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Les brèves du jour

 

 

Lundi 30 août 2010

Navigation entre l’île et Nuuk, la capitale du Groenland : 43 kms

64° 18’ N – 051° 07’ W / 64° 10’ N – 051° 44’ W

Réveil toujours aussi matinal, il tombe encore quelques gouttes pendant que nous consultons le bulletin météo. Les prévisions sont bonnes, le vent sur Nuuk est tombé, fini les 20 m/s de sud sud est. Aujourd’hui, les 5m/s de nord est ne devraient pas nous déranger. Nous enfilons les combinaisons et plions la tente encore trempée. Nous débutons notre navigation à flanc de roche dans les contre courants. Le ciel est toujours gris, mais dégagé. Nous apercevons maintenant les glaciers. A une quinzaine de kilomètres, là où le fjord fait un virage à angle droit vers l’ouest, une petite île nous permet de poser pied à terre, et de réaliser un superbe panoramique. Reprenant nos pagaies, nous attaquons maintenant l’ultime traversée de l’année. Arrivée sur la berge opposée, la vitesse sur notre GPS indique par endroit, 10 km/h, avant de revenir à la moitié. A 14 heures, assis sur les galets d’une sortie de rivière, nous avalons une soupe chaude. Une heure plus tard, les premières habitations de la capitale jalonnent le paysage, à basse altitude. Le survol des avions indiquent la proximité de l’aéroport. La fin est proche. Nous donnons nos derniers coups de pagaie. Longeant les grandes barres d’immeubles, nous ne sommes plus qu’à un kilomètre de l’arrivée, et,  malgré la fatigue, nous sommes partagés entre la joie d’arriver et l’envie de continuer.

A 17 heures, au plus bas de la marée, après 1 033 kilomètres de pagaie, depuis Ilulissat, nous touchons les gros galets de la plage de la Vieille Université.

Demain, il n’y aura pas de navigation, et c’est au partage de nos récits et de nos images que nous allons maintenant travailler.

 

 

Dimanche 29 août 2010

Navigation entre Kapisillit et l’île qui se trouve en face du fjord de Qorqut : 50 kms

64° 26’ N – 050° 16’ W /  64° 18’ N – 051° 07’ W 

5 heures 15, la pluie tambourine toujours sur la toile de tente. Des rafales ont soufflé toute la nuit. La situation semble s’être calmée. Michel, notre routeur, nous informe que les infos météo ne sont pas disponibles. Ayant consulté les infos la veille, nous décidons malgré tout d’y aller. Avec la pluie, il nous faut plier l’ensemble de notre matériel et nous équiper à l’ intérieur de la tente. A 8 h 30, nous donnons les premiers coups de pagaie alors que le vent s’est remis à souffler. Il nous vient du sud et s’accélère au fond du fjord par une ouverture dans le relief. Les vagues se creusent et nous prennent par le travers. Les premiers 20 kms sont pénibles, mais progressivement, le vent baisse et les conditions s’améliorent. Protégés dans nos combinaisons, la pluie est un moindre problème. Arrivés dans l’imposant défilé du fjord Umanap Suvdlua que nous n’avions pas emprunter à l’aller, nous optimisons notre navigation et coupons au plus court. Les grains orageux se succèdent. Des écharpes de nuages s’accrochent aux sommets des reliefs. Sur 360°, telle la foudre sur un cliché, des torrents d’écumes dévalent les pentes de granite dans un bruit étourdissant. Vers 18 heures, alors que la distance qui nous sépare d’une zone de bivouac potentiel diminue, dans cette ambiance de noir et de gris, un arc en ciel fait son apparition. Après 50 kms, entre deux averses, nous montons le camp sur le point culminant d’une île plate. Malgré la grisaille et la pluie, le panorama est magnifique, notre dernier bivouac en pleine nature se devait d’être à la hauteur.

 

 

Samedi 28 août 2010

Kapisillit

64° 26’ N – 050° 16’ W

Le vent et la pluie ont donné toute la nuit. Le matin, pendant qu’une accalmie se dessine, nous reprenons notre travail à la maison communale et consultons la météo sur internet à la boutique. A midi, nous avons à peine le temps de terminer nos œufs au bacon que la pluie se remet à tomber. Nous traversons le village et nous rendons chez Karl, l’instituteur, et son épouse, Kristina. Ils sont partis chasser le caribou, nous invitant à utiliser leur maison. A la mi-journée, ils rentrent complètement trempés. Là aussi, le caribou n’était pas au rendez-vous. Pendant que nous travaillons sur nos images, il enclenche un DVD et nous passe un policier en français. Plus tard, en regardant nos photos, le hasard veut que nous ayons déjà rencontré ses parents sur Attu. Nous avions d’ailleurs passé avec eux un long moment sur leur camp de pêche. Ils nous invitent à rester pour le dîner. Comme le veut la coutume, avant de les quitter, ils nous photographient dans leur demeure. Demain, nous nous levons tôt, Nuuk est à 100 kms, nous pensons l’atteindre en deux jours.

 

 

Vendredi 27 août 2010

Kapisillit

64° 26’ N – 050° 16’ W

Depuis la veille, la pluie ne cesse de tomber. Nous nous rendons dans le petit salon de la maison  hôpital pour travailler sur notre PC. L’épouse de notre ami de la veille y travaille. En fin de matinée, nous le voyons arriver, titubant et ayant beaucoup de mal à parler. Il nous propose de l’accompagner sur son canot, car il part relever ses filets à saumon. Au vu de son état et de la pluie qui tombe, nous déclinons son invitation. Lorsqu’à midi, son épouse ferme les locaux, elle nous propose de continuer notre travail chez eux. Une heure plus tard, notre homme y arrive bredouille, et nous propose bière et alcool afin de mieux se servir. La table est pleine de mégots, il nous demande si l’on veut un saumon qu’il a congelé. L’ambiance est malsaine, nous prétextons une consultation à faire sur internet pour le quitter et repartir sous la pluie qui tombe à l’extérieur. C’est à l’école, ultra moderne pour seulement quatre élèves, et par la suite chez son instituteur, que nous terminons notre travail autour d’une tasse de café.

 

 

Jeudi 26 août 2010

Kapisillit

64° 26’ N – 050° 16’ W

Notre camp est dressé au beau milieu de la place centrale de Kapisillit. Le seul endroit plat que nous ayons trouvé à proximité du point de débarquement. Le ciel est gris et les prévisions météo pour les jours à venir ne sont guère réjouissantes. On attend des vents de 25 m/s dans la région de Nuuk et cela jusqu’à  passé le week-end. Le village est très étendu, et de part sa position, au pied du relief, on ne le distingue jamais en totalité. Malgré des équipements flambants neufs, celui-ci manque cruellement d’activité. Seuls une cinquantaine de personnes y vivent réellement à l’année. Dans l’après-midi, avant que le mauvais temps arrive, laissant notre matériel sous la tente, nous prenons les kayaks pour atteindre le fond du fjord et par une courte randonnée à pied, atteindre le glacier tout proche. Le ciel se fait de plus en plus menaçant et la marée montante nous oblige à reprendre rapidement le chemin du retour. Lorsque nous rentrons sur le village, les premières gouttes nous accompagnent. Nous dînons à l’abri d’un séchoir, où pendent d’anciennes peaux, là , nous acceptons l’invitation d’un pêcheur à venir faire sécher notre matériel dans sa demeure et y prendre un café. Lorsque nous rejoignons la maison verte située en haut de la colline, notre homme nous accueille avec un air chancelant, sur sa table traîne de nombreuses bouteilles de bière. Malheureusement et comme certains, il ne boit pas que du café. 

 

 

Mercredi 25 août 2010

Navigation entre Qornoq et Kapisillit : 46 kms

64° 31’ N – 051° 05’W / 64° 26’ N – 050° 16’ W

A 5 heures, pendant que dans notre petit chalet, nous rangeons nos effets dans leur sac respectif, à l’extérieur le jour se lève à peine. Le café rapidement avalé, nous transportons notre matériel sur les galets. Le paysage n’est que brouillard, mais la pluie a cessé de tomber. Pendant que nous finissons de charger les kayaks, Hans Lars et Naya nous rejoignent sur la plage pour une ultime photo. A 8 heures, nous les quittons et mettons le cap sur Kapisillit (là où il y a des saumons) ultime village au fond du fjord, une cinquantaine de kilomètres au nord est. La navigation commence comme a l’habitude aux instruments, et au vu la distance, nous coupons au plus court. La marée descendante nous aide dans notre progression, nous permettant de maintenir 4 nœuds (7 –8 km/h) une bonne partie de la journée. En fin de matinée, le brouillard se lève et laisse place à un ciel bas. On distingue maintenant le relief de la côte opposée. Au loin, une île apparaît, derrière elle, une pointe de cap dans la direction où nous devons aller. Par endroit, les montagnes au flanc argenté couvertes déchirent les nuages. Le décor est toujours aussi grandiose et les distances sont démesurée. A 17 heures, nous pêchons une morue et râlions le village.

 

 

Mardi 24 août 2010

Qornoq

64° 31’ N – 051° 05’W

Depuis la veille, le poêle fonctionne a plein dans notre petit chalet, donnant à celui-ci des allures de sauna. Mais la pluie qui ne cesse de tomber rend l’ambiance bien agréable. Nous avons beaucoup de retard sur le traitement de nos images et de nos textes. Profitant du génie de Hans Lars qui a su amener l’électricité dans sa demeure grâce à un système couplé de panneaux solaires et d’une éolienne, nous joignons l’utile à l’agréable. Tout au long de la journée, entre deux cafés, nous nous succédons sur le PC qui est aussi rouge que le poêle. En fin d’après-midi, la pluie cesse de tomber. Des nuages bas s’étirent et s’enroulent autour des reliefs. Dans la petite anse qui fait office de port, des nombreux blocs de glace se font pousser par la marée. Le village couvre une importante superficie et ses demeures sont en excellent état. Nous sommes surpris qu’un tel lieu puisse être démuni de tous les services (eau, électricité, boutique, traitement des déchets) qui ferait de lui un village opérationnel. Même la petite église que rien ne différencie d’une autre, n’est plus considéré comme un lieu de culte. Nous visitons le petit musée situé dans ses combles et rentrons avec nos hôtes pour une soirée d’échange qui débute par un témoignage de Hanz Lars, qui, a 55 ans a pris sa retraite de marin pêcheur et a cédé son chalutier. Il nous parle de la vie du village avant sa fermeture, des lacs glaciers qui dévalent maintenant les pentes de la région, et des exploitations minières qui s’y installent et qu’il craint plus que tout. Nous dînons en leur compagnie autour d’une somptueuse table. Demain, nous partons tôt mais nous promettons de nous revoir, à Nuuk.

 

Lundi 23 août 2010
Navigation entre la péninsule Quingap Nua et Qornoq : 17 kms
64° 23' N - 051° 11' W /64° 31' N - 051° 05'W
A 5 heures du matin, seuls au milieu de l'immense fjord, nous plions la tente encore trempée d'humidité sous un ciel gris et bas. A 8 heures, nous quittons notre promontoire rocheux et mettons le cap sur Qornoq, un ancien village désaffecté dans les années 60. Nous l'avons en visuel à 16 kms devant, au bout du fjord. A plusieurs reprises, le courant nous oblige à cheminer en crabe afin de ne pas dériver. A 11 h 30, nous touchons le village pour la pause déjeuner quand la pluie annoncée se met à tomber. Le village est important et ressemble à un village réel à l'exception, qu'il n'y a aucune infrastructure, pas de boutique. Les maisons sont maintenant des résidences secondaires. A terre, on distingue quelques personnes et des enfants jouent sur la berge. Une habitante et son époux nous accueil et nous invite à venir nous abriter près de leur demeure où un café fumant nous attend. Ils nous proposent de rester dans leur annexe, un ravissant petit studio meublé et tapissé de bois, et passer la nuit sur place. Nous hésitions, nous avons beaucoup de retard sur nos textes et nos images, la météo prévoit une journée ventée et pluvieuse pour le lendemain, nous acceptons leur invitation. Nous passons la soirée dans leur demeure, ils nous racontent leur vie et celle de leur village, pendant que dehors, la pluie ne cesse de tomber.


