulée, invité
à partager le déjeuner avec Jensine, son épouse et
son amie Madaline que nous avions rencontré sur le
village de Kitsissuarsuit. Leur demeure est
complètement atypique, véritable bric et broc
d'objets artisanaux, de statuettes, de tableaux, et
d'étagères recouvertes de bouquins. Les rideaux qui
ornent les fenêtres, donnent un côté couzy. Depuis
leur terrasse, où un stock de viande de boufs
musqués fraîchement chassée, attend d'être découpée,
nous regardons l'état de la mer, la traversée du
fjord qui mène vers le sud. La zone est réputée
chaotique. C'est à ce moment qu'Albrech, revenant de
Maniitsoq avec sa petite famille arrive dans le
port. Il nous confirme des conditions mauvaises pour
le kayak. En fin de journée, alors que le vent
semble baisser, le brouillard s'approprie les lieux.
Du coup, nous acceptons l'invitation de nos amis, et
avec eux, préparons la soirée. Nathalie est même
réquisitionnée pour la découpe des boufs musqués.
Après de succulents beignets de morue et une crêpe
partie, nous avons du mal à quitter nos hôtes. Nous
ne les connaissons que depuis quelques heures, mais
de part nos échanges, cela semblent être des années.
Jeudi 5 août 2010
Itilleq - Kangaamiut - Déplacement en bateau cargo
66° 34' N - 053° 30' W / 65° 49' N - 053° 20' W
Il y a moins de 24 heures, les prévisions météo
annonçaient 3 mètres de houle (sur une côte exposée)
et 15 à 20 m/s sud sud ouest. Ce matin, comme par
enchantement, un puissant anticyclone a fait son
apparition et la mer est un véritable miroir.
Néanmoins, la situation reste instable, il nous faut
rattraper le retard accumulé et nous recaler avec
notre planning, Sans quoi, fini les reportages et
notre navigation se transformerait en un contre la
montre, pour arriver dans les délais. A 12 h 15,
avec près d'une heure d'avance, nous chargeons kayak
et matériel dans le petit cargo de la Royal Arctic
Line qui approvisionne tous les quinze jours, les
villages sur cette partie de la côte. La seule chose
qui ne soit encore validée, est le lieu de
débarquement. Les billets sont réservés jusqu'à
Maniitsoq, mais nous envisageons de sortir au
premier arrêt, à Kangamiut. Nous effectuons la plus
grande partie du trajet sur la passerelle avec le
commandant, comme si nous ne souhaitions pas rater
un mille de navigation. Par moment, le ferry
ralenti, manouvre, se positionne au mieux dans le
chenal qui traverse les multiples îlots avec parfois
trois mètres d'eau sous sa coque. A l'arrivée sur le
village de Kangamiut, nous descendons dans la cabine
du capitaine et consultons le dernier bulletin
météo. La situation pour les jours à venir semble
correcte, pas de perturbations prolongées. Quelques
minutes plus tard, lorsque les amarres sont
larguées, du haut de la passerelle, le capitaine
nous salue. A chacun sa navigation.
Du Jeudi 29 Juillet
au Mercredi 4 Août 2010
Itilleq
66° 34' N - 053° 30' W
Nos journées prennent des allures de routine. Nous
sommes toujours installés dans le bâtiment de la
garderie pour enfants, qui domine le village. Nous
avons vraiment tout le confort, il ne nous manque
que internet que nous consultons depuis la boutique.
Nous travaillons sur nos photos et nos témoignages.
Dès le 30 juillet, le vent se renforce pour se
déchaîner dans la soirée. Le 31, le soleil illumine
une mer formée. Tous les sites de météo consultés
prévoient des vents à plus de 10 m/s de secteur sud.
Nous sommes au plus mauvais endroit pour voir l'état
de la mer, étant protégé par un cap, au sud, mais de
l'autre côté, d'après les locaux, c'est l'enfer. La
sortie de l'impressionnant Sondre Stromfjord aggrave
et complique la situation.
Le 1er août, c'est l'ouverture de la chasse au bouf
musqué et au caribou. Le village se vide, les
embarcations partent dans les secteurs encore
protégés. Le vent du sud se renforce, le brouillard
et la pluie se mettent de la partie. Des bateaux
venus du nord et faisant route vers le sud, sont eux
aussi bloqués, et commencent à s'entasser dans le
petit port. Nous sommes surpris d'y trouver de
petits chalutiers et d'autres embarcations bien
motorisées. Certains restent ici pendant plus de
quatre jours. Ce qui nous dérange le plus, c'est le
manque de fiabilité des prévisions que nous
consultons. Pour exemple, on nous annonce un vent de
15 à 20 m/s de secteur sud avec pluie et une
dégradation continue pour la semaine, le lendemain,
tout a changé, il n'y a plus de vent. Sans pour cela
que ça devienne navigable. Beaucoup de basses
pressions circulent dans le secteur, autour du
Groenland. Bref, on en perd notre latin, et en plus
de cela, les nuits arrivent et sont de plus en plus
marquées. Il nous est maintenant difficile de
naviguer de nuit. Nous profitons aussi de ce blocage
pour réaliser de nouveaux témoignages, entre
autres, celui de Hans Enoksen, l'ancien Premier
Ministre du Groenland, qui est revenu vivre dans son
village natal, et gère la boutique. Il ne parle pas
anglais, il faudra faire traduire toutes ses
réponses. Nos amis, Astrid et David, qui étaient
partis vendre des poissons et chasser le bouf
musqué, à Kangerlussauq reviennent après plusieurs
jours, eux aussi bloqués par les coups de vent
successifs. Avant qu'ils repartent sur Sisimiut,
nous faisons un interview de David, qu'Astrid nous
traduit, sur son métier de chasseur et pêcheur
professionnel et de l'ours polaire qui est arrivé
ici en fin mai. Michel, notre routeur, nous annonce
une amélioration progressive en précisant qu'il faut
rester prudent, la situation pouvant évoluer et
changer radicalement. Au vu du temps qui passe, de
la zone la plus exposée dans laquelle nous nous
trouvons, nous décidons de profiter du passage du
ferry (tous les 15 jours), le 5 dans le village,
pour franchir le Sondre Stromfjord, sans savoir pour
l'instant, si nous descendrons sur Kangaamiut ou
Maniitsoq.
Le 4 août, nous avons la surprise de voir toute la
petite famille d'Albrech venir nous voir jusqu'à la
garderie. Ils sont eux aussi restés bloqués 6 jours
sur Sisimiut en attendant de meilleurs conditions
pour aller à Maniitsoq, vers le sud. Albrech et
Pauline ramènent Karen et les enfants chez eux, et
en profiterons pour aller chasser le bouf musqué
vers Kangerlussuaq. Pendant tout ce temps-là, nous
nous sommes reposés, mais il nous tarde de reprendre
la navigation.
Itilleq
66° 34’ N – 053° 30’ W
Ce matin, il tombe des cordes sur la tente. Les
prévisions donnent du vent pour au moins 48 heures.
Nous allons nous réfugier dans l’école et y
déjeuner.
A 14 h 30, le Diamant (bateau de croisière Français)
fait escale devant Itilleq. Un moment plus tard, un
flot de touristes, tout de rouge vêtus est déversé
par une ronde de zodiacs. Le soleil est de retour,
nous allons les rejoindre. Avec eux débarque une
équipe qui réalise des photos de mode. Les
accessoires sont sortis, le modèle est habillé, les
prises de vue commencent. Notre ami, Nicolas
Dubreuil, guide arctique, fait parti du plateau et
c’est avec plaisir que nous allons le saluer. La
collection automne-hiver 2011 défile sous nos yeux.
Les couleurs sont claquantes et les façades colorées
des petites maisons sont assorties aux différents
modèles. Tout cela sous le regard perplexes de nos
amis Groenlandais.
A 19 h, tel un mirage, touristes, photographes,
modèle, disparaissent aussi vite qu’ils sont
arrivés.
Dimanche 25 Juillet
2010
Itilleq
66° 34’ N – 053° 30’ W
Alors que nous venions à peine de rattraper le
retard sur notre programme de navigation, Michel
notre routeur nous annonce une météo déplorable pour
la semaine à venir. Pluie, houle, mais surtout vent
soutenu. A l’exception des nuits que nous passons
sous la tente, histoire de ne pas nous habituer à
trop de confort, nous avons maintenant établi nos
quartiers dans la petite école qui surplombe le
village. Véritable luxe, avec large espace de
travail, cuisine équipée, eau courante, etc…Entourée
de baies vitrées, nous scrutons de temps à autre,
l’horizon à la jumelle.
