| Notre arrivée
dans le petit village de Kangersuatsiaq s'est faite
dans des conditions très particulière, à savoir une
navigation quasi non stop de près de 7 heures trente
dans un brouillard à couper au couteau.
Sur ce parcours nous
avons été contraints de naviguer aux instruments. La
petite station est vite devenue pour nous une halte
salutaire. Notre camp monté sur un terrain en pente
au milieu des embarcations remisées, face au petit
port était au vu de tous.
Nous avons été les témoins
de leur mode de vie quotidienne, un mode de vie
calme et paisible, où la journée commence à 9h et se
termine à 15h avec une pause de 1 heure. A partir de
19h/20h, la soirée s'anime pour ne se terminer que
très tôt le matin aux alentours de 2h/3h. Nous avons
pu réaliser 2 témoignages dont un avec un ancien
pêcheur et chasseur de 80 ans. La barrière de la
langue est un véritable handicap et il nous faut
régulièrement chercher des traducteurs ce qui n'est
pas chose facile car très peu de personne parle
anglais.
Sur cette période, le temps était toujours
très couvert avec pas mal de nuages bas. A la
première éclaircie, nous avons effectuée une
tentative de départ en direction de Sondre Upernavik
où nous avions l'intention de passer la fameuse fête
nationale du 21 juin. A peine avions nous commencé
notre parcours, soit au bout d'une demi heure,
qu'une importante masse nuageuse est à nouveau venue
se coller aux reliefs et nous il a fallu écourter la
sortie et rebrousser chemin. Il eut été imprudent et
inintéressant de réaliser ce parcours avec de
nombreuses traversées dans des conditions de
visibilité nulle.
La deuxième partie de notre séjour
à Kangersuatsiaq s'est transformée en séjour chez
l'habitant. Dans un premier temps, Judith, est
venue nous solliciter pour prendre le café dans sa
demeure. Du café, nous sommes passés au déjeuner,
qui ont de loin, dans cette ambiance froide et
humide amélioré notre confort quotidien. Le temps
toujours très couvert ne nous incitait plus à
bouger. Pluie et neige ont fini de nous dissuader de
nous rendre sur Sondre Uperanvik pour la fête
nationale, alors que nous étions parfaitement
intégrés ici.
Pour cette occasion, le petit village
s'est mis sur son 31, les allées
nettoyées à la motopompe par les équipes de
pompiers, et le village entièrement ratissé de ses
déchets par toutes les générations, dans tous les
recoins du village. Le jour venu, les activités
étaient sciemment préparées.
8 heures, levé du
drapeau et hymne national chanté à capella. Suivi
d'un petit déjeuner de circonstance chez nos hôtes.
Cela en face de la télé qui diffusait des images de
la fête nationale en direct depuis la capitale Nuuk.
9h 45, cérémonie officielle dans la petite chapelle
de la commune. De nombreuses personnes sont en habit
traditionnel.
13 heures, tout le monde à rendez-vous
dans la salle des fêtes. Les villageois se
congratulent avant d'aller s'asseoir autour d'un
immense buffet central. Les discours officiels sont
menés par les responsables
de la commune, dont fait partie notre hôte Godman. A
la fin de son intervention, il nous présente à
l'ensemble des habitants. Nous profitons de cette
occasion et de la solennité du moment pour remettre
à la commune une médaille en cristal, présent de la
Municipalité de Monaco. Ce geste les touche
énormément. L'ensemble de la population manifeste
son approbation par des applaudissements soutenus.
Un villageois nous offre spontanément, au vu de
tous, son pendentif personnel à l'effigie du
Groenland. Une fois les discours, et les nombreux
chants de la chorale terminés, le buffet est ouvert.
Différents plats à base de narval, baleine, et autre
phoque, sont proposés. C'est alors une joyeuse ruée
vers le buffet qui contraste avec la discipline
jusqu'alors respectée.
La soirée se termine chez nos
hôtes devant la télé, retransmettant des images de
la capitale où se tient le banquet officiel avec la
reine du Danemark et tous les politiques. Ce jour
étant l'ultime étape avant l'indépendance définitive
du Groenland. Judith nous a préparé du phoque,
c'était vraiment excellent. Nous déclinons poliment
l'invitation à la soirée dansante qui se tient dans
la salle des fêtes, en prévision de notre départ
prévu pour le lendemain.
Dans la nuit, un habitant
vient taper à notre tente et nous remet deux
pendentifs locaux. Notre geste semble les avoir
beaucoup touchés.
Le lundi 22 juin, jour de notre
départ, le soleil brille pour la première fois
depuis une bonne semaine. Nos hôtes insistent pour
que nous partagions un ultime déjeuner avant notre
départ. Malgré les bateaux déjà chargés, il nous est
impossible de refuser. Le moment des adieux est
empli d'émotions.
Les 33 km qui nous séparent du
village de Sondre Upernavik s'effectuent dans des
conditions météo les plus favorables. Lorsque nous
arrivons dans la petite baie, l'ensemble des
habitants semble s'être réuni sur une plage voisine.
Les enfants nous accueillent, et nous aident à
sortir nos kayaks. On compte une vingtaine d'entres
eux tirant et poussant nos embarcations à terre,
jusqu'au lieu de notre campement.
Nous sommes
conviés à rejoindre la population, qui faute de
mauvais temps sur la journée de la veille, effectue
un immense barbecue où chacun a préparé différents
plats dont de la baleine. Chacun nous sollicite et
nous propose différents mets. Nous en profitons pour
nous présenter, et réaliser de nombreuses images.
Cette fois-ci, notre camp est monté dans une zone
quelle que peu isolée mais oh combien plus
tranquille que notre précédent campement. Chaque
soir, au moment du diner, nous recevons de la
visite. Les enfants du village se joignent à nous,
nous observent pour finalement nous inviter à
participer à leurs jeux, billes, la marelle, cache
cache, et farandole.
Lors d'une soirée, alors que
nous discutons autour d'un café chez un des
professeurs de l'école, nous sommes invités à
participer à une petite soirée improvisée. Il est 22
heures, et presque tout le village est là. Cette
fête est en l'honneur d'une petite fille de 4 ans qui a
pêché son premier poisson.
Pour remercier les
invités, des petits présents (biscuits, raisins
secs, papier toilette, éponge, etc.) en guise de
cadeau, est jeté à l'assistance. Ici, tout est
prétexte pour le rassemblement des personnes.
C'était vraiment touchant. Nous effectuons des
derniers achats avant une étape en totale autonomie
de plus de 200km. La zone de navigation est
relativement exposée, nous prévoyons une quinzaine
de jours pour la traverser, y compris une réserve
pour le mauvais temps. Les locaux nous préviennent
que nous risquons de rencontrer des troupeaux de boufs musqués, et qu'il nous faut être armé. |