Dimanche 22 août 2010
Navigation entre Nuuk et la péninsule Quingap Nua : 46 kms
64° 10' N - 051° 44' W / 64° 23' N - 051° 11' W
Comme prévu, le réveil sonne à 4 heures. A l'extérieur, le jour n'est pas encore levé, et un brouillard enveloppe la ville. La toile de tente est entièrement trempée. Sans attendre, nous rangeons nos effets, il nous faut être en phase avec la marée, car de nombreux fjords débouchent sur Nuuk et le courant peut y être important. 7 heures, nous démarrons dans une ambiance londonienne. Alors que la ville dort, un sifflement nous interpelle. De son balcon, les bras en l'air, Loulou nous salue. Deux minutes plus tard, il est sur la berge pour nous souhaiter bonne route. Passé la ville, le fjord n'est que brouillard, et côte inaccessible. Après 5 heures de blanc total, la luminosité affecte la vision. Seule la cartographie GPS indique notre position. Soudain, une trouée, un sommet apparaît, la ouate blanche, lentement, se déchire. Depuis le matin, et comme à chaque passage dans les fjords, les points d'accostage sont quasi inexistants. Après 35 kms, nous trouvons un coin
pour déjeuner. L'immensité du décor donne le vertige. Les distances sont interminables. L'écharpe blanche est toujours présente et s'étire à mi-hauteur, le long du relief. Après 9 h 30 de pagaie et 46 kms parcourus, une dalle de granite en pente douce nous permet de monter le
camp sur une avancée de terre où, au milieu des myrtilles, nous trouvons des vestiges d'anciennes civilisations.


Samedi 21 août 2010
Nuuk
64° 10' N - 051° 44' W
Nous déjeunons sous un soleil radieux, assis dans l'herbe, à côté de la tente, au bord d'un chemin, à quelques mètres des galets, au pied de la première Université du pays. L'endroit est paisible, seuls quelques promeneurs y accompagnent leur chien. Nous faisons connaissance avec Pia, une voisine de Loulou. D'ailleurs, celui-ci  ne tarde pas à nous rejoindre. Nous leur offrons du café, et ensuite, ils nous invitent à les suivre et nous faire une beauté dans leur demeure. Pia et son mari nous proposent de les suivre pour une visite guidée de la ville en voiture. Pendant ce temps, Loulou prépare le déjeuner. Notre chauffeur nous montre tous quartiers, toutes les rues, la ville est agréable, faite de nombreux pavillons colorés. Nous en profitons pour rendre visite à Ole, de Sula Kayak, avec qui nous sommes en contact depuis de nombreuses semaines. Il se propose de nous garder les kayaks pendant l'hiver. A notre retour, Loulou a dressé une table sur sa terrasse, face à la mer. Au vu de notre avance, nous prévoyons une boucle à l'intérieur des fjords, jusqu'au village de Kapisillit, avant de retourner sur Nuuk. Soit un parcours imprévu de 200 kms, le double de la distance parcourue en cargo entre Itilleq et Kangamiut. A 20 heures, les achats terminés, nous nous apercevons que nous avons oublié l'alcool à réchaud.. Commence alors une chasse au trésor, en voiture, avec un voisin de Loulou. Il nous faudra visiter six boutiques avant de le trouver. La nuit est déjà tombée lorsque nous attaquons le dîner préparé par Nathalie. A 22 heures, nous allons nous coucher, car demain, marée et courant obligent, il faudra nous lever tôt. La pleine lune se reflète sur la mer.


Vendredi 20 août 2010
Navigation entre la ville fantôme de Kangeq et Nuuk, la capitale : 21 kms
64° 06' N - 052° 03' W / 64° 10' N - 051° 44' W
Un vent d'est anime la toile de tente. Celle-ci est encore à l'ombre, trempée d'humidité. Le ciel est voilé. La ville est toujours aussi déserte. Au vu de la faible distance qui nous sépare de la capitale, nous décidons de temporiser et d'attendre l'accalmie qui arrive en fin de matinée, avec un beau ciel bleu. Nous partons à marée basse et comme nous nous y attendons, le courant est de face. Sur le cap, pour diminuer son effet, nous prenons les contre-courants à un mètre de la falaise. Nous remontons la côte vers le nord, avant d'entamer la longue traversée. Devant nous, une baleine se fait entendre. Dans la baie, des blocs de glace à la dérive attirent notre attention. Les derniers que nous ayant vu sont ceux du secteur sud de la Baie de Disko que nous avons quitté début juillet. Après deux heures de traversée, nous touchons la capitale en même temps qu'un navire bleu orné d'un arc en ciel, avec sur son tribord, une inscription « Defending our ocean » comme un symbole, le bateau de Greenpeace salue notre arrivée. Suivant les infos de Philippe, notre ami kayakiste rencontré quelques jours plus tôt à Maniitsoq, nous accostons sur la plage la plus tranquille de la capitale. Quelques minutes plus tard, un promeneur, accompagné de ses deux chiens nous aborde. Il s'agit de Loulou, un français vivant sur Nuuk depuis de nombreuses années. Une de ces premières remarques : « Et vous êtes nombreux comme ça, à voyager en kayak ? J'ai déjà croisé un autre kayakiste faisant route vers le nord, il y a quinze jours ? »


Jeudi 19 août 2010
Navigation entre les îles et la ville fantôme de Kangeq : 29 kms
64° 19' N - 052° 06 W / 64° 06' N - 052° 03' W
Le vent est tombé en fin de nuit. Etrange impression que de ne plus entendre de bruit. Plus rien ne bouge. A l'extérieur, le ciel est bleu et les mouches ont refait  leur apparition. RAS sur le bulletin météo. Nous décidons de nous rendre à Nuuk par la route extérieure, et de passer par Kangeq, un village maintenant désaffecté qui se situe sur la péninsule au sud ouest de Nuuk. Malgré une route loin de la côte, les nombreuses îles nous donnent une impression de relative sécurité. Aujourd'hui, le courant est avec nous, et c'est presque en pleine forme que nous arrivons sur Kangeq. Le village a des allures de décor de cinéma. A terre, rien ne bouge. Les lumières sont idéales. Nous faisons un tour avec nos appareils photo.


Mercredi 18 août 2010
Iles
64° 19' N - 052° 06 W
Les courbatures de la navigation de la veille sont bien présentes lorsque nous déchiffrons le bulletin du jour. Suite à nos remarques de la veille, Michel nous répond : « les données sur cette zone sont variables. Aujourd'hui, 8m/s sud sud est, mais toutefois : prudence ». Nous hésitons à prendre une journée de repos, quand 45 minutes plus tard, les premières rafales nous donnent la réponse. Nous mesurons 15, puis 20 m/s (64 km/h). Nous complétons les points d'amarrage de la tente, celle-ci compte rapidement 25 suspentes, et prend les allures d'un parapente. Nous passons la journée à l'intérieur de notre toile, fouettée par le vent.  En fin d'après-midi, Nathalie mesure une rafale à 92 km/h.


Mardi 17 août 2010
Navigation entre les îles : 24 kms
64° 31' N - 052° 09' W / 64° 19' N - 052° 06 W
Après une nuit réparatrice, nous sortons de la tente sous un soleil radieux. Du haut de notre promontoire, nous distinguons les autres îlots, tel un chapelet qui s'étire à l'infini. Une embarcation motorisée groenlandaise passe à grande vitesse dans le chenal, non loin de nous. Il fait si bon que nous nous laissons tenter par un bain dans un point d'eau douce sur notre rocher. A peine avons-nous commencé notre navigation qu'un vent du sud se lève. Il se fait de plus en plus pressant, et au bout d'une heure, je suis contraint de changer de pagaie. Le courant, quant à lui est guère favorable. Après une heure et demi, nous n'avons à peine parcouru que 5 kms. Nous nous accordons une pose déjeuner, espérant voir les choses évoluer, mais il n'en est rien. Toute la journée, nous irons d'îles en îles, dans ce labyrinthe de roches et d'eau avec un soleil bien calé au sud, comme pour rendre notre progression encore plus laborieuse. Dans les étroitures, nous devons franchir des petits rapides. Après 6 h 30 de navigation, les bras sont
lourds et la fatigue se fait sentir. Devant nous, une plage, nous tend les bras, elle est surmontée d'un petit plateau herbeux et l'on y trouve de nombreux points d'eau. Cet arrêt anticipé, nous permet de nous installer et de dîner au soleil. Face à nous, passé l'autre berge, une longue chaîne de montagnes s'étire vers l'est et annonce l'arrivée imminente dans les fjords de Nuuk.


Lundi 16 août 2010
Navigation entre Atammik et les îles : 34 km
64° 48' N - 052° 10' W / 64° 31' N - 052° 09' W
A 10 heures, de nombreuses personnes se pressent devant l'école du village. En effet, c'est la rentrée scolaire. Les parents y sont les bienvenus, un café les y attend, mais surtout les nouveaux élèves, ici une fille et deux garçons sont mis à l'honneur. La directrice prononce un discours. Comme leurs parents, les élèves portent l'habit traditionnel groenlandais. C'est un grand jour, ils sont photographiés par l'ensemble des habitants du village. Une groenlandaise annonce à l'assemblée que c'est aussi l'anniversaire de Nathalie. Tout le monde vient la féliciter. A 11 heures, progressivement, les parents quittent l'école. Après quelques achats de produits frais, nous démontons le camp et allons prendre un dernier café avec notre ami Pavia. Vers 14 heures, nous entendons des cris du haut de la colline,  et des bras s'agitent. Les villageois sont au courant de notre départ. Nous saluons Pavia en allant devant chez lui. En un instant, le brouillard nous enveloppe et nous isole des regards. Une fois de plus, nous naviguons au GPS, cela jusqu'en fin d'après-midi, où un vent de nord ouest assèche la masse d'air et nous pousse à travers les îlots. Nous en profitons pour mettre les voiles, vent et courant nous poussent à plus de 8 km/h. Le soleil est déjà bas, et, après deux tentatives, nous trouvons un bon spot de sortie à l'intérieur d'une crique, où une dalle de granite monte progression sur la partie haute du relief. Entourés de points d'eau, sous les derniers rayons du soleil, le lieu est magique. Pour l'anniversaire de Nathalie,  un chili con carne lyophilisé est accompagné d'une bouteille de Rioja.


Dimanche 15 août 2010
Atammik
64° 48' N - 052° 10' W
A 10 heures, tout le village s'est donné rendez-vous pour la messe et le baptême de la petite Ivaana. L'occasion pour elle de recevoir ses prénoms. Car jusqu'à présent, elle n'en possède aucun. Pour la circonstance, l'église est bondée. La petite fille âgée de deux mois arrive avec ses parents vêtus du costume Groenlandais traditionnel. Lorsque nous regagnons la tente, notre voisin, Pavia tape à ses carreaux pour nous inviter à prendre un café. Nous profitons de la présence de ses petits enfants pour l'interroger sur sa vie et sur cette ville fantôme toute proche qui nous intrigue. Il est heureux de nous faire part de son témoignage et de poser pour la photo. Plus tard, c'est dans la demeure de la petite Ivaana, qu'un autre kafémik attend l'ensemble des habitants du village. Sur la terrasse, et avant de franchir le pas de la porte, des mets groenlandais accueillent les habitants. Panse de caribou  crue avec sa farce d'herbes naturelles encore intacte. A côté, matak (épiderme de baleine) et morue séchée. A l'intérieur de la maison, les mets sont plus conventionnels, chacun prend place sur les tables dressées, avec sur chacune d'elles des assortiments de pâtisserie. Les habitants se relaient, remerciant leurs hôtes et laissant la place au suivant. Il fait très humide, nous regagnons la tente, pour travailler sur les témoignages. La journée s'achèvent par un feu d'artifice qu'ils n'hésitent pas tirer à la verticale de notre tente.


Samedi 14 août 2010
Navigation entre la ville fantôme de Tovqussas et Atammik : 12 kms
64° 52' N - 052° 12' W / 64° 48' N - 052° 10' W
Contrairement à la veille, le ciel est gris, mais le vent est tombé. En attendant que le courant soit dans le bon sens pour franchir le cap, nous en profitons pour réaliser quelques ultimes images. La navigation est paisible et nous passons le cap sans aucune difficulté. Une fois celui-ci franchi, le vent se lève. Avant de rejoindre le village, nous récupérons une morue. Les kayaks sont sortis au milieu des algues, à la mi-marée, sur l'ultime plage coincée au fond d'une crique au sud du village. Il nous faut un petit moment pour trouver un emplacement pour la tente, car ici, tous sont occupés par des habitations récentes ou délaissées. A peine notre emplacement trouvé, que nous sommes déjà invité pour un kafemik. Pavia, 87 ans nous attend avec ses petits enfants, dans sa maison toute proche. Nous en profitons pour réaliser un témoignage de Pilunnguaq qui a interrompu ses études et qui a quitté sa ville de Narsaq, plus au sud pour venir vivre ici sur Atammik, avec son petit ami.