Samedi 24 Juillet
2010
Itilleq
66° 34’ N – 053° 30’ W
Il pleut, et comme tous les week end, le village est
pratiquement désert. Notre petit déjeuner à peine
terminé, Ruttsi vient nous chercher à la tente pour
un interview programmé la veille. Julie, une
habitante d’Itilleq, âgée de 81 ans, nous attend
chez elle pour répondre à nos questions. Dans son
petit intérieur, devant un café et des tartines
beurrées, elle nous raconte son passé. La vie à
aider son père, par la suite son mari, les longues
veillées en communauté, et le temps qui se détraque.
A 19 heures, ayant mis une note sur la place du
village, les habitants sont conviés à nous rejoindre
dans la salle commune, et à visualiser le montage
audio-visuel du périple de l’an passé. Une vingtaine
d’entre eux font le déplacement. Lorsque images et
musique s’arrêtent, leurs applaudissements nous vont
droit au cœur.
Vendredi 23 Juillet
2010
Itilleq
66° 34’ N – 053° 30’ W
Nous débutons la journée par une visite à la
boutique pour agrémenter notre petit déjeuner en
produits frais et viennoiseries. Spontanément, le
patron nous remet les clefs de l’école afin de nous
y installer et d’y trouver douche et sanitaires. Ce
dernier, nous l’apprendrons par la suite n’est ni
plus ni mois que Hans Enoksen, un homme politique de
premier ordre du Groenland, qui depuis un an est
revenu vivre ici, dans son village.
En cherchant des anti-inflammatoires dans notre
trousse de secours, nous constatons avec étonnement,
que celle-ci n’en contient pas. Depuis la veille,
une douleur au bas du dos gêne terriblement Alain.
Cela nous donne l’occasion de visiter la petite
maison jaune, l’hôpital, qui après un coup de fils
sur Sisimiut, nous délivre une trentaine de
comprimés minutieusement comptés.
La journée est radieuse, nous en profitons pour
faire une grande lessive. Les habitants sont
accueillants, dans le bureau principal de la
Commune, café et petits biscuits nous sont proposés.
Nous discutons avec chacun des villageois qui se
retrouvent devant le stade de foot.
Jeudi 22 Juillet 2010
Navigation entre l’ïle de Ragfik et Itilleq : 21 lms
66° 43’ N – 053° 30’ W / 66° 34’N – 053° 30’W
Depuis tôt ce matin, le baro est en chute libre.
Toutefois, les infos reçues nous laissent espérer
une journée de navigation. Une petite vingtaine de
kilomètres nous séparent du village, et un vent de
secteur nord-est nous pousse dans la bonne
direction. Sans tarder, nous partons avant que la
zone où nous nous trouvons ne se vide avec la marée
basse. Une heure plus tard, la situation se
complique. Le courant s’oppose au vent, sur une zone
de hauts-fonds, avec une houle de travers. Les
kayaks lourdement chargés partent au surf, malgré
notre souhait, la navigation se fait de plus en plus
sportive. Nous nous abritons momentanément sur une
petite île, histoire de souffler et de faire un
point visuel sur la route à suivre. Le village d’Itilleq
n’est plus très loin, nous décidons de continuer.
Deux heures plus tard, un comité d’accueil, aidé
d’une brouette, transporte notre matériel et
installe notre tente derrière l’église, face à la
mer, et sur le meilleur spot du village. En prime,
on nous offre même une truite saumonée, fraîchement
pêchée.
Mercredi 21 Juillet
2010
Navigation entre Sisimiut et l’ïle de Ragfik : 31
kms
66° 57’ N – 053° 41’ W / 66° 43’ N – 053° 30’ W
Pour récupérer notre marchandise, expédiée trois
mois plus tôt sur Sisimiut, nous avons, la veille,
établi notre campement face à la ville, sur l’unique
plage de sable jamais rencontrée dans le pays.
Au-dessus de nous, la route menant à l’aéroport nous
surplombe. Dès la première heure, Nathalie part en
stop direction de la Royal Arctic Line, afin d’y
récupérer une partie de nos effets. Nous ne prenons
que ce qui nous est utile, le reste est expédié sur
la capitale, Nuuk, à un peu moins de 500 kilomètres
de là. Car il faut le dire, nous sommes à la
mi-parcours. Le compteur affiche 485 kms depuis
notre départ d’Ilulissat. En début d’après-midi, les
bateaux rechargés, le camp démonté, nous reprenons
notre navigation. Nous traversons la ville par le
petit port intérieur. Nous aurions bien aimé y
séjourner quelques temps, mais nous venons à peine
de rattraper une partie de notre retard, et il nous
reste encore de grands secteurs exposés, où nous
risquons d’y subir les aléas de la météo et de
rester bloqués. Nous laissons donc Sisimiut derrière
nous et mettons le cap sur un archipel d’îles
situées sur l’axe de notre prochaine halte, le
village d’Itilleq que nous pensons atteindre demain.
Vers 21 heures, nous faisons étape au milieu d’un
dédalle de roches et d’algues. Nous terminons la
journée avec 31 kms et un réapprovisionnement
express, bref, une journée rondement menée.
Mardi 20 Juillet 2010
Navigation entre l’ïle de Akorngata Qaqa et Sisimiut :
14 kms
67° 01’ N – 053° 47’ W / 66° 57’ N – 053° 41’ W
D’après les dernières infos reçues, les conditions
sont sensées être calmes. A l’extérieur, il n’en est
rien. Depuis cinq heures du matin, un vent de
secteur sud de 12m/s (plus de 40 km/h) secoue notre
tente. Un défilé de nuages bas contournent les hauts
reliefs devant nous. Nous pensons d’abord à un
phénomène local et ponctuel, mais celui-ci
s’éternise. Pour finalement diminuer de moitié en
intensité en fin d’après-midi. L’air est glacial.
Nous passons une bonne partie de la journée, bien à
l’abri, à l’intérieur de la tente. 17 heures : la
situation semble s’améliorer, nous démontons le
camp. A 19 heures, nous donnons les premiers coups
de pagaie sur la ligne droite qui nous mènent à
Sisimiut, mi-parcours de notre programme 2010, où un
dépôt de plats lyophilisés et autres effets nous
attend. Lorsque nous montons le camp face à la
ville, la visibilité n’est plus que de 150 mètres.
Le brouillard a repris possession des lieux. Au
compteur, nos GPS indique 485 kms depuis le départ.
Lundi 19 Juillet 2010
Navigation entre l’île Ukivik, franchissement du cap
Kangarssuk et l’île de Akorngata Qaqa : 28 kms
67° 13’ N – 053° 53’ W / 67° 01’ N – 053° 47’ W
Le temps est radieux, et la visibilité on ne peut
plus claire. Etrange sensation que de découvrir le
paysage au travers duquel nous avons cheminé la
veille dans le brouillard. Malgré ces conditions
idéales, nous quittons la petite île de Ukivik et sa
cabane qu’à 16 h 30. Cela afin de profiter du
meilleur cycle de la marée pour le passage délicat
du cap Kangarssuk, prévu trois heures plus tard.
Passé le fjord Sondre Isortoq, un courant pousse nos
kayaks à 9 km/h au travers du ressac et de la houle.
Vers 20 heures, nous doublons le cap, photographiés
une fois de plus par une embarcation groenlandaise.
Nous cheminons au travers des petits îlots couverts
d’algues, sous un soleil rasant, avec devant nous la
montagne surplombant la ville de Sisimiut. Synonyme
de la mi-parcours de ce programme 2010, que nous
devrions atteindre lors de la prochaine étape.
Dimanche 18 Juillet
2010
Navigation depuis le secteur sud du Nordre
Stromfjord à l’île Ukivik – 24 km
67° 23’ N – 053° 48’ W / 67° 13’ N – 053° 53’ W
Notre camp domine la baie vidée par la marée basse.
