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Péninsule Arctique

de Uummannaq à Saqqaq

Du 21 juillet au 4 août 2009

 

 

 

C'est à regret que nous quittons notre petite cabane de tourbe, ses peaux de phoques, son plancher en bois, son petit torrent tout proche, et son parterre de fleurs sauvages. La tentation de rester une journée de plus en ce lieu est grande. Mais, les dernières informations recueillies sur Uummannaq font état de conditions beaucoup moins favorables sur le mois d'août. Nous préférons avancer et tourner la péninsule Nuussuaq avant cette période. Sur cette côte, courants et
vents se renforçant à la mi-journée, que courants et vents sur cette côte,  nous commençons notre navigation plus tôt que d'habitude. Nous avions beaucoup d'a priori concernant ce secteur de notre parcours. Il était pour nous un point de passage obligé,  de côtes par endroits hostiles et mal protégées avec d'interminables plages à surf le long d'un chenal venté, avec une navigation principalement vent debout. Bref un contour peu intéressant.

 

 

Chemin faisant, nos a priori s'estompent à chaque coup de pagaies. Le paysage est attrayant, il ne ressemble à rien de connu jusqu'à présent. Sur la côte Nord-Est, un haut relief chapeauté de langues glaciaires fini progressivement en pente douce jusqu'à la mer. Annoncé par une eau marron, de nombreuses rivières déroulent des torrents de galets. D'une largeur impressionnante, les perspectives remontent à la verticale jusqu'au massif, laissant imaginer ce que l'endroit peut être lors des gros débits de printemps. Les plages se succèdent ainsi tout au long de la journée. De pointe en pointe, les baies se succèdent les unes après les autres. Il nous faut régulièrement obliquer sur bâbord afin de ne pas se retrouver en pleine eau, à plusieurs milles du rivage.Une escale dans le petit village de Qaatsut tout proche de l'aéroport de Uummannaq, et nous reprenons la mer. Les fins de parcours se font systématiquement vent et courant de face. Malgré l'entraînement, le physique s'en ressent, et c'est avec satisfaction  que l'on voit l'objectif du jour progressivement se rapprocher.

Le 21 juillet au soir, comme un remake d'une situation déjà vue, le col en latex de ma combinaison, cède à nouveau à côté de la réparation déjà effectuée. Cette fois-ci, plus d'hésitation, il nous faut le remplacer. Malgré la fatigue, l'heure tardive, la faible luminosité, c'est dans la foulée que nous attaquons l'intervention. A deux heures du matin, l'opération est terminée nous pouvons enfin aller nous coucher. Le lendemain, malgré une journée radieuse, le réveil est tardif. La fatigue et une courte nuit nous incitent à prendre une journée de repos. Le temps de séchage de notre réparation sera ainsi largement respecté. Au final, un remplacement correctement réalisé.

 

 

 

 

 

Nous embarquons le 23 juillet au matin, pour le petit village de Niaqornat, que nous pensons atteindre en fin d'après-midi. Cheminant face au vent, chaque édifices de glace est propice à la pause. Arrivée en vue de Niaqornat, alors que nous cherchons à nous poser sur la plage Nord abrité du vent, nous nous faisons griller la politesse par un immense ferry. Bons joueurs, nous accostons sur la plage principale de l'autre côté de la presqu'île, sur la partie Sud du village.  Depuis quand  les ferries accostent-ils sur les plages ? En fait, le village accueille ce jour, un groupe de croisiéristes. Sans débarcadère, le seul accès possible pour eux est un accostage en zodiac sur le secteur le plus protégé. Pour les 60 habitants, ce double débarquement, est aussi un spectacle, d'un côté un troupeau de touristes avançant en file indienne, de l'autre deux kayakistes déguisés en spationautes. Pour l'accueil des premiers prévu de longue date, l'ensemble du village est présent. Certains sont vêtus de l'habit traditionnel ; vestes de perles bordées aux couleurs chatoyantes, et short et  bottes en peau de phoque, pour les filles. Plus sobre, une veste blanche à  capuchon unie et pantalon noir pour les garçons. Ilannguaq, un guide, parlant couramment anglais, que nous  prenons d'abord comme faisant parti de l'organisation du ferry, mais qui est en fait un employé municipal, nous invite à nous joindre à la visite, et à prendre part aux diverses animations. Se faisant, tout le monde se retrouve sur le petit port où café et cake sont à notre disposition. L'intention nous réchauffe dans tous les sens du terme. Dans ce cadre authentique, l'ambiance est décontractée. Pour agrémenter l'ordinaire, les locaux proposent sur des tables dressées à cet effet, quelques objets artisanaux de leur confection, que les touristes s'empressent d'acheter. Trois heures plus tard, notre petit groupe de touristes, raccompagnés par les locaux, reprend le chemin du ferry. Dans le village, tout se calme, seuls restent deux kayaks et notre campement monté, bien à l'abri entre les trois bâtiments d'un ancien comptoir danois aujourd'hui désaffecté. Les deux jours suivants contrastent avec l'euphorie de l'arrivée.