Vendredi 13 août 2010
Navigation entre Napasoq et la ville fantôme de Tovqussaq : 23 kms
65° 02' N - 052° 22' W / 64° 52' N - 052° 12' W
La toile de tente est trempée. Il règne un brouillard à couper au couteau. Celui-ci se lève rapidement. Nous démontons le camp. Lorsque notre chargement commence, les habitants se pressent autour de nous et nous prennent en photo avec leur téléphone portable. Nous en profitons pour réaliser un témoignage avec Inunnguaq.  Napasoq étant sur une île, il nous faut maintenant rejoindre la côte. Un vent de nord nord ouest et une houle nous y aide. Vu la faible distance, nous comptions bien rallier la ville toute proche d'Atammik, mais peu avant le cap, le vent forcit à 10 m/s. Nous avons juste le temps d'entrer se mettre à l'abri, dans la anse naturelle qui abritait autrefois la ville danoise de Tovqussaq, qui au vu des installations encore sur place, devait traiter et conditionner les baleines chassées dans le secteur. De nombreux bâtiments sont encore debout, mais aucun n'est en état. Nous passons une bonne partie de l'après-midi à réaliser des prises de vue. Etrange impression que de séjourner dans ces villages, où l'homme a laissé son empreinte, et que le temps reprend peu à peu possession.


Jeudi 12 août 2010
Navigation entre l'entrée du fjord Kangia et Napasoq : 19 kms
65° 11' N - 052° 13' W / 65° 02' N - 052° 22' W
Le brouillard a cédé la place à un ciel bleu. Nous déjeunons au soleil, appréciant le site et ces moments de quiétude. Avant d'embarquer, je détache un petit oiseau pris dans les filets assassins posés à même la roche. La brise qui rentre maintenant à l'intérieur du fjord ralenti notre progression. Et les grandes lignes droites à perte de vue allongent les distances. Alors que nous touchons les îles environnant Napasoq, le brouillard s'approprie les lieux. La cartographie GPS et les embarcations motorisées des pêcheurs, nous indiquent le bon chenal. Nous touchons le village à marée basse. Impossible de sortir les kayaks. Il nous faut les attacher et attendre que le niveau de l'eau remonte. En ce moment, nous avons de grandes marées de plus de quatre mètres. Ils passeront la nuit, attachés à une rampe. L'ambiance est humide et le village quasi désert. Il y a une fête des anciens dans la salle communale qui est organisée avec les vieux du village de Atammik, venus nombreux.


Mercredi 11 août 2010
Navigation entre la cabane au sud de Umanap Tima  et l'entrée du fjord
Kangia : 30 kms
65° 16' N - 052° 32' W / 65° 11' N - 052° 13' W
Réveillés par les corbeaux qui martèlent le toit de la cabane, comme pour nous inciter à nous réveiller et à profiter d'un soleil radieux. Le vent du nord est déjà bien présent, et malgré cela, nous entamons le chargement. Nous partons juste après la marée haute. Cela nous amène à la mi-marée pour passer le prochain cap. La partie nord se passe sans difficulté, la sortie exposée au sud est plus chaotique avec la présence de nombreux  rouleaux . Le vent du nord se lève, amenant avec lui son écharpe de brouillard. Nous changeons de programme, renonçant à la traversée plein sud et optons pour un contour par l'intérieur des fjords. Après une halte dans une ancienne station, dont il ne reste aujourd'hui que les fondations, nous rejoignons le fjord plus au sud par une étroiture, poursuivis par le brouillard. Bordé par de longues dalles de granite, nous distinguons les installations d'un camp de pêche. Embarcation,, bouées de mouillage, filets, ainsi que deux cabanes. Celui-ci est désert. Avant de le rejoindre, nous allons récupérer une morue, près d'une petite île rocheuse à proximité. Nous montons le camp à côté d'une vieille barque retournée, au milieu des premiers bois flottés rencontrés sur cette côte.


Mardi 10 août 2010
Navigation entre Maniitsoq  et la cabane au sud de Umanap Tima : 24 kms
65° 25' N - 052° 53' W / 65° 16' N - 052° 32' W
Encore dans nos duvets, nous entendons des bruits à proximité de la tente. Sortant la tête de celle-ci, nous apercevons Philippe en train de préparer le petit déjeuner sur la table toute proche. La nuit a été courte nous dit-il. Il en a profité pour préparer quelques questions. Le ciel est gris, et les prévisions annoncent de la pluie. Philippe nous aide à porter nos kayaks. Nous nous promettons de nous retrouver cet hiver. Nous donnons nos premiers coups de pagaie. De la plage, il nous salue. Il s'en est fallu de peu pour que nos deux routes se croisent sans pour autant nous rencontrer. Dans un brouillard à couper au couteau, nous naviguons aux instruments, pour rejoindre la côte à une douzaine de kilomètres de là. En chemin, deux îles nous permettent de souffler. Vent et courant ralentissent notre progression. La mer est formée, les vagues roulent sur le pont, puis les embruns se collent au lunettes, la visibilité est exécrable. Après 7 heures de navigation, nous apercevons une cabane de pêche qui nous semble minuscule. Une dalle de roche nous sert de rampe, la cabane est douillette. Eclairée et chauffée à la bougie, ce sera notre palace pour la nuit.


Lundi 9 août 2010
Maniitsoq
65° 25' N - 052° 53' W
Après un petit déjeuner, agrémenté de croissants, nous nous dirigeons vers le centre ville. Malgré ses nombreux immeubles pour la plupart accrochés sur des promontoires rocheux, celle-ci n'est pas dénuée de charme. Alors que nous déjeunons sur une table au soleil, à proximité du port, le capitaine du  cargo de la Royal Arctic qui nous a transporté, vient nous saluer. Il réside sur Maniitsoq. De retour sur notre plage, un couple vient à notre rencontre. Ils organisent des tours en kayak et de multiples activités de chasse et de pêche au fond des fjords. Ils nous signalent la présence d'un autre kayakiste français, sur la plage d'à côté. Venant du sud, il ferait route vers le nord, mais ils ne l'ont pas rencontré. Après le dîner, nous nous rendons sur la crique voisine, seulement séparée par un monticule rocheux. A proximité du cimetière et du musée, se trouve une petite tente verte. A notre appel, une voix en français nous répond. Nous nous présentons, et une longue et intéressante soirée commence. Philippe, parti en juin dernier depuis Nanortalik, au sud Groenland, fait effectivement route vers le nord. Il navigue en solitaire avec un volumineux kayak biplace en polyéthylène. Jusque tard dans la nuit,  nous échangeons nos infos.


Dimanche 8 août 2010
Navigation entre les glaciers dans le fjord Hamborgersund  et Maniitsoq
: 37 kms
65° 39' N - 053° 03' W / 65° 25' N - 052° 53' W
Levés à quatre heures du matin. Il nous faut impérativement quitter notre abri à marée haute, sur le même niveau que la veille. Car, sur un niveau inférieur, la zone est chaotique, faite de rochers et de blocs obturants le passage. A 6 h 30, nous embarquons sous un ciel gris, qui ne nous quittera pas de la journée. Au dessus de nos têtes, des pics, des langues glacières ainsi d'anciennes moraines nous surplombent. Peu avant d'arriver sur l'île de Maniitsoq, un courant de face se fait de plus en plus présent. Nous décidons de temporiser, par une petite halte, qui se transforme en ramassage de moules, suivi d'une sieste pour compenser le réveil matinal. Deux heures plus tard, le courant a faibli, nous reprenons la mer. Au loin se dessinent les premiers immeubles de la ville, au pied desquelles une double plage nous tend les bras. Nous passons la première où se situe un cimetière, à proximité de laquelle, nous apercevons un kayak jaune, tiré sur la berge bien pentue. Nous continuons notre route, pour nous installer sur la plus large, table et bancs y sont aménagé, le terrain est plat, le quartier semble tranquille, ce sera notre adresse sur Maniitsoq.


Samedi 7 août 2010
Navigation entre Kangaamiut et les glaciers dans le fjord Hamborgersund
: 32 kms
65° 49' N - 053° 20' W / 65° 39' N - 053° 03' W
A 6 heures, alors que la ville dort, nous transportons, à l'aide de notre chariot,  kayaks et matériel sur un des pontons à l'entrée de la ville. En effet, ici, pas de plage, il nous faut utiliser les plate formes flottantes. A 9 h 15, à l'heure de la mi-marée, nous embarquons. Lorsque nous passons sous le balcon de nos amis, trois silhouettes nous saluent. Nous nous retournons à plusieurs reprises, en levant les bras, pendant que nos kayaks continuent d'avancer. La houle de la veille est encore bien présente. A mi-chemin de la traversée du fjord, la mer se creuse et de petites déferlantes commencent à nous prendre par le travers. Le temps est calme, il n'y a pas de vent, effectivement, et il ne faudrait pas grande chose, pour que la traversée devienne délicate. Par la suite, la navigation se fait plaisante au milieu d'îlots et de passages où l'on croise quelques vedettes rapides. A la pointe du cap, de somptueux glaciers, se dessinent devant nous. Après la pose, nous nous engageons dans le fjord  Hamborgersund, une véritable voie royale, un des plus beaux paysages que nous ayons vu depuis l'Isfjord d'Ilulissat. Faite de falaises, et d'anciennes moraines, la zone nous a été indiquée comme peu accostable. Sur la rive nord, face à quatre glaciers, nous dénichons une sortie et en un instant, nous décidons après 32 kms d'y établir notre camp et de profiter des derniers rayons du soleil dans un lieu d'une rare beauté.


Vendredi 6 août 2010
Kangaamiut
65° 49' N - 053° 20' W
La veille, à la sortie du cargo, nous n'avons eu que peu de choix pour monter notre tente. Le village est construit tout en longueur à flan de roches, où s'accrochent des maisons colorées, reliées entre elles par une toile d'araignée d'escaliers. Au pied la ville, un chenal tout en longueur, protégé par une série d'îlots fait office de port. A peine avons nous commencé notre exploration de la ville, appareils photos à la main, que nous sommes interpellés par Per. L'ayant informé que nous pensons quitter la ville le jour même, il nous fait part d'un bulletin météo annonçant un vent de 18 m/s pour la journée. Nous sommes dans la foulée, invité à partager le déjeuner avec Jensine, son épouse et son amie Madaline que nous avions rencontré sur le village de Kitsissuarsuit. Leur demeure est complètement atypique, véritable bric et broc d'objets artisanaux, de statuettes, de tableaux, et d'étagères recouvertes de bouquins. Les rideaux qui ornent les fenêtres, donnent un côté couzy. Depuis leur terrasse, où un stock de viande de boufs musqués fraîchement chassée, attend d'être découpée, nous regardons l'état de la mer, la traversée du fjord qui mène vers le sud. La zone est réputée chaotique. C'est à ce moment qu'Albrech, revenant de Maniitsoq avec sa petite famille arrive dans le port. Il nous confirme des conditions mauvaises pour le kayak. En fin de journée,  alors que le vent semble baisser, le brouillard s'approprie les lieux. Du coup, nous acceptons l'invitation de nos amis, et avec eux, préparons la soirée. Nathalie est même réquisitionnée pour la découpe des boufs musqués. Après de succulents beignets de morue et une crêpe partie, nous avons du mal à quitter nos hôtes. Nous ne les connaissons que depuis quelques heures, mais de part nos échanges, cela semblent être des années.


Jeudi 5 août 2010
Itilleq - Kangaamiut - Déplacement en bateau cargo
66° 34' N - 053° 30' W / 65° 49' N - 053° 20' W
Il y a moins de 24 heures, les prévisions météo annonçaient 3 mètres de houle (sur une côte exposée) et 15 à 20 m/s sud sud ouest. Ce matin, comme par enchantement, un puissant anticyclone a fait son apparition et la mer est un véritable miroir. Néanmoins, la situation reste instable, il nous faut rattraper le retard accumulé et nous recaler avec notre planning, Sans quoi, fini les reportages et notre navigation se transformerait en un contre la montre, pour arriver dans les délais. A 12 h 15, avec près d'une heure d'avance, nous chargeons kayak et matériel dans le petit cargo de la Royal Arctic Line qui approvisionne tous les quinze jours, les villages sur cette partie de la côte. La seule chose qui ne soit encore validée, est le lieu de débarquement. Les billets sont réservés jusqu'à Maniitsoq, mais nous envisageons de sortir au premier arrêt, à Kangamiut. Nous effectuons la plus grande partie du trajet sur la passerelle avec le commandant, comme si nous ne souhaitions pas rater un mille de navigation. Par moment, le ferry ralenti, manouvre, se positionne au mieux dans le chenal qui traverse les multiples îlots avec parfois trois mètres d'eau sous sa coque. A l'arrivée sur le village de Kangamiut, nous descendons dans la cabine du capitaine et consultons le dernier bulletin météo. La situation pour les jours à venir semble correcte, pas de perturbations prolongées. Quelques minutes plus tard, lorsque les amarres sont larguées, du haut de la passerelle, le capitaine nous salue. A chacun sa navigation.