Derrière nous, une plaine vallonnée remonte
jusqu’aux montagnes encore parsemées de névés. Cela
faisait longtemps que nous n’avions pas vu de
reliefs. Tel que annoncé par la météo, nous avons un
vent de secteur nord. Avec lui, au loin commence à
apparaître des bancs de brouillard. Sur la côte, le
brouillard masque progressivement le ciel bleu. A
peine avons nous fini de charger les kayaks, une
ouate blanche nous enveloppe. La visibilité ne
dépasse les 200 mètres. Malgré cela, nous décidons
d’y aller. Nous naviguons au GPS, pointant
régulièrement le relief qui se trouve devant nous et
dont nous distinguons à peine la forme. A16 h, à
pleine marée, nous avons des difficultés à
progresser sur les passages de cap. Le courant et la
houle contraire rendent la navigation chaotique avec
des vitesses ne dépassant guère 2 km/h. Après la
pose, à la mi-marée, le courant devient à nouveau
favorable. Confirmation s’il en est que pour les
passages délicats, notre fenêtre de navigation se
situe entre la mi-marée descendante et la mi-marée
montante. Maintenant, seule la visibilité nous
manque. Cette situation est éprouvante et nous
contraints à pointer régulièrement notre route au
travers des multiples îlots que nous ne distinguons
pas. Vers 20 h, passant à proximité d’un cabane, sur
l’île de Ukivik, nous décidons de stopper notre
navigation, impossible de traverser le fjord Sondre
Isortoq , de sortir de sa baie dans ces conditions.
La cabane est propre, équipée d’une large banquette
de couchage et d’une véritable table. Deux fenêtres
à double vitrage font office de serre. Les 19°
intérieur contraste avec ceux des 3° que nous avions
pendant la navigation. Véritable refuge bien
salutaire dans ces circonstances.
Samedi 17 Juillet
2010
Navigation entre le camp de pêche et le sud du
Nordre Stromfjord. 41 kms.
67° 38’ N – 053° 39’W / 67° 23’ N – 053° 48’ W
10 h 30, nous quittons le camp de pêche, sous le
salue de nos compagnons d’un soir et sous un ciel
bleu. Une brise de face laisse rapidement sa place à
une houle de plus en plus marquée. Sur le premier
cap, nous croisons une vedette qui nous aborde pour
demander en anglais, ce que nous faisons ici et
notre direction. Ils nous photographient avant de
continuer leur route, destination Ilulissat, pour un
tournoi de foot. La houle atteint maintenant 1,50 m
et nous avançons à 2 km/h. Cela ressemble à des
conditions de navigation en Méditerranée, avec le
courant en prime. Notre objectif est de nous
positionner le plus près possible du Nordre
Stromfjord afin de le traverser à marée haute. La
progression étant de plus en plus laborieuse, nous
rebroussons chemin et allons nous abriter au fond
d’une baie. Après deux heures de pose et un bon
déjeuner, nouvelle tentative. La houle est toujours
là, mais le courant s’est inversé. Au loin, une
bande claire apparaît. Le fjord annule la houle.
Nous saisissons cette opportunité, et nous engageons
dans la traversée. Surveillant notre dérive sur le
pointeur du GPS, celle-ci se passe dans les
meilleures conditions. Une fois le fjord traversé,
nous nous trouvons dans un dédale d’îlots et
d’algues, où une fois de plus, notre cartographie
électronique nous est d’une grande utilité. A plus
de minuit, après avoir longé une zone de récifs
découpés, nous allons nous poser au fond d’une baie
bien protégée. Nous sommes accueillis par les cris
d’un renard qui ne cesse de nous observer, suivi
quelques instants plus tard par trois rennes aux
bois majestueux.
Vendredi 16 Juillet
2010
Navigation entre Attu et le camp de pêche. 39 kms.
67° 56 ‘ N 6 053° 37’ W / 67° 38’ N – 053° 39’W
Le ciel est radieux, un léger brouillard circule au
large, le vent de secteur nord est dans la bonne
direction pour nous pousser. Vers 11h, Pauline,
Karen et Nugat assistent à nos derniers préparatifs
de chargement. Ultimes embrassades, ultimes
photographies avec les deux kayakistes. Le moment du
départ est arrivé. Derrière nous, restent les
souvenirs. Après avoir salué Albrech à la pêcherie,
cap au sud où nous profitons de la bonne orientation
du vent pour mettre les voiles. Elles ne portent en
rien le bateau mais allègent considérablement sa
charge et nous apportent un petit supplément de
vitesse. Dans l’étroiture qui mène au fjord, nous
rencontrons de nombreux tourbillons, sans pour
autant que cela nous gêne dans notre progression.
Dans le chenal intérieur, les conditions sont
optimums. Vers 21 heures, après 39 kms, nous
atteignons le camp de pêche. De nombreuses
embarcations sont déjà à poste. La sortie à marée
basse est des plus délicate, nous nous faisons
aider, pour dégager les kayaks de leur mauvaise
posture, sur les rochers recouverts d’algues. Avec
cinq tentes, le camp de pêche a des allures de
terrain de camping. Ils ont établis plusieurs
fumoirs, et séchoirs pour les truites saumonées. Les
mouches sont toujours là, seule parade : rester
dans le vent. Nous invitons les locaux à prendre le
café, et à leur tour, nous invitent à partager de la
baleine.
Jeudi 15 Juillet 2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
Un crachin breton remplace les pluies de la veille.
Les conditions sont calmes, nous aurions presque pu
naviguer, si Albrech ne nous avez fait part la
veille de son envie de goûter à la cuisine
française. Devant le manque de choix de la boutique
locale, nous optons pour un plat de poissons. Il y a
des tonnes de morue à la pêcherie. Nous trouvons des
légumes surgelés, des œufs, de l’ail, ce sera un
aïoli. Lorsqu’à 16 heures, nous passons en cuisine
et enfilons le tablier, nos amis nous photographient
sous toutes les coutures. Le soir venu, nous
attendons le verdict, car le poisson ils
connaissent. Finalement ce sera « mamaq » (très
bon), à l’unanimité. A 20 h, les photos des chefs et
du plat d’aïoli circulent déjà sur Facebook.
Mercredi 14 Juillet
2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
Depuis la veille,
l’averse est incessante. En cours de journée, le
vent forcit jusqu’à 12 m/s (plus de 40 km/h). Cette
perturbation était annoncée depuis plusieurs jours,
d’où notre décision de rester sur place. Il n’y a en
effet, plus de village jusqu’à Sisimiut, distant de
130 kms. Mais la plus grosse difficulté reste la
traversée du Nordre Stromfjord, ainsi que d’autres
fjords tout aussi impressionnants, et d’autres caps,
dans un secteur où les hauts fonds sont
omniprésents. Il nous faudra aborder toutes ces
difficultés dans les meilleures conditions, et
franchir les zones les plus critiques à marée haute.
Compte tenu des jours qui passent, et de notre
retard sur notre planning, nous envisageons
sérieusement la possibilité de ne pas terminer notre
périple sur Nuuk, mais sur Maniitsoq. Dans cette
éventualité, il nous faudra anticiper et réagir bien
avant. Une partie de notre matériel étant déjà sur
Nuuk. Bref, tout dépendra de la météo. Nous ne
regrettons en rien notre choix, d’avoir saisi les
opportunités qui se sont présentées sur notre route,
même si pour cela, il nous faut revoir notre
organisation.
Dans la journée, le pavillon Danois a été hissé sur
le parvis de la petite maison verte de Pauline et
Albrech, qui fêtent la naissance, la nuit dernière
de leur petite fille. Comme à l’accoutumée, pour la
circonstance, les habitants du village sont invités
à un kaffemik, où une multitudes de gâteaux maison
ont été préparé pendant la nuit.
Mardi 13 Juillet 2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
La tête encore pleine des images de la veille, nous
allons les trier à la maison communale. Le coup de
vent annoncé s’est progressivement décalé d’une
journée, et touchera notre position d’ici moins de
24 heures.
En fin d’après-midi, un ciel moutonneux, aux
multiples nuances de gris nous survole à grande
vitesse. De l’intérieur de l’habitation de Albrech
et de Pauline, nous sommes pour ainsi dire en
demi-pension, la mer commencent à s’aplatir, la
surface de l’eau brossée vers le nord. Pauline nous
propose de passer la nuit sous son toit. Nous la
remercions en lui précisant que nous gardons son
offre en cas d’absolue nécessité. Bien installés,
dans notre abri de toile, nous sommes secoués par de
violentes rafales. Toute la nuit, la pluie martèle
le double toit, mais nous restons bien au sec.
