|
De Illorsuit à Uummannaq, du 08 au 20
juillet 2009

 |
Ayant refait le
plein à la petite supérette locale, nous quittons
Illorsuit le 9 juillet, en milieu d'après-midi.
Impossible ici de réaliser des témoignages avec les
locaux, la plupart des hommes sont à la pêche pour
plusieurs jours. Au programme d'aujourd'hui, la plus
grande traversée de notre parcours ; à savoir, 17 km
en pleine eau pour rejoindre la côte opposée.
Direction, le village de Uvkusigssat , que nous
pensons atteindre après trois étapes.
Sur chaque grande
traversée, nous marquons le point visé, sur notre
GPS. Outre de connaître la distance exacte, cela
nous permet de contrer vents et courants qui peuvent
nous faire dévier de notre route. Là, les 17 km,
sont avalés sans encombre, en un peu plus de 3h. Et
dire, que lorsque nous préparions l'itinéraire sur
les cartes, une traversée de 5 km nous paraissait
être un maximum. |


|
La vue d'une
cabane, nous incite à nous arrêter d'autant plus que
le temps se couvre et qu'un vent contraire vient de
se lever. Après une brève visite des lieux, celle-ci
ressemble plus à un cabanon secondaire,
qu'à une cabane de trappe conventionnelle. Des tas
d'objets personnels décorent de façon on ne peut
plus kitch, l'intérieur. Du coup, nous montons la
tente un peu plus loin, à proximité d'un petit
ruisseau. Une fois les kayaks vidés, et l'ensemble
du matériel regroupé, lorsque je retire ma
combinaison étanche, un sinistre claquement retenti
à mes oreilles. Le col en latex, de la combinaison
vient de se déchirer. Inutilisable en l'état, il
nous faut impérativement la réparer. Pour en avoir
fait l'expérience sur une journée de formation, il
n'y a rien de pire qu'une combinaison étanche qui ne
l'est pas. Une fois remplies d'eau, les jambes sont
comme plombées, il devient impossible de se hisser
sur le bateau. Sur ce, la cabane toute proche et sa
chaleur ambiante, se transforment en atelier de
réparation providentiel. 24 heures plus tard, après
un travail en deux temps, (recto, et verso) le
Seangrip, et son durcisseur ont fait merveille.
L'encolure, pourtant déchirée sur plus de quinze
centimètres est entièrement reconstituée.
Dans la nuit, un
important édifice de glace, se rapproche
dangereusement
de notre petite plage. Il nous faut alors démonter
et remonter le camp
plus en hauteur pour des raisons de sécurité. |
|
 |
Après cette
journée de repos forcé, nous faisons route vers
Uvkusigssat, distant d'une quarantaine de
kilomètres. Sur un axe sud-est, d'imposantes chaînes
de montagnes entrecoupées de fjords plus larges les
uns que les autres, sont le décor d'une des plus
interminables journées de navigation. L'absence de
repère, et un axe de route constant, nous donnent
pendant dix heures l'impression de ne pas avancer.
Et comme souvent dans ces cas là, c'est un bon vent
de face et un léger courant contraire qui retardent
notre arrivée sur Uvkusigssat. |