 

Du Jeudi 29 Juillet au Mercredi 4 Août 2010
Itilleq
66° 34' N - 053° 30' W
Nos journées prennent des allures de routine. Nous sommes toujours installés dans le bâtiment de la garderie pour enfants, qui domine le village. Nous avons vraiment tout le confort, il ne nous manque que internet que nous consultons depuis la boutique. Nous travaillons sur nos photos et nos témoignages.
Dès le 30 juillet, le vent se renforce pour se déchaîner dans la soirée. Le 31, le soleil illumine une mer formée. Tous les sites de météo consultés prévoient des vents à plus de 10 m/s de secteur sud. Nous sommes au plus mauvais endroit pour voir l'état de la mer, étant protégé par un cap, au sud, mais de l'autre côté, d'après les locaux, c'est l'enfer. La sortie de l'impressionnant Sondre Stromfjord aggrave et complique la situation.
Le 1er août, c'est l'ouverture de la chasse au bouf musqué et au caribou. Le village se vide, les embarcations partent dans les secteurs encore protégés. Le vent du sud se renforce, le brouillard et la pluie se mettent de la partie. Des bateaux venus du nord et faisant route vers le sud, sont eux aussi bloqués, et commencent à s'entasser dans le petit port. Nous sommes surpris d'y trouver de petits chalutiers et d'autres embarcations bien motorisées. Certains restent ici pendant plus de quatre jours. Ce qui nous dérange le plus, c'est le manque de fiabilité des prévisions que nous consultons. Pour exemple, on nous annonce un vent de 15 à 20 m/s de secteur sud avec pluie et une dégradation continue pour la semaine, le lendemain, tout a changé, il n'y a plus de vent. Sans pour cela que ça devienne navigable. Beaucoup de basses pressions circulent dans le secteur, autour du Groenland. Bref, on en perd notre latin, et en plus de cela, les nuits arrivent et sont de plus en plus marquées. Il nous est maintenant difficile de naviguer de nuit. Nous profitons aussi de ce blocage pour réaliser de nouveaux témoignages, entre autres,  celui de Hans Enoksen, l'ancien Premier Ministre du Groenland, qui est revenu vivre dans son village natal, et gère la boutique. Il ne parle pas anglais, il faudra faire traduire toutes ses réponses. Nos amis, Astrid et David, qui étaient partis vendre des poissons et chasser le bouf musqué, à Kangerlussauq reviennent après plusieurs jours, eux aussi bloqués par les coups de vent successifs. Avant qu'ils repartent sur Sisimiut, nous faisons un interview de David, qu'Astrid nous traduit, sur son métier de chasseur et pêcheur professionnel et de l'ours polaire qui est arrivé ici en fin mai. Michel, notre routeur, nous annonce une amélioration progressive en précisant qu'il faut rester prudent, la situation pouvant évoluer et changer radicalement. Au vu du temps qui passe, de la zone la plus exposée dans laquelle nous nous trouvons, nous décidons de profiter du passage du ferry (tous les 15 jours), le 5 dans le village, pour franchir le Sondre Stromfjord, sans savoir pour l'instant, si nous descendrons sur Kangaamiut ou Maniitsoq.
Le 4 août, nous avons la surprise de voir toute la petite famille d'Albrech venir nous voir jusqu'à la garderie. Ils sont eux aussi restés bloqués 6 jours sur Sisimiut  en attendant de meilleurs conditions pour aller à Maniitsoq, vers le sud. Albrech et Pauline ramènent Karen et les enfants chez eux, et en profiterons pour aller chasser le bouf musqué vers Kangerlussuaq. Pendant tout ce temps-là, nous nous sommes reposés, mais il nous tarde de reprendre la navigation.


Lundi 26 Juillet 2010

Itilleq

66° 34’ N – 053° 30’ W

Ce matin, il tombe des cordes sur la tente. Les prévisions donnent du vent pour au moins 48 heures. Nous allons nous réfugier dans l’école et y déjeuner.

A 14 h 30, le Diamant (bateau de croisière Français) fait escale devant Itilleq. Un moment plus tard, un flot de touristes, tout de rouge vêtus est déversé par une ronde de zodiacs. Le soleil est de retour, nous allons les rejoindre. Avec eux débarque une équipe qui réalise des photos de mode. Les accessoires sont sortis, le modèle est habillé, les prises de vue commencent. Notre ami, Nicolas Dubreuil, guide arctique, fait parti du plateau et c’est avec plaisir que nous allons le saluer. La collection automne-hiver 2011 défile sous nos yeux. Les couleurs sont claquantes et les façades colorées des petites maisons sont assorties aux différents modèles. Tout cela sous le regard perplexes de nos amis Groenlandais.

A 19 h, tel un mirage, touristes, photographes, modèle, disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés.

 

Dimanche 25 Juillet 2010

Itilleq

66° 34’ N – 053° 30’ W

Alors que nous venions à peine de rattraper le retard sur notre programme de navigation, Michel notre routeur nous annonce une météo déplorable pour la semaine à venir. Pluie, houle, mais surtout vent soutenu. A l’exception des nuits que nous passons sous la tente, histoire de ne pas nous habituer à trop de confort, nous  avons maintenant établi nos quartiers dans la petite école qui surplombe le village. Véritable luxe, avec large espace de travail, cuisine équipée, eau courante, etc…Entourée de baies vitrées, nous scrutons de temps à autre,  l’horizon à la jumelle.

 

Samedi 24 Juillet 2010

Itilleq

66° 34’ N – 053° 30’ W

Il pleut, et comme tous les week end, le village est pratiquement désert. Notre petit déjeuner à peine terminé, Ruttsi vient nous chercher à la tente pour un interview programmé la veille. Julie, une habitante d’Itilleq, âgée de 81 ans,  nous attend chez elle pour répondre à nos questions. Dans son petit intérieur,  devant un café et des tartines beurrées, elle nous raconte son passé. La vie à aider son père, par la suite son mari,  les longues veillées en communauté, et le temps qui se détraque.

A 19 heures, ayant mis une note sur la place du village, les habitants sont conviés à nous rejoindre dans la salle commune, et à visualiser le montage audio-visuel du périple de l’an passé. Une vingtaine d’entre eux font le déplacement. Lorsque images et musique s’arrêtent, leurs applaudissements nous vont droit au cœur.

 

Vendredi 23 Juillet 2010

Itilleq

66° 34’ N – 053° 30’ W

Nous débutons la journée par une visite à la boutique pour agrémenter notre petit déjeuner en produits frais et viennoiseries. Spontanément, le patron nous remet les clefs de l’école afin de nous y installer et d’y trouver douche et sanitaires. Ce dernier, nous l’apprendrons par la suite n’est ni plus ni mois que Hans Enoksen, un homme politique de premier ordre du Groenland, qui depuis un an est revenu vivre ici, dans son village.

En cherchant des anti-inflammatoires dans notre trousse de secours, nous constatons avec étonnement, que celle-ci  n’en contient pas. Depuis la veille, une douleur au bas du dos gêne terriblement Alain. Cela nous donne l’occasion de visiter la petite maison jaune, l’hôpital, qui après un coup de fils sur Sisimiut, nous délivre une trentaine de comprimés minutieusement comptés.

La journée est radieuse, nous en profitons pour faire une grande lessive. Les habitants sont accueillants, dans le bureau principal de la Commune, café et petits biscuits nous sont proposés. Nous discutons avec chacun des  villageois qui se retrouvent devant le stade de foot.

 

Jeudi 22 Juillet 2010

Navigation entre l’ïle de Ragfik et Itilleq : 21 lms

66° 43’ N – 053° 30’ W / 66° 34’N – 053° 30’W

Depuis tôt ce matin, le baro est en chute libre. Toutefois, les infos reçues nous laissent espérer une journée de navigation. Une petite vingtaine de kilomètres nous séparent du village, et un vent de secteur nord-est nous pousse dans la bonne direction. Sans tarder, nous partons avant que la zone où nous nous trouvons ne se vide avec la marée basse. Une heure plus tard, la situation se complique. Le courant s’oppose au vent, sur une zone de hauts-fonds, avec une houle de travers. Les kayaks lourdement chargés partent au surf, malgré notre souhait, la navigation se fait de plus en plus sportive. Nous nous abritons momentanément sur une petite île, histoire de souffler et de faire un point visuel sur la route à suivre. Le village d’Itilleq n’est plus très loin, nous décidons de continuer. Deux heures plus tard, un comité d’accueil, aidé d’une brouette, transporte notre matériel et installe notre tente derrière l’église, face à la mer, et sur le meilleur spot du village. En prime, on nous offre même une truite saumonée, fraîchement pêchée.

 

Mercredi 21 Juillet 2010

Navigation entre Sisimiut et l’ïle de Ragfik : 31 kms

66° 57’ N – 053° 41’ W /  66° 43’ N – 053° 30’ W 

Pour récupérer notre marchandise, expédiée trois mois plus tôt sur Sisimiut, nous avons, la veille, établi notre campement face à la ville, sur l’unique plage de sable jamais rencontrée dans le pays. Au-dessus de nous, la route menant à l’aéroport nous surplombe. Dès la première heure, Nathalie part en stop direction de la Royal Arctic Line, afin d’y récupérer une partie de nos effets. Nous ne prenons que ce qui nous est utile, le reste est expédié sur la capitale, Nuuk, à un peu moins de 500 kilomètres de là. Car il faut le dire, nous sommes à la mi-parcours. Le compteur affiche 485 kms depuis notre départ d’Ilulissat. En début d’après-midi, les bateaux rechargés, le camp démonté, nous reprenons notre navigation. Nous traversons la ville par le petit port intérieur. Nous aurions bien aimé y séjourner quelques temps, mais nous venons à peine de rattraper une partie de notre retard, et il nous reste encore de grands secteurs exposés, où nous risquons d’y subir les aléas de la météo et de rester bloqués. Nous laissons donc Sisimiut derrière nous et mettons le cap sur un archipel d’îles situées sur l’axe de notre prochaine halte, le village d’Itilleq que nous pensons atteindre demain. Vers 21 heures, nous faisons étape au milieu d’un dédalle de roches et d’algues. Nous terminons la journée avec 31 kms et un réapprovisionnement express, bref, une journée rondement menée.

  

Mardi 20 Juillet 2010

Navigation entre l’ïle de Akorngata Qaqa et Sisimiut : 14 kms

67° 01’ N – 053° 47’ W / 66° 57’ N – 053° 41’ W

D’après les dernières infos reçues, les conditions sont sensées être calmes. A l’extérieur, il n’en est rien. Depuis cinq heures du matin, un vent de secteur sud de 12m/s (plus de 40 km/h) secoue notre tente. Un défilé de nuages bas contournent les hauts reliefs devant nous. Nous pensons d’abord à un phénomène local et ponctuel, mais celui-ci s’éternise. Pour finalement diminuer de moitié en intensité en fin d’après-midi. L’air est  glacial. Nous passons une bonne partie de la journée, bien à l’abri, à l’intérieur de la tente. 17 heures : la situation semble s’améliorer, nous démontons le camp. A 19 heures, nous donnons les premiers coups de pagaie sur la ligne droite qui nous mènent à Sisimiut, mi-parcours de notre programme 2010, où un dépôt de plats lyophilisés et autres effets nous attend. Lorsque nous montons le camp face à la ville, la visibilité n’est plus que de 150 mètres. Le brouillard a repris possession des lieux. Au compteur, nos GPS indique 485 kms depuis le départ.

  

Lundi 19 Juillet 2010

Navigation entre l’île Ukivik, franchissement du cap Kangarssuk et l’île de Akorngata Qaqa : 28 kms

67° 13’ N – 053° 53’ W / 67° 01’ N – 053° 47’ W

Le temps est radieux, et la visibilité on ne peut plus claire. Etrange sensation que de découvrir le paysage au travers duquel nous avons cheminé la veille dans le  brouillard. Malgré ces conditions idéales, nous quittons la petite île de Ukivik et sa cabane qu’à 16 h 30. Cela afin de profiter du meilleur cycle de la marée pour le passage délicat du cap Kangarssuk, prévu trois heures plus tard. Passé le fjord Sondre Isortoq, un courant pousse nos kayaks à 9 km/h au travers du ressac et de la houle. Vers 20 heures, nous doublons le cap, photographiés une fois de plus par une embarcation groenlandaise. Nous cheminons au travers des petits îlots couverts d’algues, sous un soleil rasant, avec devant nous la montagne surplombant la ville de Sisimiut. Synonyme de la mi-parcours de ce programme 2010, que nous devrions atteindre lors de la prochaine étape.