Lundi 12 Juillet 2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
A 17 heures, Karen
nous propose de prendre un rapide dîner avec eux et
de les suivre sur l’île d’Umanaq. Le soleil est
radieux, la mer est calme, nous acceptons leur
proposition. Après quinze minutes, nous touchons
l’île, au fond d’une petite baie. Sur la berge en
contre jour, des fumées s’élèvent, matérialisant
plusieurs foyers. Une multitude d’embarcations est
déjà au mouillage et lorsque nous mettons pied à
terre, il semble que le village tout entier se soit
déplacé. Pas besoin de traduction pour comprendre ce
qu’il se passe, telles des fourmis fluorescentes,
une multitude d’hommes s’ affairent autour d’une
masse sombre, la mer est teintée de rouge, nous
arrivons en plein dépeçage de l’unique baleine
attribuée au village pour l’année. Alors que nous
sautons tous deux sur notre matériel de prise de
vue, je suis harponné pour venir hisser avec les
hommes l’imposante masse. La première traction est
surprenante et malgré le nombre de bras, la corde
semble être attachée à la montagne. L’opération se
répètera à plusieurs reprises, dans un balai de
chair et matak (épiderme de baleine). Pendant ce
temps, les femmes et les enfants piquent niquent. On
vient nous chercher pour goûter les premiers
morceaux de viande mijotée et libre à qui veut
d’aller se servir sur la queue de la baleine, pour
prélever des morceaux de matak.
Nous réalisons bien sûr quelques images de
l’événement, sous une lumière rasante, au milieu des
moustiques, les bottes dans une mer de sang. Après
quatre heures d’un travail de fourmis, onze tas
équitables sont rassemblés et sont tirés au sort
pour les onze personnes ayant participées à la
chasse.
Dimanche 11 juillet
2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
Le bulletin météo pour les jours à venir n’est pas
encourageant. Après, deux belles journées, une
perturbation devrait nous bloquer dans une zone
qu’il nous faut absolument passer avec les
meilleures conditions : le secteur du Nordre
Stromfjord. Nous décidons, malgré le beau temps de
rester sur le village. En fin de matinée, Nathalie
sollicite nos amis pour une sortie pêche. Le temps
de trouver un pilote pour leur bateau, et nous voilà
partis. Nous pensions pêcher dans les îles, c’est
raté. Le cap est mis plein sud à plus de 20 miles
(40 kms) du village.
Nous arrivons en pleine découpe de filets d’Eqaluk
(truite saumonée) pendant que les fumoirs creusés
dans la tourbe fonctionnent à plein régime. Nous
sommes au camp de pêche du frère de Pauline. Il est
là avec son épouse pendant deux semaines. Ils y ont
installé un véritable camp, avec tentes, séchoirs.
Nous reprenons la mer pour nous rendre au fond d’un
fjord Equalugssuit et accéder à la rivière portant
le même nom. Le paysage est grandiose, l’eau
bouillonnante, la vallée suffisamment verte. Une
véritable décor de cinéma. Pendant plus d’une heure,
nous laissons dérouler notre ligne, Mais en vain.
Pavia nous en offre une pour le dîner du soir.
Retour au camp de pêche où nous subissons une
véritable attaque de mouches qui nous empêchent de
dîner, et nous fait prendre la fuite.
Alors que nous étions descendus par le chenal
intérieur, nous remontons par la côte, qui par son
manque de plages et ses contours rocheux, nous
semble moins hospitalière. Les hauts fonds sont
nombreux et le courant est nettement visible.
Une bien belle journée, avec un repérage pour notre
future étape, en prime.
Samedi 10 Juillet
2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
Alors que nous sommes en train de réaliser des
prises de vue dans le village, Karen vient nous
informer qu’avec sa petite famille, ils s’apprêtent
à partir pour l’île d’Umanaq pour la journée, et
qu’une place nous attend dans l’embarcation. Le
temps de récupérer nos effets et de quoi pique
niquer, nous voilà propulsés par les 80 chevaux du
moteur hors bord. Alors que nous nous attendions à
une sortie pêche, c’est une sortie randonnée. Le
bateau solidement arrimé, nous entamons l’ascension
du versant sud de l’île. Au passage, nos amis nous
montrent dans les éboulis, un ancien abri Inuit, où
reposent encore deux crânes et des ossements
humains. Sur cette matinée, le brouillard a bien
voulu se reculer, mais ses écharpes blanches se
pressent sur la partie nord de l’île. L’archipel se
découvre au fils de notre ascension, mais une fois
le sommet atteint, la vue à 360° est féerique. Du
haut de nos 280 mètres, il nous est possible de
visualiser le parcours de nos quatre dernières
étapes. Un imposant relais émetteur bardé de
panneaux solaires et de plate forme hélico contraste
avec le style Groenlandais habituel.
Après un déjeuner sur les rochers à proximité du
bateau, nous embarquons pour la visite d’un autre
secteur de l’île, lieu d’un ancien village Inuit
nommé Qooqa, où de nombreuses fondations de maisons
et sépultures recouvertes d’amas de pierres sont
encore visibles. Sans tarder, nous mettons le cap
sur Attu, le brouillard ayant décidé que l’éclaircie
avait assez durée.
Vendredi 9 Juillet
2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le
brouillard est encore de la partie. Lorsqu’en début
d’après-midi, il se lève un temps soit peu et laisse
place à un ciel gris et bas. Du coup, nous allons
rendre visite à Albrecht à la pêcherie, dont il est
le patron. Son activité est essentiellement basée
sur le traitement de la morue. Tout au long de la
journée, une vingtaine d’employés, préparent,
découpent, salent et conditionnent des cartons
qu’ils mettent sur des palettes à destination de
l’Espagne.
Jeudi 8 Juillet 2010
Attu
67° 56’ N – 053° 37’W
La fatigue de l’étape de la veille se fait encore
sentir, lorsque nous entamons notre petit déjeuner.
Dans une étrange ambiance, où soleil, ciel bleu et
bancs de brouillard se mélangent. Pas de mouvement
non plus sur le Baloum Gwen qui mouille à quelques
mètres de nous dans la petite baie. Une forte
douleur à l’épaule droite d’Alain, nous fait sortir
pour la première anti-douleurs et
anti-inflammatoires de la trousse à pharmacie. Après
une petite visite du village, le petit équipage du
Baloum Gwen vient nous récupérer pour un déjeuner à
bord. Vu le temps, l’apéritif est pris sur le pont,
agrémenté d’une salade d’ Honckenya, (bourbier des
mers) que l’on trouve sur les galets des plages.
Thierry nous invite à descendre dans le carré où un
cassoulet de haricots rouges nous attend, accompagné
pour la circonstance de vin rouge. Les échanges vont
bon train, mais le Baloum Gwen doit reprendre la
mer. A 17 heures nous quittons le bord, pour les
saluer plus tard, alors qu’ils s’éloignent doucement
dans le brouillard.
Nous ne restons pas seuls très longtemps, car
l’hospitalité de nos voisins nous amène à passer une
nouvelle soirée avec eux. Kristina, qui vit à Thulé,
sur l’extrême nord du Groenland, nous donne des
informations pour venir la voir. Après le dîner,
Albrecht nous donne des infos quant à la route à
suivre plus au sud. Suite à cela, quelle n’est pas
notre surprise de le voir organiser à nouveau un
buffet à base de Matak (épiderme) et viande séchée
de bélouga, de l’Eqaluk, un poisson pêché et fumé
par leurs soins, accompagné de morue séchée, et
autres mets dont nos hôtes ont le secret.
Mercredi 7 Juillet
2010
Navigation entre Iginiarfik et Attu – 37 kms
68° 08’ N – 053° 10’ W / 67° 56’ N – 053° 37’W
Nous serions restés plus longtemps sur Iginiarfik,
mais au vu de la météo, et un rendez-vous nous
attend à Agto. En effet, nos amis du Baloum Gwen, de
retour de Uummannaq, doivent croiser notre route sur
le village de Agto, ce soir même. Nous quittons
Iginiarfik sous un ciel bas et une visibilité
réduite. Un vent contraire à notre route, nous
oblige à optimiser notre navigation en effectuant
des traversées, sans même voir la côte opposée. Ole
nous ayant la veille donné des informations sur les
spots de pêche, nous obtenons nos premières touches,
mais sans pour autant concrétiser, car la plus belle
prise, nous a lâché, à quelques centimètres de la
surface. Sous un ciel bas et toujours vent de face,
la journée nous semble interminable. Dans ce dédalle
de roches et d’eau, impossible de trouver sa route
sans une double cartographie, papier et GPS. Nous
pointons régulièrement des points de virage et
malgré cela, notre jugement est souvent mis à
défaut.