 

Le village est paisible, on y rencontre que peu de monde. Ilannguaq (le guide) nous organise une visite avec Karl Kristian Kruse, le Maire de la commune,  afin de lui remettre une médaille souvenir de la ville de Monaco. Grand chasseur, ce dernier, au vu du nombre de ses trophées, (quantité de cornes de narval, de peaux de phoques, de bois de rennes, de  têtes de morses, et d'une imposante peau d'ours montée sur un cadre), nous conte la vie au quotidien de sa petite communauté. La principale préoccupation est la fermeture récente de la centrale de pêche, cela malgré l'abondance et la qualité du poisson aux alentours du village. La raison principale de cet évènement est le manque de rentabilité compte tenu du coût du transport et de l'éloignement par rapport à la  ville d' Uummannaq. Une solution privée est à l'étude, cela pourrait ramener de nombreux habitants à revenir sur Niaqornat. Dernier village avant d'entamer le tour de la péninsule de Nuussuaq, et un nouveau parcours de deux semaines en autonomie. Accompagné de notre guide, deux jours durant, nous partageons la vie du village que nous quittons  le 26  au matin.  Au programme, le franchissement du cap, qui comme le dit notre ami Paul risque d'être une partie de plaisir. Néanmoins, cette première journée se passe sous les meilleurs hospices. Une mer calme, nous voit cheminer au pied des falaises encore à l'ombre jusqu'à la pointe Nord-Ouest de la péninsule, que nous franchissons sans encombre, sur une mer étrangement calme. Là, comme une récompense n'arrive jamais seule, une magnifique morue vient se prendre à notre ligne.

 

 