 

Dimanche 18 Juillet 2010

Navigation depuis le secteur sud du Nordre Stromfjord à l’île Ukivik – 24 km

67° 23’ N – 053° 48’ W / 67° 13’ N – 053° 53’ W

Notre camp domine la baie vidée par la marée basse. Derrière nous, une plaine vallonnée remonte jusqu’aux montagnes encore parsemées de névés. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu de reliefs. Tel que annoncé par la météo, nous avons un vent de secteur nord. Avec lui, au loin commence à apparaître des bancs de brouillard. Sur la côte, le brouillard masque progressivement le ciel bleu. A peine avons nous fini de charger les kayaks, une ouate blanche nous enveloppe. La visibilité ne dépasse les 200 mètres. Malgré cela, nous décidons d’y aller. Nous naviguons au GPS, pointant régulièrement le relief qui se trouve devant nous et dont nous distinguons à peine la forme.  A16 h, à pleine marée, nous avons des difficultés à progresser sur les passages de cap. Le courant et la houle contraire rendent la navigation chaotique avec des vitesses ne dépassant guère 2 km/h. Après la pose, à la mi-marée, le courant devient à nouveau favorable. Confirmation s’il en est que pour les passages délicats, notre fenêtre de navigation se situe entre la mi-marée descendante et la mi-marée montante. Maintenant, seule la visibilité nous manque. Cette situation est éprouvante et nous contraints à pointer régulièrement notre route au travers des multiples îlots que nous ne distinguons pas. Vers 20 h, passant à proximité d’un cabane, sur l’île de Ukivik, nous décidons de stopper notre navigation, impossible de traverser le fjord Sondre Isortoq , de sortir de sa baie dans ces conditions. La cabane est propre, équipée d’une large banquette de couchage et d’une véritable table. Deux fenêtres à double vitrage font office de serre. Les 19° intérieur contraste avec ceux des 3° que nous avions pendant la navigation. Véritable refuge bien salutaire dans ces circonstances.

  

Samedi 17 Juillet 2010

Navigation entre le camp de pêche et le sud du Nordre Stromfjord. 41 kms.

67° 38’ N – 053° 39’W / 67° 23’ N – 053° 48’ W

10 h 30, nous quittons le camp de pêche, sous le salue de nos compagnons d’un soir et sous un ciel bleu. Une brise de face laisse rapidement sa place à une houle de plus en plus marquée. Sur le premier cap, nous croisons une vedette qui nous aborde pour demander en anglais, ce que nous faisons ici et notre direction. Ils nous photographient avant de continuer leur route, destination Ilulissat, pour un tournoi de foot. La houle atteint maintenant 1,50 m et nous avançons à 2 km/h. Cela ressemble à des conditions de navigation en Méditerranée, avec le courant en prime. Notre objectif est de nous positionner le plus près possible du Nordre Stromfjord afin de le traverser à marée haute. La progression étant de plus en plus laborieuse, nous rebroussons chemin et allons nous abriter au fond d’une baie. Après deux heures de pose et un bon déjeuner, nouvelle tentative. La houle est toujours là, mais le courant s’est inversé. Au loin, une bande claire apparaît. Le fjord annule la houle. Nous saisissons cette opportunité, et nous engageons dans la traversée. Surveillant notre dérive sur le pointeur du GPS, celle-ci se passe dans les meilleures conditions. Une fois le fjord traversé, nous nous trouvons dans un dédale d’îlots et d’algues, où une fois de plus, notre cartographie électronique nous est d’une grande utilité. A plus de minuit, après avoir longé une zone de récifs découpés, nous allons nous poser au fond d’une baie bien protégée. Nous sommes accueillis par les cris d’un renard qui ne cesse de nous observer, suivi quelques instants plus tard par trois rennes aux bois majestueux.

  

Vendredi 16 Juillet 2010

Navigation entre Attu et le camp de pêche. 39 kms.

67° 56 ‘ N 6 053° 37’ W / 67° 38’ N – 053° 39’W

Le ciel est radieux, un léger brouillard circule au large, le vent de secteur nord est dans la bonne direction pour nous pousser. Vers 11h, Pauline, Karen et Nugat assistent à nos derniers préparatifs de chargement. Ultimes embrassades,  ultimes photographies avec les deux kayakistes. Le moment du départ est arrivé. Derrière nous, restent les souvenirs. Après avoir salué Albrech à la pêcherie, cap au sud où nous profitons de la bonne orientation du vent pour mettre les voiles. Elles ne portent en rien le bateau mais allègent considérablement sa charge et nous apportent un petit supplément de vitesse. Dans l’étroiture qui mène au fjord, nous rencontrons de nombreux tourbillons, sans pour autant que cela nous gêne dans notre progression. Dans le chenal intérieur, les conditions sont optimums. Vers 21 heures, après 39 kms, nous atteignons le camp de pêche. De nombreuses embarcations sont déjà à poste. La sortie à marée basse est des plus délicate, nous nous faisons aider, pour dégager les kayaks de leur mauvaise posture, sur les rochers recouverts d’algues. Avec cinq tentes, le camp de pêche a des allures de terrain de camping. Ils ont établis plusieurs fumoirs, et séchoirs pour les truites saumonées. Les mouches sont toujours là, seule parade :  rester dans le vent. Nous invitons les locaux à prendre le café, et à leur tour, nous invitent à partager de la baleine.

 

 

Jeudi 15 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

Un crachin breton remplace les pluies de la veille. Les conditions sont calmes, nous aurions presque pu naviguer, si Albrech ne nous avez fait part la veille de son envie de goûter à la cuisine française. Devant le manque de choix de la boutique locale, nous optons pour un plat de poissons. Il y a des tonnes de morue à la pêcherie. Nous trouvons des légumes surgelés, des œufs, de l’ail, ce sera un aïoli. Lorsqu’à 16 heures, nous passons en cuisine et enfilons le tablier, nos amis nous photographient sous toutes les coutures. Le soir venu, nous attendons le verdict, car le poisson ils connaissent. Finalement ce sera « mamaq » (très bon), à l’unanimité. A 20 h, les photos des chefs et du plat d’aïoli circulent déjà sur Facebook.

 

Mercredi 14 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

Depuis la veille, l’averse est incessante. En cours de journée, le vent forcit jusqu’à 12 m/s (plus de 40 km/h). Cette perturbation était annoncée depuis plusieurs jours, d’où notre décision de rester sur place. Il n’y a en effet, plus de village jusqu’à Sisimiut, distant de 130 kms. Mais la plus grosse difficulté reste la traversée du Nordre Stromfjord, ainsi que d’autres fjords tout aussi impressionnants, et d’autres caps, dans un secteur où les hauts fonds sont omniprésents. Il nous faudra aborder toutes ces difficultés dans les meilleures conditions, et franchir les zones les plus critiques à marée haute. Compte tenu des jours qui passent, et de notre retard sur notre planning, nous envisageons sérieusement la possibilité de ne pas terminer notre périple sur Nuuk, mais sur Maniitsoq. Dans cette éventualité, il nous faudra anticiper et réagir bien avant. Une partie de notre matériel étant déjà sur Nuuk. Bref, tout dépendra de la météo. Nous ne regrettons en rien notre choix, d’avoir saisi les opportunités qui se sont présentées sur notre route, même si pour cela, il nous faut revoir notre organisation.

Dans la journée, le pavillon Danois a été hissé sur le parvis de la petite maison verte de Pauline et Albrech, qui fêtent la naissance, la nuit dernière de leur petite fille. Comme à l’accoutumée, pour la circonstance, les habitants du village sont invités à un kaffemik, où une multitudes de gâteaux maison ont été préparé pendant la nuit.

 

Mardi 13 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

La tête encore pleine des images de la veille, nous allons les trier à la maison communale. Le coup de vent annoncé s’est progressivement décalé d’une journée, et touchera notre position d’ici moins de 24 heures.

En fin d’après-midi, un ciel moutonneux, aux multiples nuances de gris nous survole à grande vitesse. De l’intérieur de l’habitation de Albrech et de Pauline, nous sommes pour ainsi dire en demi-pension, la mer commencent à s’aplatir, la surface de l’eau brossée vers le nord. Pauline nous propose de passer la nuit sous son toit. Nous la remercions en lui précisant que nous gardons son offre en cas d’absolue nécessité. Bien installés, dans notre abri de toile, nous sommes secoués par de violentes rafales. Toute la nuit, la pluie martèle le double toit, mais nous restons bien au sec. 

 

Lundi 12 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

A 17 heures, Karen nous propose de prendre un rapide dîner avec eux et de les suivre sur l’île d’Umanaq. Le soleil est radieux, la mer est calme, nous acceptons leur proposition. Après quinze minutes, nous touchons l’île, au fond d’une petite baie. Sur la berge en contre jour, des fumées s’élèvent, matérialisant plusieurs foyers. Une multitude d’embarcations est déjà au mouillage et lorsque nous mettons pied à terre, il semble que le village tout entier se soit déplacé. Pas besoin de traduction pour comprendre ce qu’il se passe, telles des fourmis fluorescentes, une multitude d’hommes s’ affairent autour d’une masse sombre,  la mer est teintée de rouge, nous arrivons en plein dépeçage de l’unique baleine attribuée au village pour l’année. Alors que nous sautons tous deux sur notre matériel de prise de vue, je suis harponné pour venir hisser avec les hommes l’imposante masse. La première traction est surprenante et malgré le nombre de bras, la corde semble être attachée à la montagne. L’opération se répètera à plusieurs reprises, dans un balai de chair et matak (épiderme de baleine). Pendant ce temps, les femmes et les enfants piquent niquent. On vient nous chercher pour goûter les premiers morceaux de viande mijotée et  libre à qui veut d’aller se servir sur la queue de la baleine, pour prélever des morceaux de matak.

Nous réalisons bien sûr quelques images de l’événement, sous une lumière rasante, au milieu des moustiques, les bottes dans une mer de sang. Après quatre heures d’un travail de fourmis, onze tas équitables sont rassemblés et sont tirés au sort pour les onze personnes ayant participées à la chasse.

 

Dimanche 11 juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

Le bulletin météo pour les jours à venir n’est pas encourageant. Après, deux belles journées, une perturbation devrait nous bloquer dans une zone qu’il nous faut absolument passer avec les meilleures conditions : le secteur du Nordre Stromfjord. Nous décidons, malgré le beau temps de rester sur le village. En fin de matinée, Nathalie sollicite nos amis pour une sortie pêche. Le temps de trouver un pilote pour leur bateau, et nous voilà partis. Nous pensions pêcher dans les îles, c’est raté. Le cap est mis plein sud à plus de 20 miles (40 kms) du village.

Nous arrivons en pleine découpe de filets d’Eqaluk (truite saumonée) pendant que les fumoirs creusés dans la tourbe fonctionnent à plein régime. Nous sommes au camp de pêche du frère de Pauline. Il est là avec son épouse pendant deux semaines. Ils y ont installé un véritable camp, avec tentes, séchoirs. Nous reprenons la mer pour nous rendre au fond d’un fjord Equalugssuit et accéder à la rivière portant le même nom. Le paysage est grandiose, l’eau bouillonnante, la vallée suffisamment verte. Une véritable décor de cinéma. Pendant plus d’une heure, nous laissons dérouler notre ligne, Mais en vain. Pavia nous en offre une pour le dîner du soir. Retour au camp de pêche où nous subissons une véritable attaque de mouches qui nous empêchent de dîner, et nous fait prendre la fuite.

Alors que nous étions descendus par le chenal intérieur, nous remontons par la côte, qui par son manque de plages et ses contours rocheux, nous semble moins hospitalière. Les hauts fonds sont nombreux et le courant est nettement visible.

Une bien belle journée, avec un repérage pour notre future étape, en prime.

 

Samedi 10 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

Alors que nous sommes en train de réaliser des prises de vue dans le village, Karen vient nous informer qu’avec sa petite famille, ils s’apprêtent à partir pour l’île d’Umanaq pour la journée, et qu’une place nous attend dans l’embarcation. Le temps de récupérer nos effets et de quoi pique niquer, nous voilà propulsés par les 80 chevaux du moteur hors bord. Alors que nous nous attendions à une sortie pêche, c’est une sortie randonnée. Le bateau solidement arrimé, nous entamons l’ascension du versant sud de l’île. Au passage, nos amis nous montrent dans les éboulis, un ancien abri Inuit, où reposent encore deux crânes et des ossements humains. Sur cette matinée, le brouillard a bien voulu se reculer, mais ses écharpes blanches se pressent sur la partie nord de l’île. L’archipel se découvre au fils de notre ascension, mais une fois le sommet atteint, la vue à 360° est féerique. Du haut de nos 280 mètres, il nous est possible de visualiser le parcours de nos quatre dernières étapes. Un imposant relais émetteur bardé de panneaux solaires et de plate forme hélico contraste avec le style Groenlandais habituel.