A 20 heures, après 8 heures de navigation, la
village est en vu. Alors que nous pêchons notre
première morue, sortant du brouillard, la silhouette
du Baloum Gwen se dirige vers nous. Les bras
s’agitent, Thierry nous félicite de notre précision
et ensemble nous arrivons sur Agto. Avant d’avoir
mis les pieds à terre, les premiers contacts avec
les habitants sont des plus chaleureux. Les pêcheurs
qui nous croisent nous saluent, nous parlent,
derrière les fenêtres, les bras s’agitent, et à
peine touchés notre point de débarquement, un petit
groupe vient à notre rencontre pour nous aider à
sortir nos embarcations. Alors que le Baloum Gwen
n’a pas encore jeté l’encre, nous sommes déjà
confortablement installés pour un thé chaud et un
véritable dîner de narval et de renne. Une quinzaine
de personnes sont dans la pièce commune, et autour
de la grande table, un tournoi de cartes animé bat
son plein. Nous les remercions vivement pour cet
accueil et allons monter la tente, à quelques mètres
de l’eau, à proximité d’un petit chalutier en bois,
échoué. Notre camp à peine monté, l’annexe du Baloum
Gwen nous attend pour aller à bord et partager avec
eux la soirée. Moment fort agréable et convivial qui
se prolonge tard dans la soirée.
Mardi 6 Juillet 2010
Iginiarfik
68° 08’ N – 053° 10’ W
Une journée sous le soleil, ça remonte toujours le
moral. De plus, le contact avec les locaux est moins
réservé qu’à Ikerasarssuaq, le village précédent.
Après une visite du village, Ole nous demande de le
suivre pour voir un site caractéristique. Et sans
même avoir le temps de poser nos effets à la tente,
nous nous trouvons partis pour une randonnée. Des
hauteurs, nous apprécions au passage, les multiples
formes découpées des fjords qui se rejoignent. Une
demi-heure plus tard, le but est atteint et nous
nous trouvons photographier par Ole devant une
grosse pierre ronde, ayant la résonance d’une cloche
lorsqu’on la martèle. Le retour au village est suivi
par un kafemik. Nous finissons la soirée chez un
autre Ole, un jeune employé communal, parlant
correctement anglais, qui nous avait invité pour la
soirée. Il nous dit qu’il ne travaille que deux
jours par semaine à la Commune, que la plupart des
gens du village doivent se débrouiller par
eux-mêmes. Que la politique du Groenland favorise
uniquement les grandes villes et que ce village
Iginiarfik aura certainement disparu d’ici vingt
ans.
Lundi 5 Juillet 2010
Navigation entre Ikerasarssuk et Iginiarfik – 14 kms
68° 08’ N – 053° 25’ W / 68° 08’ N – 053° 10’ W
11 h30, quelques coups de pagaie en direction de la
boutique toute proche, histoire de réapprovisionner
notre stock en réchaud. Pour cette demi étape, les
deux villages étant distant de moins de 15 kms, la
navigation est tout d’abord sereine, sous un ciel
bleu et avec une petite brise travers qui ne nous
gêne en rien. L’arrivée, vent de face est plus
musclée, située au fond d’un fjord, en plein milieu
d’un venturi. Mais quelle idée ont-ils eu de se
mettre dans un tel endroit ?
15 h 30, nous pensions acheter des
produits frais. Pas de chance, la boutique est déjà
fermée. Il faut dire que les horaires sont
minimalistes. 9 – 11 et 13 – 15 h.
En fin d’après-midi, le camp est finalement en plein
de vent, à l’écart de la vingtaine de maisons qui
composent le village.
Dimanche 4 Juillet
2010
Ikerasarssuk
68° 08’ N – 053° 25’ W
Ciel gris, brouillard, 90 % d’humidité, 5°. En ce
dimanche matin, nous nous accordons une grasse
matinée de circonstance. La mer est un miroir, la
tentation est forte d’avancer vers le fond du fjord
et la toute prochaine ville est distance d’une toute
petite quinzaine de kilométres. Mais vu l’humidité
ambiante, la température, et le manque de
visibilité, nous optons pour une ultime journée ici.
De retour sur le village, nous constatons que la
petite annexe de l’épicerie est toujours ouverte.
Nous nous y abritons et travaillons sur nos
différents dossiers. Le village est toujours aussi
désert et les rares locaux d’une discrétion
surprenante.
Samedi 3 Juillet 2010
Ikerasarssuk
68° 08’ N – 053° 25’ W
Chargés de notre linge en vue d’une grande lessive,
nous arpentons le relief direction le village. En
effet, nous ne pouvons y accéder que par les
hauteurs. Une demi-heure plus tard, nous découvrons
un labyrinthe d’escaliers menant à la partie basse
où sont situés la boutique et le débarcadère. Le
village semble avoir été construit en deux temps.
Les maisons les plus récentes sont perchées sur les
hauteurs, chacune posée sur un promontoire rocheux
et desservie par de longs escaliers. A l’exception
d’un petit groupe d’enfants jouant aux billes, le
village est désert. Journée radieuse et ciel bleu,
léger vent d’ouest jusqu’en fin d’après-midi, où le
brouillard nous oblige à regagner rapidement notre
campement faute de nous égarer et de ne plus
retrouver le chemin longeant les falaises.
Vendredi 2 Juillet
2010
Navigation entre Kangatsiaq et Ikerasarssuk – 25 kms
68° 18 N – 053° 18’ W / 68° 08’ N – 053° 25’ W
La luminosité du soleil, combinée aux informations
météo du jour nous tire de la tente. Le vent devant
forcir dans l’après-midi et se maintenir dans les
prochaines 48 h. Deux heures et demi plus, sur le
coup des 11 heures, nous entamons notre navigation,
qui pour une fois, s’effectuera dans l’intégralité
par vent arrière. Au programme, deux belles
traversées de 7 kms en pleine nous donnent
l’occasion de sortir nos voiles. Petit incident en
cours de route, le seul GPS valide se déprogramme
lors d’un changement de piles. Impossible de garder
son position sur le compas. Vu l’immensité des
lieux, cela rend notre point de visée beaucoup plus
approximatif, surtout avec le soleil de face. 15 h,
nous nous posons devant la boutique de Ikerasassuk,
histoire d’y récupérer quelques produits frais. Pas
de place pour bivouaquer au cœur même du village et
suivons les conseils, en nous décalant de 500 mètres
vers l’est où se situe une double plage, avec en son
milieu, un beau terrain plat, de qui plus est bien
abrité par des rochers, du vent qui commence à
souffler en rafales.
Jeudi 1er Juillet 2010
Navigation entre Qeqertarssuatsiaq et Kangatsiaq –
18 kms
68° 25’ N – 053° 14’ W / 68° 18 N – 053° 18’ W
Compte tenu de la courte distance à réaliser avec la
prochaine ville, nous nous accordons un peu de répit
et démarrons en tout début d’après-midi, après une
oursinade. Navigation sous un ciel gris, à travers
les îles, et lorsque le soleil pointe le bout de son
nez, le brouillard le suit dans la foulée. Nous
arrivons sur la ville de Kangatsiaq dans une
véritable ambiance «Hamiltonniène », la ville est
située sur l’extrémité d’un cap et donne sur les
deux versants. Alors que nous désespérions pour
trouver un endroit pour nous arrêter, une petite
crique donne sur le kayak club local et des
habitantions privées. Quelques mètres carrés de
terrain plat feront l’affaire. L’humidité est
intenable, le brouillard est à couper au couteau,
nous nous réfugions dans la tente, lorsque nos
voisins nous invitent à prendre un kafémik dans leur
maison toute proche.
Mercredi 30 Juin 2010
Navigation entre Manermiut et Qeqertarssuartsiaq –
32 kms
68° 35’ N – 053° 07’ W / 68° 25’ N – 053° 14’ W
Nous quittons Manermiut en fin de matinée. Pour ne
rien changer, la navigation se fait sous un ciel et
avec un léger vent contraire. Ayant à peine fait une
dizaine de kilomètres, nous sommes enveloppés par le
brouillard et sommes contraints de stopper sur une
pointe de cap.
Nous gardons le relief en visu. Nous restons sur nos
kayaks et en profitons pour pêcher. Au bout d’une
vingtaine de minutes, toujours rien. Juste des
phoques autour de nous. Le brouillard s’est levé et
nous pouvons à nouveau avancer. La fin de parcours
est animée par une scène que nous avions rarement
vu. Deux baleines nous offrent un spectacle
grandiose. La mère, tête en bas, frappe violemment
l’eau avec sa queue pendant que le baleineau tourne
à proximité d’elle. A de nombreuses reprises, elle
se met sur le dos, les deux nageoires en l’air,
répétant la scène à côté des icebergs bloqués sur
les hauts fonds. Une heure plus tard, alors que nous
décidons de les quitter, elles décident de nous
offrir quelques visites rapprochées, passant entre
nous deux et à maintes reprises sous les kayaks. A
ce moment-là, la confiance quant à leurs intentions
est toute relative. Nous apercevons encore de
nombreuses baleines dans le secteur. Impossible de
pêcher dans ces conditions, aucune morue ne mettrait
la tête dehors. Au vu de la marée basse, sans même
sortir des kayaks, nous ramassons quelques oursins.