Le 27, sur une mer creusée par la houle et le ressac, longeant la côte, de grandes quantités de glace font une route inverse à la nôtre. A l'approche du cap Kangeq, sur l'extrémité Nord-Est de la péninsule, au blanc des glaces s'ajoute le blanc d'une mer qui se lève. Impossible de le franchir dans ces conditions. Nous faisons demi-tour sur trois kilomètres,  afin de rejoindre une longue plage de gros galets, où se situe une sortie de rivière pouvant nous abriter. Là, tout l'après-midi, des hauteurs surplombant la plage, nous guettons mais en vain une amélioration. Et c'est dans le canyon, au bord du torrent, que nous montons le camp. Nous nous réveillons tôt, ce 27 au matin afin de réceptionner le mail de Searout, où Michel notre routeur, comme chaque matin, nous informe de l'évolution de la météo. Il prévoit un renforcement du vent sur le coup des 11h avec une houle plus importante. Les premières observations lui donnent raison. La journée est morose, sous un ciel gris et venté, équipés de nos combinaisons, parés à embarquer, nous guettons l'accalmie qui nous permettrait de tourner le cap. Finalement, vers 20h, l'idée de nous voir remonter le camp et de passer une nouvelle nuit en ce lieu, nous incite à nous mettre à l'eau. Un rapide briefing quant à la façon de passer les surfs du départ, et nous voilà dans le bain. Le ciel est bas, le vent a diminué, la mer est complètement cassée, avec houle croisée et vagues pyramidales. Nous avançons autant que nous montons et descendons. Sorti de nul part, une petite embarcation groenlandaise avec trois personnes à bord vient droit sur nous (cette rencontre nous vaudra une invitation trois semaines plus tard sur Qeqertaq). Nous essayons d'obtenir des informations quant aux conditions passées le cap, mais en vain. En réponse, ils nous photographient avec leurs téléphones portables. La réponse vient à nous rapidement, les conditions grossissent, de façon incohérentes, avec des zones d'accalmies et des zones de forts mouvements. Nous sommes sur des
hauts fonds. Le vent du Nord forcit et nous pousse trois quart arrière. Nous avons hâte de franchir le cap, et d'atteindre la partie calme où se situe une cabane. Vingt minutes plus tard, c'est chose faite. Bien à l'abri dans celle-ci, nous savourons l'un des passages les plus tendus de ce périple.
C'est le 29 au matin, que commence véritablement notre avancée dans le chenal Sullorsuaq Vaigat. Avec une largeur moyenne de vingt kilomètres, celui-ci sépare la péninsule Nuussuaq de l'île de Disko. Le paysage est grandiose et surprenant, je le qualifie de rocheuses groenlandaises. De hautes montagnes aux couleurs et aux formes surprenantes, longent le chenal donnant une profondeur inhabituelle à notre navigation. Aux  sorties de rivière, les nuances bleutés des glaces se fondent sur des eaux couleur terre. Nous démarrons nos navigations en milieu de journée afin de profiter au mieux du courant. Nous profitons des conditions favorables du moment pour avancer le plus possible. Chaque après-midi, une petite brise portante nous incite à hisser les voiles.
Le 31, au détour d'une sortie de rivière, nous sommes attirés par un attroupement de mouettes, survolant la surface de l'eau. Qu'elle n'est pas notre bonheur d'apercevoir de près nos premières baleines à bosses. La gueule ouverte, elles jaillissent de l'eau. La scène se répète, cette fois-ci, c'est une nageoire qui pointe le ciel. Un instant, elles disparaissent. Autour des kayaks, des bulles remontent à la surface. Soudain, un souffle puissant surgit dans notre dos à quelques mètres de nous. Le spectacle est grandiose. Lorsqu'elles nous quittent,  nous reprenons notre navigation encore troublés par la beauté de la scène et de ces instants magiques. Le paysage que l'on pensait monotone est varié, offrant à chaque avancée, des points de vue plus beau les uns que les autres.

 

 

Ce premier août est l'ouverture de la chasse aux caribous. De nombreux speed boat sillonnent le chenal. De lointaines détonations et des embarcations vides, mouillées à quelques mètres du bord au pied d'étroites vallées, témoignent du début de l'activité. Un après-midi, chemin faisant, sur la berge, un homme nous interpelle par de grands signes. Au premier abord, on l'imagine en détresse, ayant probablement perdu son embarcation. La rencontre faite, il n'en n'est rien. Etrangement, il s'agit de Jeff, un français, accompagné de son groupe, d'une personne. Attachant personnage, habitué des lieux, il organise depuis de nombreuses années des séjours dans le secteur. Après une pause café improvisée sur la plage, le temps d'échanger quelques informations, nous reprenons notre chemin. Nous revoyons Jeff à deux reprises, la première, le lendemain, lorsque, pagayant de notre mieux, pour progresser face à un vent soutenu, une embarcation groenlandaise nous aborde. A son bord, notre ami Jeff, forçant la voix pour nous donner des informations sur les secteurs protégés. La seconde, quelques jours plus tard, lors de notre arrivée sur Saqqaq, où faisant avec deux immenses kayaks, une route inverse à la notre, nous nous séparons sur une de ses réparties dont il a le secret  : « Bon, on y va ! car après on s'attache et ça devient difficile. ». Avant cela, un fort venturi, sur l'embouchure sud du chenal nous bloque, une journée durant. Passée cette difficulté, nous arrivons à Tartunatq. En ce lieu, vécurent d'anciennes civilisations. Il ne reste aujourd'hui que les ruines, deux cimetières, mais surtout un atmosphère et un cadre unique. Comme posée au milieu d'un écrin, une petite cabane de trappe nous accueille, surplombée par une longue chaîne de basalte dominant une plaine rocailleuse et une longue plage de sable blanc. Impossible d'arriver sur un tel site sans une belle morue pour le dîner. Sans tarder, nous la trouvons sous une petite avancée rocheuse, toute proche. C'est par une arrivée au petit village de Saqqaq le 4 juillet, dix jours après notre départ de Niaqornat, et les maintenant célèbres adieux de notre ami Jeff que s'achève ce tour de la péninsule de Nuussuaq qui restera un des plus beaux passages de ce périple.

 

 

 

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