Après un déjeuner sur les rochers à proximité du bateau,  nous embarquons pour la visite d’un autre secteur de l’île, lieu d’un ancien village Inuit nommé Qooqa, où de nombreuses fondations de maisons et sépultures recouvertes d’amas de pierres sont encore visibles. Sans tarder, nous mettons le cap sur Attu, le brouillard ayant décidé que l’éclaircie avait assez durée.

 

Vendredi 9 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le brouillard est encore de la partie. Lorsqu’en début d’après-midi, il se lève un temps soit peu et laisse place à un ciel gris et bas. Du coup, nous allons rendre visite à Albrecht à la pêcherie, dont il est le patron. Son activité est essentiellement basée sur le traitement de la morue. Tout au long de la journée, une vingtaine d’employés, préparent, découpent, salent et conditionnent des cartons qu’ils mettent sur des palettes à destination de l’Espagne.

 

Jeudi 8 Juillet 2010

Attu

67° 56’ N – 053° 37’W

La fatigue de l’étape de la veille se fait encore sentir, lorsque nous entamons notre petit déjeuner. Dans une étrange ambiance, où soleil, ciel bleu et bancs de brouillard se mélangent. Pas de mouvement non plus sur le Baloum Gwen qui mouille à quelques mètres de nous dans la petite baie. Une forte douleur à l’épaule droite d’Alain, nous fait sortir pour la première anti-douleurs et anti-inflammatoires de la trousse à pharmacie. Après une petite visite du village, le petit équipage du Baloum Gwen vient nous récupérer pour un déjeuner à bord. Vu le temps, l’apéritif est pris sur le pont, agrémenté d’une salade d’ Honckenya, (bourbier des mers) que l’on trouve sur les galets des plages. Thierry nous invite à descendre dans le carré où un cassoulet de haricots rouges nous attend, accompagné pour la circonstance de vin rouge. Les échanges vont bon train, mais le Baloum Gwen doit reprendre la mer. A 17 heures nous quittons le bord, pour les saluer plus tard, alors qu’ils s’éloignent doucement dans le brouillard.

Nous ne restons pas seuls très longtemps, car l’hospitalité de nos voisins nous amène à passer une nouvelle soirée avec eux. Kristina, qui vit à Thulé, sur l’extrême nord du Groenland, nous donne des informations pour venir la voir. Après le dîner, Albrecht nous donne des infos quant à la route à suivre plus au sud. Suite à cela, quelle n’est pas notre surprise de le voir organiser à nouveau un buffet à base de Matak (épiderme) et viande séchée de bélouga, de l’Eqaluk, un poisson pêché et fumé par leurs soins, accompagné de morue séchée, et autres mets dont nos hôtes ont le secret.

 

Mercredi 7 Juillet 2010

Navigation entre Iginiarfik et Attu – 37 kms

68° 08’ N – 053° 10’ W / 67° 56’ N – 053° 37’W

Nous serions restés plus longtemps sur Iginiarfik, mais au vu de la météo, et un rendez-vous nous attend à Agto. En effet, nos amis du Baloum Gwen, de retour de Uummannaq, doivent croiser notre route sur le village de Agto, ce soir même. Nous quittons Iginiarfik sous un ciel bas et une visibilité réduite. Un vent contraire à notre route, nous oblige à optimiser notre navigation en effectuant des traversées, sans même voir la côte opposée. Ole nous ayant la veille donné des informations sur les spots de pêche, nous obtenons nos premières touches, mais sans pour autant concrétiser, car la plus belle prise, nous a lâché, à quelques centimètres de la surface. Sous un ciel bas et toujours vent de face, la journée nous semble interminable. Dans ce dédalle de roches et d’eau, impossible de trouver sa route sans une double cartographie, papier et GPS. Nous pointons régulièrement des points de virage et malgré cela, notre jugement est souvent mis à défaut.

A 20 heures, après 8 heures de navigation, la village est en vu. Alors que nous pêchons notre première morue, sortant du brouillard, la silhouette du Baloum Gwen se dirige vers nous. Les bras s’agitent, Thierry nous félicite de notre précision et ensemble nous arrivons sur Agto. Avant d’avoir mis les pieds à terre, les premiers contacts avec les habitants sont des plus chaleureux. Les pêcheurs qui nous croisent nous saluent, nous parlent, derrière les fenêtres, les bras s’agitent, et à peine touchés notre point de débarquement, un petit groupe vient à notre rencontre pour nous aider à sortir nos embarcations. Alors que le Baloum Gwen n’a pas encore jeté l’encre, nous sommes déjà confortablement installés pour un thé chaud et un véritable dîner de narval et de renne. Une quinzaine de personnes sont dans la pièce commune, et autour de la grande table, un tournoi de cartes animé bat son plein. Nous les remercions vivement pour cet accueil et allons monter la tente, à quelques mètres de l’eau, à proximité d’un petit chalutier en bois, échoué. Notre camp à peine monté, l’annexe du Baloum Gwen nous attend pour aller à bord et partager avec eux la soirée. Moment fort agréable et convivial qui se prolonge tard dans la soirée.

 

Mardi 6 Juillet 2010

Iginiarfik

68° 08’ N – 053° 10’ W

Une journée sous le soleil, ça remonte toujours le moral. De plus, le contact avec les locaux est moins réservé qu’à Ikerasarssuaq,  le village précédent. Après une visite du village, Ole nous demande de le suivre pour voir un site caractéristique. Et sans même avoir le temps de poser nos effets à la tente, nous nous trouvons partis pour une randonnée. Des hauteurs, nous apprécions au passage, les multiples formes découpées des fjords qui se rejoignent. Une demi-heure plus tard, le but est atteint et nous nous trouvons photographier par Ole devant une grosse pierre ronde, ayant la résonance d’une cloche lorsqu’on la martèle. Le retour au village est suivi par un kafemik. Nous finissons la soirée chez un autre Ole, un jeune employé communal, parlant correctement anglais, qui nous avait invité pour la soirée. Il nous dit qu’il ne travaille que deux jours par semaine à la Commune, que la plupart des gens du village doivent se débrouiller par eux-mêmes. Que la politique du Groenland favorise uniquement les grandes villes et que ce village Iginiarfik aura certainement disparu d’ici vingt ans.

 

Lundi 5 Juillet 2010

Navigation entre Ikerasarssuk et Iginiarfik – 14 kms

68° 08’ N – 053° 25’ W / 68° 08’ N – 053° 10’ W

11 h30, quelques coups de pagaie en direction de la boutique toute proche, histoire de réapprovisionner notre stock en réchaud. Pour cette demi étape, les deux villages étant distant de moins de 15 kms, la navigation est tout d’abord sereine, sous un ciel bleu et avec une petite brise travers qui ne nous gêne en rien. L’arrivée, vent de face est plus musclée, située au fond d’un fjord, en plein milieu d’un venturi. Mais quelle idée ont-ils eu de se mettre dans un tel endroit ?

15 h 30, nous pensions acheter des produits frais. Pas de chance, la boutique est déjà fermée. Il faut dire que les horaires sont minimalistes. 9 – 11 et 13 – 15 h.

En fin d’après-midi, le camp est finalement en plein de vent, à l’écart de la vingtaine de maisons qui composent le village.

 

Dimanche 4 Juillet 2010

Ikerasarssuk

68° 08’ N – 053° 25’ W

Ciel gris, brouillard, 90 % d’humidité, 5°. En ce dimanche matin, nous nous accordons une grasse matinée de circonstance. La mer est un miroir, la tentation est forte d’avancer vers le fond du fjord et la toute prochaine ville est distance d’une toute petite quinzaine de kilométres. Mais vu l’humidité ambiante, la température, et le manque de visibilité, nous optons pour une ultime journée ici. De retour sur le village, nous constatons que la petite annexe de l’épicerie est toujours ouverte. Nous nous y abritons et travaillons sur nos différents dossiers. Le village est toujours aussi désert et les rares locaux d’une discrétion surprenante.

 

Samedi 3 Juillet 2010

Ikerasarssuk

68° 08’ N – 053° 25’ W

Chargés de notre linge en vue d’une grande lessive, nous arpentons le relief direction le village. En effet, nous ne pouvons y accéder que par les hauteurs. Une demi-heure plus tard, nous découvrons un labyrinthe d’escaliers menant à la partie basse où sont situés la boutique et le débarcadère. Le village semble avoir été construit en deux temps. Les maisons les plus récentes sont perchées sur les hauteurs, chacune posée sur un promontoire rocheux et desservie par de longs escaliers. A l’exception d’un petit groupe d’enfants jouant aux billes, le village est désert. Journée radieuse et ciel bleu, léger vent d’ouest jusqu’en fin d’après-midi, où le brouillard nous oblige à regagner rapidement notre campement faute de nous égarer et de ne plus retrouver le chemin longeant les falaises.

 

Vendredi 2 Juillet 2010

Navigation entre Kangatsiaq et Ikerasarssuk – 25 kms

68° 18 N – 053° 18’ W / 68° 08’ N – 053° 25’ W

La luminosité du soleil, combinée aux informations météo du jour nous tire de la tente. Le vent devant forcir dans l’après-midi et se maintenir dans les prochaines 48 h. Deux heures et demi plus, sur le coup des 11 heures, nous entamons notre navigation, qui pour une fois, s’effectuera dans l’intégralité par vent arrière. Au programme, deux belles traversées de 7 kms  en pleine nous donnent l’occasion de sortir nos voiles. Petit incident en cours de route, le seul GPS valide se déprogramme lors d’un changement de piles. Impossible de garder son position sur le compas. Vu l’immensité des lieux, cela rend notre point de visée beaucoup plus approximatif, surtout avec le soleil de face. 15 h, nous nous posons devant la boutique de Ikerasassuk, histoire d’y récupérer quelques produits frais. Pas de place pour bivouaquer au cœur même du village et suivons les conseils, en nous décalant de 500 mètres vers l’est où se situe une double plage, avec en son milieu, un beau terrain plat, de qui plus est bien abrité par des rochers, du vent qui commence à souffler en rafales.

 

Jeudi 1er Juillet 2010

Navigation entre Qeqertarssuatsiaq et Kangatsiaq – 18 kms

68° 25’ N – 053° 14’ W / 68° 18 N – 053° 18’ W

Compte tenu de la courte distance à réaliser avec la prochaine ville, nous nous accordons un peu de répit et démarrons en tout début d’après-midi, après une oursinade. Navigation sous un ciel gris, à travers les îles, et lorsque le soleil pointe le bout de son nez, le brouillard le suit dans la foulée. Nous arrivons sur la ville de Kangatsiaq dans une véritable ambiance «Hamiltonniène », la ville est située sur l’extrémité d’un cap et donne sur les deux versants. Alors que nous désespérions pour trouver un endroit pour nous arrêter, une petite crique donne sur le kayak club local et des habitantions privées. Quelques mètres carrés de terrain plat feront l’affaire. L’humidité est intenable, le brouillard est à couper au couteau, nous nous réfugions dans la tente, lorsque nos voisins nous invitent à prendre un kafémik dans leur maison toute proche.

 

 Mercredi 30 Juin 2010

Navigation entre Manermiut et Qeqertarssuartsiaq – 32 kms

68° 35’ N – 053° 07’ W / 68° 25’ N – 053° 14’ W

Nous quittons Manermiut en fin de matinée. Pour ne rien changer, la navigation se fait sous un ciel et avec un léger vent contraire. Ayant à peine fait une dizaine de kilomètres, nous sommes enveloppés par le brouillard et sommes contraints de stopper sur une pointe de cap.