Mais quel contraste avec la Baie de Disko, mettre
les mains dans l’eau est ici, un véritable supplice.
Vers 19 heures, nous arrivons à Qeqertarssuatsiaq,
une ancienne station, elle aussi désaffectée, et
débarquons à 800 mètres du village, sur des grandes
dalles de granite, ayant servi à y échouer et
découper les baleines.
Mardi 29 Juin 2010
Ville fantôme de Manermiut
68° 35’ N – 053° 07’ W
Etrange impression que de résider dans une ancienne
ville abandonnée. Au début des années 60, le
Gouvernement Danois a décidé de déplacer toutes les
communautés inférieure à une centaine d’habitants.
Nous entamons une visite des lieux et des bâtiments
encore en place. Le plus important fait office de
bâtiment d’accueil pour les colonies de vacances, ou
classes vertes. Une dépendance derrière laquelle
nous nous sommes abritées est plus récente et a été
aménagé en sauna, certainement pour inciter les
jeunes à piquer une tête dans les eaux tempérées du
secteur. Trois autres bâtiments sont encore
habitables, néanmoins, le plus propre se situe sur
les hauteurs dans une ancienne chapelle, beaucoup
trop loin pour y transporter nos effets. Du coup,
par ce temps pluvieux, nous réquisitionnons, la plus
petite des pièces du bâtiment de la commune de
Aasiaat actuellement en travaux et y installons
notre cuisine, que nous décorons de nombreuses
chandelles, histoire de monter la température et
chasser un temps soit peu, l’humidité des lieux. A
l’extérieur, brouillard bas, pluie et vent
contraire, nous décidons de reporter la navigation
au lendemain.
Lundi 28 Juin 2010
Navigation entre Kitsissuarsuit – Marnemiut – 32 kms
68° 51’ N – 053° 67’ W / 68° 35’ N – 053° 07’ W
Un épais brouillard enveloppe la
petite île. Le vent a faibli, nous plions le
matériel, convaincus que la journée sera la bonne. A
16 heures, nous embarquons, et gagnons le petit
port, pour aller saluer une ultime fois Ane. A peine
avons-nous mis le pied à terre, qu’elle se dirige
vers nous, nous signalant au passage que sa fille a
bien reçu les photos envoyées la veille par Nathalie
et que cela lui a fait très plaisir. Pour la
circonstance, elle immortalise la scène avec son
appareil. Un dernier salue de la main aux habitants
du village, nous mettons le cap vers le Sud. La mer
d’abord chaotique, se calme rapidement. Au beau
milieu de la traversée, nous cédons la place à un
remorqueur tirant une immense barge. Les travaux
pétroliers semblent avoir commencé.
A 22 heures, après 6 heures de navigation, et 32
kilomètres réalisés dans la grisaille, nous touchons
le fond d’une petite baie, où se situe un ancien
village désaffecté.
Dimanche 27 Juin 2010
Kitsissuarsuit
68° 51’ N – 053° 67’ W
Alors que Michel, notre routeur nous annonce une
météo propice pour une navigation, le vent de
secteur Sud-Ouest contraire à notre route et le
brouillard nous font tempérer son optimisme.
Néanmoins, nous décidons de ranger nos effets dans
l’attente du chargement final. Seule, la tente reste
montée. Nous nous rendons chez Ane afin de lui dire
au revoir et de valider les infos météo par une
ultime consultation météo sur internet. Celle-ci
cadre un peu plus avec la réalité constatée sur le
terrain. Ane nous montrant un gros sac de viande de
bœuf musqué surgelé, chassé par son fils, nous
propose de rester pour le déjeuner qui aura lieu à
16 heures. Nous nous rendons sur les hauteurs de
l’île, pour une ultime fois, vérifier la faisabilité
de la quinzaine de kilomètres qu’il nous faut
réaliser pour rejoindre la côte. Ane nous rejoint,
et nous montre un site où de multiples enrochements
ont été réalisés. Sur un carnet, elle nous décrit un
naufrage, qui aurait eu lieu deux siècles plus tôt.
Au bas mot, une trentaine de personnes y aurait
laissé la vie. Le brouillard s’est levé, le vent ne
baisse pas. En chemin, elle nous montre des plantes
comestibles. Nous terminons la soirée chez elle
devant internet et un ultime kaffemik.
Samedi 26 Juin 2010
Kitsissuarsuit
68° 51’ N – 053° 67’ W
Après un pique nique sur les auteurs de l’île, où
nous réalisons quelques images, nous rencontrons à
proximité du cimetière, Ane qui nous invite à la
suivre. Elle nous dirige vers la maison bleue où à
lieu un anniversaire où comme à l’habitude, gâteaux,
café et autres mets attendent les gens du village.
Après cela, nous nous rendons chez elle. Nous
présente son fils Thomas et nous offre café et
biscuit avant de nous dire qu’elle compte sur nous
pour le dîner, pour partager un repas à base de
phoque. Le départ, étant prévu pour le lendemain,
nous lui demandons une adresse mail pour lui faire
parvenir des images. Elle remet en cadeau une paire
de moufles en laine à Nathalie. Comme souvent dans
les petites communautés au Groenland, une journée
faite d’attentions.
Vendredi 25 juin 2010
Kitsissuarsuit
68° 51’ N – 053° 67’ W
Déjeuner en fin de matinée auprès de notre petit
campement, qui à l’écart du village a des allures de
spot sauvage. En nous dirigeons vers la boutique
pour réaliser quelques achats en produits frais,
Marius nous lance une invitation pour un kaffemik.
Dans la foulée, nous rencontrons Marie, une ancienne
du village. Elle nous montre la maison de son frère
et nous invite à y passer en fin d’après-midi pour
discuter. Dans l’après-midi, nous travaillons sur
nos images dans la commune house. Dans la soirée,
Marie nous accorde une interview sur la vie du
village : « quand j’étais enfant, je passais tout
l’été au fond d’un fjord avec toute ma famille sous
un tipi en peau de phoque, pour faire des provisions
pour l’hiver. Aujourd’hui, ce même tipi se trouve
dans un Musée au Danemark. Les choses vont trop vite
nous dit-elle, et de nous montrer des photos de deux
gros navires pétroliers arrivés quelques jours plus
tôt au large d’Aasiaat avant même d’obtenir les
autorisations. Les Groenlandais n’ont pas les
connaissances et le savoir pour accompagner ces
évolutions. Qui tirera parti de tout cela ? ».
Jeudi 24 Juin 2010
Navigation entre Akunnaaq et Kitissuarsuit – 38 kms
68° 44’ N – 052° 19’ W / 68° 51’ N – 053° 67’ W
Nous quittons la petite baie d’Akunnaaq en fin de
matinée, juste au moment où le ferry hebdomadaire
réapprovisionne le village. Cap au Nord Ouest,
direction les îles situées au Nord de la ville d’Aasiaat.
Les conditions sont plus calmes que prévu et nous
réalisons les 38 kms en 8 heures de navigation. Les
15 derniers étant réalisés en pleine eau.
Une anecdote, au beau milieu de la traversée, un
speed boat venu de nul part, s’arrête à une dizaine
de mètres devant, avec à son bord deux femmes et un
homme d’environ 65 ans, en bleu de travail, qui au
moment de notre passage, sort son appareil photo
pour nous photographier, avant de repartir aussi
vite qu’il n’est arrivé.
Le village est situé dans un petit archipel. Après
une heure de prospection, nous trouvons finalement
sur sa partie Nord Ouest, une petite crique au
soleil et face à l’île de Disko.
Mercredi 23 Juin 2010
Akunnaaq
68° 44’ N – 052° 19’ W
Il y avait de monde la veille, lorsque nous sommes
arrivés sur Akunnaaq. Et avant même d’avoir sortis
nos kayaks de l’eau, nous avons aidé un groupe
d’hommes à porter un oumiac (embarcation
traditionnelle à rames pouvant transporter une
dizaine de personnes).
Aujourd’hui, à l’exception d’un pêcheur réparant son
filet sur le port, le village semble désert. Les
habitations s’étirent tout en longueur sur une
colline et sont pour la plupart tournées vers
l’intérieur de la baie et ne regardent pas la mer.
Après une journée entière passée à Akunnaaq, on peut
dire que c’est certainement un des villages les plus
discrets que nous ayons rencontré depuis le début de
notre périple.