|
Le village, tel
une crèche provençale, est accroché sur la roche.
Une petite rade faisant office de port se dessine,
derrière elle, une bande verte, nous n'irons pas
plus loin, et à minuit au milieu des barques tirées
à terre, nous montons le camp, salué par un
chaleureux « Welcome to Uvkusigssat » que nous lance
un pêcheur. Dès la première nuit, le ton est donné,
les 300 chiens de la ville se donnent en concert. Il
faut dire, que deux fois plus nombreux que les
habitants, c'est eux qui ici règnent en maîtres.
Guidés par Eric, un français, habitué des lieux,
nous faisons très vite connaissance avec les locaux,
allant d'invitations en invitations. Il faut dire,
qu'Eric qui maîtrise la langue à merveille.Entre
temps, les chiens visitent régulièrement l'abside de
notre tente, nous contraignant à rentrer le maximum
de choses à l'intérieur. Ils garderont d'ailleurs
en souvenir, notre confortable siège d'escalade.
En route vers Saattut,
nous passons par un imposant fjord longeant les
falaises à l'ombre de son versant nord. L'intention
initiale est de rejoindre Saattut en deux étapes.
Contrairement aux informations recueillies,
l'absence de plage aux lieux indiqués, nous oblige à
rejoindre la petite ville d'un seul trait. L'étape
nous voit passer les 500 kilomètres de la
mi-parcours. Saattut est située sur une petite île
rocheuse, c'est sur son extrémité ouest et à même la
roche que nous montons le camp. Rikka, un
sympathique groenlandais nous accueille, et après
les présentations, vu l'heure tardive nous donne
rendez-vous pour une visite de la ville, et une
rencontre avec ses parents. Le matin au réveil, nous
sommes sur un véritable spot de pêche. Des milliers
« ammassak » se sont donnés rendez-vous, et longent
la côte rocheuse à fleur d'eau, à quelques
centimètres du bord. Des bancs entiers se succèdent.
Il y en a tellement qu'il est possible de les
prendre à la main. Pas plus gros qu'une sardine, ces
poissons sont prisés des locaux. Ils les pêchent à
l'épuisette, constituant ainsi des réserves pour eux
comme pour leurs chiens. Les pêcheurs locaux se
succèdent rapidement dans le secteur, ils arrivent
en barque, et en quelques minutes ils prélèvent des
dizaines de kilos constituant ainsi leurs réserves.
Autour d'un café, nous rencontrons dans la soirée,
les parents de Rikka. En tant que chasseur, ces
récits nous intéressent, et nous ne manquons pas de
les noter. Suite à une question sur le mode de vie
traditionnel groenlandais, Nathalie se retrouve
déguisée en véritable femme des neiges. Vêtue de la
tête aux pieds d'une veste en peau de chiens et un
pantalon en peau d'ours, accompagnés des
traditionnels kamiks (bottes traditionnelles
groenlandaises). |
|
 |
Nous quittons
Saattut, et mettons le cap sur Uummannaq. La
trajectoire est quasi directe. Les 23 kilomètres qui
séparent les deux villes engendrent un trafic
surprenant. Les embarcations sur-motorisées se
déplacent à grande vitesse se faufilant entre les
blocs de glace et ce à longueur de journée. A notre
hauteur, des bras se lèvent, nous saluent, mais la
vitesse reste constante. |



 |
Nous arrivons sur
Uummannaq en fin d'après-midi, la quantité de glace
à proximité de la ville est impressionnante. Cela
aussi bien en quantité que par la dimension des
édifices. L'étape d'Uummannaq est pour nous une
escale technique. Une quarantaine de kilos nous y
attendent. Pour effectuer le chargement, il nous
faut impérativement être situé en ville. Ici, la
place manque, il n'y a que du rocher. Un petit
passage en terre situé près du club de kayaks local
fera l'affaire. Dès le lendemain, nous nous
dirigeons sur l'hôtel Uummannaq où, bien à l'abri
dans un container, nous attend notre chargement,
sous forme d'un gros colis que nous avions nous-même
constitué au mois d'avril. Dans la foulée, nos
kayaks sont entièrement vidés, et délestés de tout
ce qui ne nous ait pas indispensable. Afin de
libérer de la place, et de faciliter ce chargement
principalement constitué de repas lyophilisé,
vêtements et autres accessoires secondaires, sont
retournés par ferry sur Ilulissat, notre destination
finale. Si les chiens de Ummannaq sont calmes, il en
est tout autrement de sa population, surtout un
samedi soir après une soirée politique bien arrosée.
Nos voisins, non contents de rentrer bien éméchés à
trois heures du matin, invitent une grande partie du
village, et nous offrent une véritable nuit
musicale, spéciale vieux blues américains. Le week
end étant passé, c'est à l'aide d'une brouette, que
dès l'ouverture des bureaux de la Royal Arctique
Line, nous déposons notre colis pour Ilulissat. Dans
la foulée, nous rencontrons Monsieur Pollas Lyberth
dans son bureau de la commune de Ummannaq. Il nous
accorde un entretien, nous en profitons pour
l'interroger sur la situation climatique locale, et
lui remettons un cadeau de la municipalité de
Monaco. Dans l'après-midi, nous quittons le petit
port d'Ummannaq pour notre dernière traversée, d'une
petite dizaine de kilomètres, au milieu des glaces,
avant de rejoindre la péninsule, que nous ne
quitterons plus et que nous longerons, jusqu'à notre
arrivée dans le district d'Ilulissat. Le soir, comme
un accueil sur cette côte, une magnifique maison en
tourbe sera pour la nuit notre demeure. Son
intérieur est des plus authentiques, tourbe,
pierres, peaux de phoques, et literie en bouf
musqué. Au travers de l'unique petite fenêtre, alors
que le soleil enflamme l'horizon, commence au milieu
des glaces, la gracieuse danse des baleines. |
|