Nous gardons le relief en visu. Nous restons sur nos kayaks et en profitons pour pêcher. Au bout d’une vingtaine de minutes, toujours rien. Juste des phoques autour de nous. Le brouillard s’est levé et nous pouvons à nouveau avancer. La fin de parcours est animée par une scène que nous avions rarement vu. Deux baleines nous offrent un spectacle grandiose. La mère, tête en bas, frappe violemment l’eau avec sa queue pendant que le baleineau tourne à proximité d’elle. A de nombreuses reprises, elle se met sur le dos, les deux nageoires en l’air, répétant la scène à côté des icebergs bloqués sur les hauts fonds. Une heure plus tard, alors que nous décidons de les quitter, elles décident de nous offrir quelques visites rapprochées, passant entre nous deux et à maintes reprises sous les kayaks. A ce moment-là, la confiance quant à leurs intentions est toute relative. Nous apercevons encore de nombreuses baleines dans le secteur. Impossible de pêcher dans ces conditions, aucune morue ne mettrait la tête dehors. Au vu de la marée basse, sans même sortir des kayaks, nous ramassons quelques oursins. Mais quel contraste avec la Baie de Disko, mettre les mains dans l’eau est ici, un véritable supplice. Vers 19 heures, nous arrivons à Qeqertarssuatsiaq, une ancienne station, elle aussi désaffectée, et débarquons à 800 mètres du village, sur des grandes dalles de granite, ayant servi à y échouer et découper les baleines.

 

Mardi 29 Juin 2010

Ville fantôme de Manermiut

68° 35’ N – 053° 07’ W

Etrange impression que de résider dans une ancienne ville abandonnée. Au début des années 60, le Gouvernement Danois a décidé de déplacer toutes les communautés inférieure à une centaine d’habitants.

Nous entamons une visite des lieux et des bâtiments encore en place. Le plus important fait office de bâtiment d’accueil pour les colonies de vacances, ou classes vertes. Une dépendance derrière laquelle nous nous sommes abritées est plus récente et a été aménagé en sauna, certainement pour inciter les jeunes à piquer une tête dans les eaux tempérées du secteur. Trois autres bâtiments sont encore habitables, néanmoins, le plus propre se situe sur les hauteurs dans une ancienne chapelle, beaucoup trop loin pour y transporter nos effets. Du coup, par ce temps pluvieux, nous réquisitionnons, la plus petite des pièces du bâtiment de la commune de Aasiaat actuellement en travaux et y installons notre cuisine, que nous décorons de nombreuses chandelles, histoire de monter la température et chasser un temps soit peu, l’humidité des lieux. A l’extérieur, brouillard bas, pluie et vent contraire, nous décidons de reporter la navigation au lendemain.

  

Lundi 28 Juin 2010

Navigation entre Kitsissuarsuit – Marnemiut – 32 kms

68° 51’ N – 053° 67’ W / 68° 35’ N – 053° 07’ W

Un épais brouillard enveloppe la petite île. Le vent a faibli, nous plions le matériel, convaincus que la journée sera la bonne. A 16 heures, nous embarquons, et gagnons le petit port, pour aller saluer une ultime fois Ane. A peine avons-nous mis le pied à terre, qu’elle se dirige vers nous, nous signalant au passage que sa fille a bien reçu les photos envoyées la veille par Nathalie et que cela lui a fait très plaisir. Pour la circonstance, elle immortalise la scène avec son appareil. Un dernier salue de la main aux habitants du village, nous mettons le cap vers le Sud. La mer d’abord chaotique, se calme rapidement. Au beau milieu de  la traversée, nous cédons la place à un remorqueur tirant une immense barge. Les travaux pétroliers semblent avoir commencé.

A 22 heures, après 6 heures de navigation, et 32 kilomètres réalisés dans la grisaille, nous touchons le fond d’une petite baie, où se situe un ancien village désaffecté.

 

 

Dimanche 27 Juin 2010

Kitsissuarsuit

68° 51’ N – 053° 67’ W

Alors que Michel, notre routeur nous annonce une météo propice pour une navigation, le vent de secteur Sud-Ouest contraire à notre route et le brouillard nous font tempérer son optimisme. Néanmoins, nous décidons de ranger nos effets dans l’attente du chargement final. Seule, la tente reste montée. Nous nous rendons chez Ane afin de lui dire au revoir et de valider les infos météo par une ultime consultation météo sur internet. Celle-ci cadre un peu plus avec la réalité constatée sur le terrain. Ane nous montrant un gros sac de viande de bœuf musqué surgelé, chassé par son fils, nous propose de rester pour le déjeuner qui aura lieu à 16 heures. Nous nous rendons sur les hauteurs de l’île, pour une ultime fois, vérifier la faisabilité de la quinzaine de kilomètres qu’il nous faut réaliser pour rejoindre la côte. Ane nous rejoint, et nous montre un site où de multiples enrochements ont été réalisés. Sur un carnet, elle nous décrit un naufrage, qui aurait eu lieu deux siècles plus tôt. Au bas mot, une trentaine de personnes y aurait laissé la vie. Le brouillard s’est levé, le vent ne baisse pas. En chemin, elle nous montre des plantes comestibles. Nous terminons la soirée chez elle devant internet et un ultime kaffemik.

 

Samedi 26 Juin 2010

Kitsissuarsuit

68° 51’ N – 053° 67’ W

Après un pique nique sur les auteurs de l’île, où nous réalisons quelques images, nous rencontrons à proximité du cimetière, Ane qui nous invite à la suivre. Elle nous dirige vers la maison bleue où à lieu un anniversaire où comme à l’habitude, gâteaux, café et autres mets attendent les gens du village. Après cela, nous nous rendons chez elle. Nous présente son fils Thomas et nous offre café et biscuit avant de nous dire qu’elle compte sur nous pour le dîner, pour partager un repas à base de phoque. Le départ, étant prévu pour le lendemain, nous lui demandons une adresse mail pour lui faire parvenir des images. Elle remet en cadeau une paire de moufles en laine à Nathalie. Comme souvent dans les petites communautés au Groenland, une journée faite d’attentions.

 

Vendredi 25 juin 2010

Kitsissuarsuit

68° 51’ N – 053° 67’ W

Déjeuner en fin de matinée auprès de notre petit campement, qui à l’écart du village a des allures de spot sauvage. En nous dirigeons vers la boutique pour réaliser quelques achats en produits frais, Marius nous lance une invitation pour un kaffemik. Dans la foulée, nous rencontrons Marie, une ancienne du village. Elle nous montre la maison de son frère  et nous invite à y passer en fin d’après-midi pour discuter. Dans l’après-midi, nous travaillons sur nos images dans la commune house. Dans la soirée, Marie nous accorde une interview sur la vie du village : « quand j’étais enfant, je passais tout l’été au fond d’un fjord avec toute ma famille sous un tipi en peau de phoque, pour faire des provisions pour l’hiver. Aujourd’hui, ce même tipi se trouve dans un Musée au Danemark. Les choses vont trop vite nous dit-elle, et de nous montrer des photos de deux gros navires pétroliers arrivés quelques jours plus tôt au large d’Aasiaat avant même d’obtenir les autorisations. Les Groenlandais n’ont pas les connaissances et le savoir pour accompagner ces évolutions. Qui tirera parti de tout cela ? ».

  

Jeudi 24 Juin 2010

Navigation entre Akunnaaq et Kitissuarsuit – 38 kms

68° 44’ N – 052° 19’ W / 68° 51’ N – 053° 67’ W

Nous quittons la petite baie d’Akunnaaq en fin de matinée, juste au moment où le ferry hebdomadaire réapprovisionne le village. Cap au Nord Ouest, direction les îles situées au Nord de la ville d’Aasiaat. Les conditions sont plus calmes que prévu et nous réalisons les 38 kms en 8 heures de navigation. Les 15 derniers étant réalisés en pleine eau.

Une anecdote, au beau milieu de la traversée, un speed boat venu de nul part, s’arrête à une dizaine de mètres devant, avec à son bord deux femmes et un homme d’environ 65 ans, en bleu de travail, qui au moment de notre passage, sort son appareil photo pour nous photographier, avant de repartir aussi vite qu’il n’est arrivé.

Le village est situé dans un petit archipel. Après une heure de prospection, nous trouvons finalement sur sa partie Nord Ouest, une petite crique au soleil et face à l’île de Disko.

 

Mercredi 23 Juin 2010

Akunnaaq

68° 44’ N – 052° 19’ W

Il y avait de monde la veille, lorsque nous sommes arrivés sur Akunnaaq. Et avant même d’avoir sortis nos kayaks de l’eau, nous avons aidé un groupe d’hommes à porter un oumiac (embarcation traditionnelle à rames pouvant transporter une dizaine de personnes).

Aujourd’hui, à l’exception d’un pêcheur réparant son filet sur le port, le village semble désert. Les habitations s’étirent tout en longueur sur une colline et sont pour la plupart tournées vers l’intérieur de la baie et ne regardent pas la mer. Après une journée entière passée à Akunnaaq, on peut dire que c’est certainement un des villages les plus discrets que nous ayons rencontré depuis le début de notre périple.

 

Mardi 22 Juin 2010

Navigation entre Ikamiut et Akunnaaq – 24 kms

68° 38’ N – 051° 49’ W / 68° 44’ N – 052° 19’ W

7 h 30. Le martèlement des gouttes soufflés sur la toile de tente donne le ton des conditions extérieures. Sur le PC, les dernières infos reçues annoncent une accalmie pour le début d’après-midi, avec une bonne fenêtre jusque en fin de soirée. Nous décidons de ranger le matériel dans les kayaks et de laisser la tente montée au cas ou. 

Suivant l’invitation de Karl, nous effectuons une dernière visite dans sa demeure. Un kaffemik, accompagné de sympathiques petits toasts nous est servi. Nous formulons de part et d’autres des invitations pour le futur. Birthe aimerait bien nous rendre visite sur Monaco. De leur côté, ils aimeraient bien nous voir passer l’hiver avec eux. Vous allez nous manquer nous disent-ils à plusieurs reprises. Karl m’offre le pendentif qu’il portait la veille pendant la cérémonie de la Fête Nationale. Dans la foulée, Birthe se défait de sa broche en renne et la remet à Nathalie. L’émotion est à son comble, ils nous ont déjà tellement donné.

Karl, Birthe et Nadia, ainsi que d’autres personnes du village nous aident à porter les kayaks et nous serrent dans leurs bras. Chose rare, des ouvriers de la pêcherie ont stoppé le travail pour nous saluer.

Le cap est mis sur Akunnaaq. Sous un ciel toujours couvert, et avec une bonne brise de face, nous entamons cette navigation, sans dire un mot, cela pour mieux graver dans nos mémoires les instants passés avec la petite communauté d’Ikamiut.

 

Lundi 21 Juin 2010

Ikamiut – Jour de la Fête Nationale

68° 38’ N – 051° 49’ W

8 h : rendez-vous devant le bureau de la commune. Karl, en habit traditionnel Groenlandais entame un discours. Le petit groupe présent chante l’hymne national pendant que sur le mât, les couleurs du Groenland sont levés. S’ensuit un petit déjeuner collectif.

10 h : deux drapeaux précédent la petite foule se dirige vers l’église. Après la messe, une compétition de chasse au phoque est organisée. Sur le port, sous les hourras du publics, la dizaine d’embarcations des chasseurs prennent un départ simultané. Cinq phoques seront ramenés, et deux d’entre eux serviront au festin de la journée.

Après le discours officiel, nous remettons une médaille de la Ville de Monaco, à l’attention de la commune de Ikamiut. Ce cadeau, très apprécié, passera de mains en mains.

L’après-midi, une multitude de jeux collectifs est organisée sous les rires et les encouragements du public.

Pendant que dans la baie, trois baleines se rapprochent et viennent nous saluer à quelques mètres du rivage.

 

Dimanche 20 Juin 2010

Ikamiut

68° 38’ N – 051° 49’ W

En fin de matinée, nous sommes conviés à suivre Karl et sa petite famille sur son embarcation, pour un pique nique familiale. Après trois quart d’heure de navigation dans les fjords, huit embarcations se rejoignent. Au total, une quarantaine de personnes, enfants et adultes réunis, soit près de la moitié du village. Des résineux sont ramassés. Avec de gros galets, un triple foyer est installé. Le feu est allumé, une partie du phoque chassé la vieille est cuisinée de différentes façons, ainsi qu’une bonne soupe de légumes. Le repas peut commencer. La journée se poursuit par des jeux et des chants.

 

Samedi 19 juin 2010

Ikamiut

68° 38’ N – 051° 49’ W

Le ciel est gris, et une pluie donne à Ikamiut des allures de villages bretons. 15 h, nous sommes conviés à l’anniversaire de Cécilia, où, dans la petite maison, la moitié du village se trouve réuni. Là aussi, des mets de toutes sortes et de nombreux gâteaux sont répartis sur différentes tables. Birthe souhaite en profiter pour que l’on présente notre DVD photos et musiques du programme 2009. Sur un large écran, celui-ci a beaucoup de succès. En début de soirée, sous un ciel toujours gris,  Karl nous propose d’aller chasser le phoque avec son fils, Malik, un adolescent de 13 ans qui vient de s’acheter avec ses économies sa première Winchester, calibre 22. Sur la baie de Disko, nous poursuivons les petits groupes de phoques, mais leurs tirs de ne touchent pas leur cible. Résignés, nous regagnons le petit port. Sans rien dire, Karl effectue une ultime tentative en solitaire et revient avec un énorme phoque d’une centaine de kilos. Nous partons avec toute la famille découper la bête sur les rochers non loin du village.