Mardi 22 Juin 2010
Navigation entre Ikamiut et Akunnaaq – 24 kms
68° 38’ N – 051° 49’ W / 68° 44’
N – 052° 19’ W
7 h 30. Le martèlement des
gouttes soufflés sur la toile de tente donne le ton
des conditions extérieures. Sur le PC, les dernières
infos reçues annoncent une accalmie pour le début
d’après-midi, avec une bonne fenêtre jusque en fin
de soirée. Nous décidons de ranger le matériel dans
les kayaks et de laisser la tente montée au cas ou.
Suivant l’invitation de Karl, nous effectuons une
dernière visite dans sa demeure. Un kaffemik,
accompagné de sympathiques petits toasts nous est
servi. Nous formulons de part et d’autres des
invitations pour le futur. Birthe aimerait bien nous
rendre visite sur Monaco. De leur côté, ils
aimeraient bien nous voir passer l’hiver avec eux.
Vous allez nous manquer nous disent-ils à plusieurs
reprises. Karl m’offre le pendentif qu’il portait la
veille pendant la cérémonie de la Fête Nationale.
Dans la foulée, Birthe se défait de sa broche en
renne et la remet à Nathalie. L’émotion est à son
comble, ils nous ont déjà tellement donné.
Karl, Birthe et Nadia, ainsi que d’autres personnes
du village nous aident à porter les kayaks et nous
serrent dans leurs bras. Chose rare, des ouvriers de
la pêcherie ont stoppé le travail pour nous saluer.
Le cap est mis sur Akunnaaq. Sous un ciel toujours
couvert, et avec une bonne brise de face, nous
entamons cette navigation, sans dire un mot, cela
pour mieux graver dans nos mémoires les instants
passés avec la petite communauté d’Ikamiut.
Lundi 21 Juin 2010
Ikamiut – Jour de la Fête Nationale
68° 38’ N – 051° 49’ W
8 h : rendez-vous devant le bureau de la commune.
Karl, en habit traditionnel Groenlandais entame un
discours. Le petit groupe présent chante l’hymne
national pendant que sur le mât, les couleurs du
Groenland sont levés. S’ensuit un petit déjeuner
collectif.
10 h : deux drapeaux précédent la petite foule se
dirige vers l’église. Après la messe, une
compétition de chasse au phoque est organisée. Sur
le port, sous les hourras du publics, la dizaine
d’embarcations des chasseurs prennent un départ
simultané. Cinq phoques seront ramenés, et deux
d’entre eux serviront au festin de la journée.
Après le discours officiel, nous remettons une
médaille de la Ville de Monaco, à l’attention de la
commune de Ikamiut. Ce cadeau, très apprécié,
passera de mains en mains.
L’après-midi, une multitude de jeux collectifs est
organisée sous les rires et les encouragements du
public.
Pendant que dans la baie, trois baleines se
rapprochent et viennent nous saluer à quelques
mètres du rivage.
Dimanche 20 Juin 2010
Ikamiut
68° 38’ N – 051° 49’ W
En fin de matinée, nous sommes conviés à suivre Karl
et sa petite famille sur son embarcation, pour un
pique nique familiale. Après trois quart d’heure de
navigation dans les fjords, huit embarcations se
rejoignent. Au total, une quarantaine de personnes,
enfants et adultes réunis, soit près de la moitié du
village. Des résineux sont ramassés. Avec de gros
galets, un triple foyer est installé. Le feu est
allumé, une partie du phoque chassé la vieille est
cuisinée de différentes façons, ainsi qu’une bonne
soupe de légumes. Le repas peut commencer. La
journée se poursuit par des jeux et des chants.
Samedi 19 juin 2010
Ikamiut
68° 38’ N – 051° 49’ W
Le ciel est gris, et une pluie donne à Ikamiut des
allures de villages bretons. 15 h, nous sommes
conviés à l’anniversaire de Cécilia, où, dans la
petite maison, la moitié du village se trouve réuni.
Là aussi, des mets de toutes sortes et de nombreux
gâteaux sont répartis sur différentes tables. Birthe
souhaite en profiter pour que l’on présente notre
DVD photos et musiques du programme 2009. Sur un
large écran, celui-ci a beaucoup de succès. En début
de soirée, sous un ciel toujours gris, Karl nous
propose d’aller chasser le phoque avec son fils,
Malik, un adolescent de 13 ans qui vient de
s’acheter avec ses économies sa première Winchester,
calibre 22. Sur la baie de Disko, nous poursuivons
les petits groupes de phoques, mais leurs tirs de ne
touchent pas leur cible. Résignés, nous regagnons le
petit port. Sans rien dire, Karl effectue une ultime
tentative en solitaire et revient avec un énorme
phoque d’une centaine de kilos. Nous partons avec
toute la famille découper la bête sur les rochers
non loin du village.
Vendredi 18 juin 2010
Ikamiut
68° 38’ N – 051° 49’ W
Installés au beau milieu du village, à quelques
mètres du chemin principal, nous prenons notre petit
déjeuner sans nous soucier des aléas à venir de la
météo. Aujourd’hui, c’est relâche ! Nous entamons
une visite du village et profitons du bon
ensoleillement. L’après-midi est plus fonctionnel.
Installés dans la maison communale, nous trions des
photos. Dans la soirée, Birthe et Karl nous invitent
à passer la soirée chez eux, pour un kafemik.
Jeudi 17 juin 2010
Navigation entre Ile de Ivssorigsoq – Ikamiut – 22
kms
68° 34’ N – 051° 23’ W / 68° 38’ N – 051° 49’ W
6 h 30, avant même le café, nous consultons comme à
l’habitude le bulletin météo. A l’extérieur, les
conditions sont calmes, mais un coup de vent est
prévu pour la mi-journée. Depuis la nuit, le baro
est en chute libre. Une accalmie est prévue en fin
d’après-midi, nous décidons de ranger nos affaires.
13 h 30, toujours pas de vent. Nous hésitons à y
aller, lorsque les premières rafales se font sentir.
50 à 80 km/h en rafales, nous avons bien fait de
temporiser. Nous patientons en combinaison étanche,
sous la pluie, une bonne partie de l’après-midi.
Finalement, comme prévu, la pression se stabilise,
le vent baisse et disparaît complètement. Cap sur
Ikamiut. Quatre heures plus tard, lorsque nous
mettons le pied à terre, une invitation à dîner nous
est faite. Les parents de Tony fête ses 14 ans.
Mercredi 16 juin 2010
Navigation entre Akudglit – Ile de Ivssorigsoq – 21
kms
68° 39’ N – 051° 14’ W / 68° 34’ N – 051° 23’ W
Après la journée d’intempérie de la veille, le
soleil est de retour. A la mi-journée, nous quittons
nos hôtes et les installations en dures qui nous ont
accueillis sur Akugdlit. Cap au sud est car avec la
météo incertaine, nous évitons pour le moment les
grandes traversées. Puis, au sud ouest, pour finir
sur la petite île hospitalière de Ivssorigsoq.
Aujourd’hui, nous avons passé les 100 kms depuis le
départ, soit 10 % de notre parcours prévu.
Mardi 15 juin 2010
Akugdlit – Ville fantôme
68° 39’ N – 051° 14’ W
A 8 h 30, rendez-vous dans la petite maison verte.
Villads, qui avait 14 ans lorsque le village a été
déplacé nous y attend, accompagné de Lise,
professeur Danoise qui fait office d’interprète. A
l’extérieur sévit un fort coup de vent, la neige
commence à tomber. Le témoignage est fort instructif
quand aux méthodes utilisées à l’époque pour
déplacer les villages. Nous passons le reste de la
journée en compagnie des lycéens. Coincés par la
pluie, la neige et le vent fort, nous restons avec
eux , bien à l’abri, dans un bâtiment chauffé, où
les activités vont bon train. Une série de photos de
la séance de maquillage restera certainement dans
nos archives.
Lundi 14 juin 2010
Navigation entre Qasiguiannguit et Akugdlit – 22 kms
68° 48’ N – 051° 10’ W / 68° 39’ N – 051° 14’ W
Qasiguiannguit comptant 1300 habitants est pour
nous, moins attractive que les petites communautés.
Nous décidons, compte tenu de la bonne météo du jour
d’avancer afin d’être d’ici une semaine dans un
petit village pour la fête nationale. Contrairement
aux 2 à 3m/s annoncés, nous naviguons par un
nord-ouest de 8 m/s qui génère de sympathiques surfs
avec le courant inverse. Le village de Akugdlit est
sensé être une ville fantôme, une communauté,
déplacée dans les années 60. Elle n’a rien d’une
ville fantôme, car dans la journée est arrivé une
soixantaine de lycéens venus des quatre coins du
Groenland. Tout au long de l’année, cette élite est
basée à Qasiguiannguit. En fait, il passe ici, les
derniers jours de leur session annuelle.
