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Nous passons une
journée au petit village d'Aappilattoq.
Devant nous un
champ d'icebergs. Un jeune d'une quinzaine
d'année, Salmon, vient nous voir avec sa barque.
Il nous amène des boissons fraîches et une
friandise. Il ne parle pratiquement pas anglais.
Il nous emmène au village chercher de l'eau à la
maison bleue. (dans tous les villages, il y a
une petite maison bleue faisant office de
fontaine à eau). Les jeunes jouent avec des jeux
simples, les filles aux billes, une sorte de
pétanque, les garçons font naviguer des bateaux
en polystyrène au bout d'un bâton.
Ici, c'est
paisible, les gens travaillent de 9 h à 15 h
avec une heure de pose. Ensuite, ils partent en
bateau, sortent, se retrouvent. Bent,
un chasseur et pêcheur professionnel, se
présente spontanément à nous. Un échange
improvisé sur la situation locale s'engage.
Objet d'un prochain témoignage.
Nous quittons d'Aappilattoq
par le large afin d'éviter le labyrinthe de
glaces. Nous nous dirigeons vers le glacier, le
chemin est long. Sur les conseils des gens
d'ici, nous choisissons un bivouac en hauteur,
sur une rampe de roche plate, nous montons les
kayaks sur la neige. Notre camp se fera à plus
de 10 mètres de hauteur. Car, quand les icebergs
se retournent, ceux-ci peuvent former des vagues
de plusieurs mètres. Nous naviguons vers la
partie est de l'Isford, au plus près du Glacier
qui a reculé de plus de 20 km en 10 ans. Ce qui
nous laisse espérer un passage à l'est.
Néanmoins, comme on pouvait s'y attendre, ce
passage est bloqué par le pack sur plus d'un
kilomètre d'après notre GPS, nous obligeant à
faire demi tour pour prendre un autre fjord. Ce
ne sera pas le dernier de la journée, car ne
trouvant pas de bivouac, nous sommes contraints
de revenir sur nos pas, ayant délaissé une plage
qui ne nous permet pas de nous positionner en
hauteur.
La marée haute a
décroché le pack dérivant et l'on a pu assister
à un défilé de glace musical. Contrairement à
d'autres destinations, les repérages effectués
sur Google Earth sont ici d'aucune utilité pour
trouver un point de bivouac, encore moins, les
cartes topographiques, où les zones vertes sur
le pourtour côtiers ne cadrent en rien avec la
réalité. On les trouve même sur des falaises
abruptes. (Alain prétend que ce sont des
algues).
Nicolas nous
avait parlé des oursins. Nous en voyons une
grande quantité, juste au-dessous de nous. Nous
les décrochons avec les pagaies, et les faisons
monter jusqu'à nous. Au dernier moment, nous
mettons les mains dans l'eau glacée pour les
ramasser. Ils sont très copieux et excellents.
Le paysage
change, nous avons plus de falaises qui tombent
à pic dans l'eau. Quelques oiseaux, en colonie
et par endroit. Près du glacier, des vols
d'eiders. Ici, des genres de mouettes. Nous
accostons sur une petite plage, sortie de
ruisseau, et nous avons dû monter la tente sur
de la végétation haute, au milieu des trous et
des bosses. Pas de soucis pour l'eau, il y en a
partout, on peut la recueillir sur place, dans
la fonte des névés. Dans la nuit, il faut
déplacer les kayaks sur les rochers à cause de
la marée. Elle monte beaucoup plus la nuit (1,70
m) que dans le journée (60 cm).
Le kayak
d'Alain prend l'eau, au niveau de l'habitacle,
et l'on n'arrive pas à déterminer de quel
endroit. Les venturis des fjords, nous incitent
à cheminer au plus court. Michel, notre routeur
météo nous annonce des vents faibles, alors que
nous constatons l'après-midi, que nous avons
des brises soutenues.
Nous prenons une
journée de repos, pour une baignade dans les
marres, une ballade en montagne. Les paysages
sont grandioses.
Compte tenu de
l'étape que nous devons faire, pour aller à
Kangersuatsioq, nous décidons de partir très
tôt. Debout à 2 h du matin, pour un départ à 5
h. Nous avons du brouillard toute la journée,
nous obligeant à naviguer aux instruments
pendant plus d'une heure pour effectuer une
traversée de fjord. Nous longeons les falaises
abruptes à quelques mètres. A un cap, autre
surprise, un énorme iceberg nous barre la route.
Un moment, nous nous interrogeons s'il faut le
contourner ou passer entre lui et la terre.
A l'arrivée à
Kangersuatsioq, après 8 h 30 non stop de
navigation, des enfants viennent nous voir
débarquer, sur la plage. Ils ne parlent pas
anglais, mais restent là et nous aident à
déplacer les kayaks. Nous montons la tente face
au port. Les gens du village viennent à notre
rencontre. Le lendemain, nous prenons le temps
de discuter avec les locaux. Il y a environ 150
personnes, beaucoup de trappeurs, de chasseurs,
de pêcheurs. On peut le voir, au nombre de
chiens, des traîneaux, des phoques dépecés, de
la morue qui sèche, des pêcheurs qui préparent
les filets. Le village est très joli, avec sa
anse devant, sa trentaine de petits bateaux,
amarrés aux bouées. L'instituteur nous invite à
boire le café chez lui, et nous montre les
dessins qu'il fait au cutter.
Pendant cette
semaine, les températures sont bien remontées.
Dans l'ensemble, nous avons eu des conditions de
navigation très clémentes.
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