 

Vendredi 18 juin 2010

Ikamiut

68° 38’ N – 051° 49’ W

Installés au beau milieu du village, à quelques mètres du chemin principal, nous prenons notre petit déjeuner sans nous soucier des aléas à venir de la météo. Aujourd’hui, c’est relâche ! Nous entamons une visite du village et profitons du bon ensoleillement. L’après-midi est plus fonctionnel. Installés dans la maison communale, nous trions des photos. Dans la soirée, Birthe et Karl nous invitent à passer la soirée chez eux, pour un kafemik.

 

Jeudi 17 juin 2010

Navigation entre Ile de Ivssorigsoq – Ikamiut – 22 kms

68° 34’ N – 051° 23’ W / 68° 38’ N – 051° 49’ W

6 h 30, avant même le café, nous consultons comme à l’habitude le bulletin météo. A l’extérieur, les conditions sont calmes, mais un coup de vent est prévu pour la mi-journée. Depuis la nuit, le baro est en chute libre. Une accalmie est prévue en fin d’après-midi, nous décidons de ranger nos affaires. 13 h 30, toujours pas de vent. Nous hésitons à y aller, lorsque les premières rafales se font sentir. 50 à 80 km/h en rafales, nous avons bien fait de temporiser. Nous patientons en combinaison étanche, sous la pluie, une bonne partie de l’après-midi. Finalement, comme prévu, la pression se stabilise, le vent baisse et disparaît complètement. Cap sur Ikamiut. Quatre heures plus tard, lorsque nous mettons le pied à terre, une invitation à dîner nous est faite. Les parents de Tony fête ses 14 ans. 

 

Mercredi 16 juin 2010

Navigation entre Akudglit – Ile de Ivssorigsoq – 21 kms

68° 39’ N – 051° 14’ W / 68° 34’ N – 051° 23’ W

Après la journée d’intempérie de la veille, le soleil est de retour. A la mi-journée, nous quittons nos hôtes et les installations en dures qui nous ont accueillis sur Akugdlit. Cap au sud est car avec la météo incertaine, nous évitons pour le moment les grandes traversées. Puis, au sud ouest, pour finir sur la petite île hospitalière de Ivssorigsoq. Aujourd’hui, nous avons passé les 100 kms depuis le départ, soit 10 % de notre parcours prévu.

 

 Mardi 15 juin 2010

Akugdlit – Ville fantôme

68° 39’ N – 051° 14’ W

A 8 h 30,  rendez-vous dans la petite maison verte. Villads, qui avait 14 ans lorsque le village a été déplacé nous y attend, accompagné de Lise, professeur Danoise qui fait office d’interprète. A l’extérieur sévit un fort coup de vent, la neige commence à tomber. Le témoignage est fort instructif quand aux méthodes utilisées à l’époque pour déplacer les villages. Nous passons le reste de la journée en compagnie des lycéens. Coincés par la pluie, la neige et le vent fort, nous restons avec eux , bien à l’abri, dans un bâtiment chauffé, où les activités vont bon train. Une série de photos de la séance de maquillage restera certainement dans nos archives.

 

Lundi 14 juin 2010

Navigation entre Qasiguiannguit et Akugdlit – 22 kms

68° 48’ N – 051° 10’ W / 68° 39’ N – 051° 14’ W

Qasiguiannguit comptant 1300 habitants est pour nous,  moins attractive que les petites communautés. Nous décidons, compte tenu de la bonne météo du jour d’avancer afin d’être d’ici une semaine dans un petit village pour la fête nationale. Contrairement aux 2 à 3m/s annoncés, nous naviguons par un nord-ouest de 8 m/s qui génère de sympathiques surfs avec le courant inverse. Le village de Akugdlit  est sensé être une ville fantôme, une communauté, déplacée dans les années 60. Elle n’a rien d’une ville fantôme, car dans la journée est arrivé une soixantaine de lycéens venus des quatre coins du Groenland. Tout au long de l’année, cette élite est basée à Qasiguiannguit. En fait, il passe ici, les derniers jours de leur session annuelle.

Nous n’avons pas à vider les kayaks, car nous sommes rapidement aidé pour le portage. En prime, on nous annonce que le dîner est servi.

 

Dimanche 13 Juin 2010

69° 04’ N – 051° 06’ W / 68° 48’ N – 051° 10’ W

Navigation entre Ilimanaq et Qasigiannguit – 36 kms

8 h 30, lorsque nous quittons le village, une brise de nord est déjà en place. Nous effectuons un passage devant le village afin de voir les éventuels lève tôt. Seul, Jacob devant sa maison verte nous salue de la main. Nous hissons les voiles et le saluons à maintes reprises. La brise nous est favorable et nous aide jusqu’à la pose déjeuner, où nous avons déjà 20 kms au compteur. Lorsque nous reprenons la route, nous apercevons un voilier faisant route au nord. C’est bien le Polaris de nos amis allemands, Martina et Michael qui ont hiverné dans un fjord près de Aasiat. Nous avions convenu de les rencontrer au bivouac, mais la mauvaise météo pour les jours prochains a précipité leur départ. En pleine mer, entre deux gros icebergs, et après quelques acrobaties, nous prenons le café sur le pont arrière et échangeons rapidement quelques infos. Ils partent vers Thulé pour l’été. www.polaris-sail.de. Nous les quittons une heure plus tard, il nous reste encore 16 kms à parcourir. La dernière demi-heure est surprenante. Le ciel passe du bleu à un gris sombre. En quelques minutes, la Baie de Disko se trouve chapeauté par un nuage aux multiples spirales allongées qui ne présage rien de bon. Nous forçons l’allure et arrivons à temps, poussés par le coup de vent. 

 

Samedi 12 Juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Aujourd’hui, nous sommes de mariage, non pas à Monaco, mais à Ilimanaq, où nos amis Karen et Pele se marient. Le rendez-vous a été à 10 heures devant l’église. La prêtre anglicane célèbre l’office dans la petite église où les habitants, pour la plupart en tenue traditionnelle ont pris place. Nous réalisons une série de photos juste après l’office. Le kafemik a ce jour-là des allures de buffet. Nous sommes conviés pour le banquet de 18 heures.

Comme fait exprès, après les perturbations de ces jours, la météo est des plus favorable et un coup de vent est annoncé pour le lendemain en milieu de journée. En prévision d’un départ dans la soirée, juste après le début du banquet, nous rangeons les kayaks et plions la totalité de nos effets. Finalement, l’authenticité et la convivialité d’un banquet de mariage Groenlandais, avec ses jeux, ses chants  et ses éclats de rires, nous tient toute la soirée. Nous les quittons le cœur gros, une larme à l’œil.

 

Vendredi 11 Juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Nos amis Groenlandais, Nukannguak (ce qui veut dire : chère petite sœur) et Jacob son époux, nous invitent à suivre le match France – Uruguay dans leur maison,  en compagnie de leurs jumelles Diana et Ane-Marie de quatre ans et de Tony, un an.

Un dîner improvisé, suivi d’une crêpe partie. Une famille très chaleureuse.

 

Jeudi 10 Juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Matinée sous la tente, un crachin breton ne cesse de tomber depuis la veille. L’après-midi, nous travaillons sur nos photos bien à l’abri, dans la maison communale. Nous avons décidé de rester jusqu’à samedi pour le mariage de Karen et Pele, auquel nous sommes invités.

 

Mercredi 9 juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

A 17 h, heure locale, nous réalisons un direct par téléphone avec le public de la Nuit de la Photo, organisée par Photo Menton, cela, après la projection de notre diaporama, du programme 2009. Ca fait toujours chaud au cœur d’entendre des applaudissements à des milliers de kilomètres de distance.

La soirée se poursuit par une invitation chez la famille de Arne et Martina. Outre l’exquise soupe de poissons et le civet de phoque, la soirée se transforme rapidement en soirée musicale, car ici, père, fils et fille sont tous chanteurs et jouent de la guitare. Entre deux images, nous en profitons pour réalise quelques enregistrements sur le vif et de nouveaux témoignages.

 

Mardi 8 juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Contrairement à nos infos météo, il a plu toute la nuit et toute la journée. L’après-midi, dans la maison communale, nous mettons de l’ordre dans nos photos. Là, une invitation pour un « kafemik » (thé et café chez l’habitant) nous est proposé. Lorsque nous nous y rendons, c’est en fait un dîner d’anniversaire qui nous attend. Thricia, entourée de sa famille et de ses amis fête ses 50 ans. Une table pour les plats de poissons, une pour les plats de viande et une pour le café et les desserts. Une fois de plus, nous partageons avec bonheur la spontanéité et la convivialité de nos amis groenlandais.

 

Lundi 7 juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Sous un soleil voilé, nous profitons du stock de bois de la pêcherie pour faire une pierrade de baleine.

Dans la soirée, rendez-vous chez Karen et Pele qui se marient samedi prochain et qui nous invitent pour l’occasion.

 

Dimanche 6 juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Invitation et déjeuner avec l’équipage franco-belge à bord du Baloum Gwen, un dériveur intégral de quinze mètres, à coque acier, qui fait route au nord, destination Uummannaq, et ensuite vers le sud du Groenland, la côte est, l’Islande et retour vers la France. Thierry, un capitaine qui mérite d’être connu. www.baloumgwen.com

 

Samedi 5 juin 2010

Ilimanaq

69° 04’ N – 051° 06’ W

Après le stress de ces derniers jours, nous lézardons au soleil en compagnie des moustiques. Nous rechargeons les batteries, cela dans tous les sens du terme. 

 

Vendredi 4 juin 2010

Navigation entre Ilulissat et  Ilimanaq. 23 kms.

69° 13’ N – 051° 06’W / 69° 04’ N – 051° 06’ W

Pour nos premiers coups de pagaies du programme 2010, deux kayaks traditionnels nous accompagnent. Nos amis, Margrethe et Paul, sur leur embarcation motorisée en font de même. Elle nous dit que ses parents lui ont demandé de nous dire « qu’ils nous aiment ».

Une fois, seuls, à six kilomètres au large, l’Isfjord nous cède la priorité, cap au sud, le voyage commence. La sortie de l’Isfjord nous mène au village d’Ilimanaq, le premier bivouac est monté à trois heures du matin, sous le soleil de minuit.

 

Jeudi 3 juin 2010

Ilulissat

69° 13’ N – 051° 06’W

Ultimes préparatifs, nous avons regroupé l’ensemble de notre matériel.

Témoignage de John, du club de kayak qui chasse encore le phoque au harpon avec son kayak traditionnel.

Dernière soirée avec nos amis Groenlandais, devant les images de notre DVD du programme 2009.

 

Mercredi 2 juin 2010

Ilulissat

69° 13’ N – 051° 06’W

Ca y est, les kayaks ont quitté leur container pour la terrasse de notre ami Paul et les cent kilos de notre palette expédiée au mois d’avril, occupe une chambre voisine de la nôtre.

 

Mardi 1er juin 2010

Ilulissat

69° 13’ N – 051° 06’W

Pas facile d’organiser le regroupement de notre matériel stocké à différents endroits de la ville, cela sur une seule journée. La réflexion est bien entamée. 

Lundi 31 mai 2010

Ilulissat

69° 13’ N – 051° 06’W

Première rencontre avec des passionnés de kayaks traditionnels Groenlandais, à Ilulissat Qajaq Club.

 

Dimanche 30 mai 2010

Ilulissat

69° 13’ N – 051° 06’W

Une journée ville morte comme souvent le week end au Groenland. Dans les rues, rien ne bouge, si ce n’est le brouillard.

 

Samedi 29 mai 2010

Ilulissat

69° 13’ N – 051° 06’W

Journée des retrouvailles ; tout d’abord avec Lars et Louise avec qui nous avions partagés de bons moments l’année dernière, et ensuite avec nos kayaks. L’intérieur du container est tel que nous l’avons laissé neuf mois plus tôt.

 

Vendredi 28 mai 2010

Copenhague – Kangerlussuaq - Ilulissat

Les moustiques ont déjà pris leur quartier d’été sur l’ aéroport international de Kangerlussuaq. Contrairement à l’an passé, il n’y a plus aucune trace de neige sur les reliefs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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