Nous n’avons pas à vider les kayaks, car nous sommes
rapidement aidé pour le portage. En prime, on nous
annonce que le dîner est servi.
Dimanche 13 Juin 2010
69° 04’ N – 051° 06’ W / 68° 48’ N – 051° 10’ W
Navigation entre Ilimanaq et Qasigiannguit – 36 kms
8 h 30, lorsque nous quittons le village, une brise
de nord est déjà en place. Nous effectuons un
passage devant le village afin de voir les éventuels
lève tôt. Seul, Jacob devant sa maison verte nous
salue de la main. Nous hissons les voiles et le
saluons à maintes reprises. La brise nous est
favorable et nous aide jusqu’à la pose déjeuner, où
nous avons déjà 20 kms au compteur. Lorsque nous
reprenons la route, nous apercevons un voilier
faisant route au nord. C’est bien le Polaris de nos
amis allemands, Martina et Michael qui ont hiverné
dans un fjord près de Aasiat. Nous avions convenu de
les rencontrer au bivouac, mais la mauvaise météo
pour les jours prochains a précipité leur départ. En
pleine mer, entre deux gros icebergs, et après
quelques acrobaties, nous prenons le café sur le
pont arrière et échangeons rapidement quelques
infos. Ils partent vers Thulé pour l’été.
www.polaris-sail.de.
Nous les quittons une heure plus tard, il nous reste
encore 16 kms à parcourir. La dernière demi-heure
est surprenante. Le ciel passe du bleu à un gris
sombre. En quelques minutes, la Baie de Disko se
trouve chapeauté par un nuage aux multiples spirales
allongées qui ne présage rien de bon. Nous forçons
l’allure et arrivons à temps, poussés par le coup de
vent.
Samedi 12 Juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Aujourd’hui, nous sommes de mariage, non pas à
Monaco, mais à Ilimanaq, où nos amis Karen et Pele
se marient. Le rendez-vous a été à 10 heures devant
l’église. La prêtre anglicane célèbre l’office dans
la petite église où les habitants, pour la plupart
en tenue traditionnelle ont pris place. Nous
réalisons une série de photos juste après l’office.
Le kafemik a ce jour-là des allures de buffet. Nous
sommes conviés pour le banquet de 18 heures.
Comme fait exprès, après les perturbations de ces
jours, la météo est des plus favorable et un coup de
vent est annoncé pour le lendemain en milieu de
journée. En prévision d’un départ dans la soirée,
juste après le début du banquet, nous rangeons les
kayaks et plions la totalité de nos effets.
Finalement, l’authenticité et la convivialité d’un
banquet de mariage Groenlandais, avec ses jeux, ses
chants et ses éclats de rires, nous tient toute la
soirée. Nous les quittons le cœur gros, une larme à
l’œil.
Vendredi 11 Juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Nos amis Groenlandais, Nukannguak (ce qui veut
dire : chère petite sœur) et Jacob son époux, nous
invitent à suivre le match France – Uruguay dans
leur maison, en compagnie de leurs jumelles Diana
et Ane-Marie de quatre ans et de Tony, un an.
Un dîner improvisé, suivi d’une crêpe partie. Une
famille très chaleureuse.
Jeudi 10 Juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Matinée sous la tente, un crachin breton ne cesse de
tomber depuis la veille. L’après-midi, nous
travaillons sur nos photos bien à l’abri, dans la
maison communale. Nous avons décidé de rester
jusqu’à samedi pour le mariage de Karen et Pele,
auquel nous sommes invités.
Mercredi 9 juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
A 17 h, heure locale, nous réalisons un direct par
téléphone avec le public de la Nuit de la Photo,
organisée par Photo Menton, cela, après la
projection de notre diaporama, du programme 2009. Ca
fait toujours chaud au cœur d’entendre des
applaudissements à des milliers de kilomètres de
distance.
La soirée se poursuit par une invitation chez la
famille de Arne et Martina. Outre l’exquise soupe de
poissons et le civet de phoque, la soirée se
transforme rapidement en soirée musicale, car ici,
père, fils et fille sont tous chanteurs et jouent de
la guitare. Entre deux images, nous en profitons
pour réalise quelques enregistrements sur le vif et
de nouveaux témoignages.
Mardi 8 juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Contrairement à nos infos météo, il a plu toute la
nuit et toute la journée. L’après-midi, dans la
maison communale, nous mettons de l’ordre dans nos
photos. Là, une invitation pour un « kafemik » (thé
et café chez l’habitant) nous est proposé. Lorsque
nous nous y rendons, c’est en fait un dîner
d’anniversaire qui nous attend. Thricia, entourée de
sa famille et de ses amis fête ses 50 ans. Une table
pour les plats de poissons, une pour les plats de
viande et une pour le café et les desserts. Une fois
de plus, nous partageons avec bonheur la spontanéité
et la convivialité de nos amis groenlandais.
Lundi 7 juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Sous un soleil voilé, nous profitons du stock de
bois de la pêcherie pour faire une pierrade de
baleine.
Dans la soirée, rendez-vous chez Karen et Pele qui
se marient samedi prochain et qui nous invitent pour
l’occasion.
Dimanche 6 juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Invitation et déjeuner avec l’équipage franco-belge
à bord du Baloum Gwen, un dériveur intégral de
quinze mètres, à coque acier, qui fait route au
nord, destination Uummannaq, et ensuite vers le sud
du Groenland, la côte est, l’Islande et retour vers
la France. Thierry, un capitaine qui mérite d’être
connu.
www.baloumgwen.com
Samedi 5 juin 2010
Ilimanaq
69° 04’ N – 051° 06’ W
Après le stress de ces derniers jours, nous
lézardons au soleil en compagnie des moustiques.
Nous rechargeons les batteries, cela dans tous les
sens du terme.
Vendredi 4 juin 2010
Navigation entre Ilulissat et Ilimanaq. 23 kms.
69° 13’ N – 051° 06’W / 69° 04’ N – 051° 06’ W
Pour nos premiers coups de pagaies du programme
2010, deux kayaks traditionnels nous accompagnent.
Nos amis, Margrethe et Paul, sur leur embarcation
motorisée en font de même. Elle nous dit que ses
parents lui ont demandé de nous dire « qu’ils nous
aiment ».
Une fois, seuls, à six kilomètres au large, l’Isfjord
nous cède la priorité, cap au sud, le voyage
commence. La sortie de l’Isfjord nous mène au
village d’Ilimanaq, le premier bivouac est monté à
trois heures du matin, sous le soleil de minuit.
Jeudi 3 juin 2010
Ilulissat
69° 13’ N – 051° 06’W
Ultimes préparatifs, nous avons regroupé l’ensemble
de notre matériel.
Témoignage de John, du club de kayak qui chasse
encore le phoque au harpon avec son kayak
traditionnel.
Dernière soirée avec nos amis Groenlandais, devant
les images de notre DVD du programme 2009.
Mercredi 2 juin 2010
Ilulissat
69° 13’ N – 051° 06’W
Ca y est, les kayaks
ont quitté leur container pour la terrasse de notre
ami Paul et les cent kilos de notre palette expédiée
au mois d’avril, occupe une chambre voisine de la
nôtre.
Mardi 1er juin 2010
Ilulissat
69° 13’ N – 051° 06’W
Pas facile d’organiser le regroupement de notre
matériel stocké à différents endroits de la ville,
cela sur une seule journée. La réflexion est bien
entamée.
Lundi 31 mai 2010
Ilulissat
69° 13’ N – 051° 06’W
Première rencontre avec des passionnés de kayaks
traditionnels Groenlandais, à Ilulissat Qajaq Club.
Dimanche 30 mai 2010
Ilulissat
69° 13’ N – 051° 06’W
Une journée ville morte comme souvent le week end au
Groenland. Dans les rues, rien ne bouge, si ce n’est
le brouillard.
Samedi 29 mai 2010
Ilulissat
69° 13’ N – 051° 06’W
Journée des retrouvailles ; tout d’abord avec Lars
et Louise avec qui nous avions partagés de bons
moments l’année dernière, et ensuite avec nos
kayaks. L’intérieur du container est tel que nous
l’avons laissé neuf mois plus tôt.
Vendredi 28 mai 2010
Copenhague – Kangerlussuaq - Ilulissat
Les moustiques ont déjà pris leur quartier d’été sur
l’ aéroport international de Kangerlussuaq.
Contrairement à l’an passé, il n’y a plus aucune
trace de neige sur les reliefs.
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