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De Aappilattoq à Kangersuatsiaq N72 22 

 

 

 

Nous passons une journée au petit village d'Aappilattoq.

Devant nous un champ d'icebergs. Un jeune d'une quinzaine d'année, Salmon, vient nous voir avec sa barque. Il nous amène des boissons fraîches et une friandise. Il ne parle pratiquement pas anglais. Il nous emmène au village chercher de l'eau à la maison bleue. (dans tous les villages, il y a une petite maison bleue faisant office de fontaine à eau). Les jeunes jouent avec des jeux simples, les filles aux billes,  une sorte de pétanque, les garçons font naviguer des bateaux en polystyrène au bout d'un bâton.

Ici, c'est paisible, les gens travaillent de 9 h à 15 h avec une heure de pose. Ensuite, ils partent en bateau, sortent, se retrouvent. Bent, un chasseur et pêcheur professionnel, se présente spontanément à nous. Un échange improvisé sur la situation locale s'engage. Objet d'un prochain témoignage.

Nous quittons  d'Aappilattoq par le large afin d'éviter le labyrinthe de glaces. Nous nous dirigeons vers le glacier, le chemin est long. Sur les conseils des gens d'ici, nous choisissons un bivouac en hauteur, sur une rampe de roche plate, nous montons les kayaks sur la neige. Notre camp se fera à plus de 10 mètres de hauteur. Car, quand les icebergs se retournent, ceux-ci peuvent former des vagues de plusieurs mètres. Nous naviguons vers la partie est de l'Isford, au plus près du Glacier qui a reculé de plus de 20 km en 10 ans. Ce qui nous laisse espérer un passage à l'est. Néanmoins, comme on pouvait s'y attendre,  ce passage est bloqué par le pack sur plus d'un kilomètre d'après notre GPS, nous obligeant à faire demi tour pour prendre un autre fjord. Ce ne sera pas le dernier de la journée, car ne trouvant pas de bivouac, nous sommes contraints de revenir sur nos pas, ayant délaissé une plage qui ne nous permet pas de nous positionner en hauteur.

La marée haute a décroché le pack dérivant et l'on a pu assister à un  défilé de glace musical. Contrairement à d'autres destinations, les repérages effectués sur Google Earth sont ici d'aucune utilité pour trouver un point de bivouac, encore moins, les cartes topographiques, où les zones vertes sur le pourtour côtiers ne cadrent en rien avec la réalité. On les trouve même sur des falaises abruptes. (Alain prétend que ce sont des algues).

Nicolas nous avait parlé des oursins. Nous en voyons une grande quantité, juste au-dessous de nous. Nous les décrochons avec les pagaies, et les faisons monter jusqu'à nous. Au dernier moment, nous mettons les mains dans l'eau glacée pour les ramasser. Ils sont très copieux et excellents.

Le paysage change, nous avons plus de falaises qui tombent à pic dans l'eau. Quelques oiseaux, en colonie et par endroit. Près du glacier,  des vols d'eiders. Ici, des genres de mouettes. Nous accostons sur une petite plage, sortie de ruisseau, et nous avons dû monter la tente sur de la végétation haute,  au milieu des trous et des bosses. Pas de soucis pour l'eau, il y en a partout, on peut la recueillir sur place, dans la fonte des névés. Dans la nuit,  il faut déplacer les kayaks sur les rochers à cause de la marée. Elle monte beaucoup plus la nuit (1,70 m) que dans le journée (60 cm).

 Le kayak d'Alain prend l'eau, au niveau de l'habitacle, et l'on n'arrive pas à déterminer de quel endroit. Les venturis des fjords, nous incitent à cheminer au plus court. Michel, notre routeur météo nous annonce des vents faibles, alors que nous constatons l'après-midi,  que nous avons des brises soutenues.

Nous prenons une journée de repos, pour une baignade dans les marres, une ballade en montagne. Les paysages sont grandioses.

Compte tenu de l'étape que nous devons faire, pour aller à Kangersuatsioq, nous décidons de partir très tôt. Debout à 2 h du matin, pour un départ à 5 h. Nous avons du brouillard toute la journée, nous obligeant à naviguer aux instruments pendant plus d'une heure pour effectuer une traversée de fjord. Nous longeons les falaises abruptes à quelques mètres. A un cap, autre surprise, un énorme iceberg nous barre la route. Un moment, nous nous interrogeons s'il faut le contourner ou passer entre lui et la terre.

A l'arrivée à Kangersuatsioq, après 8 h 30 non stop de navigation, des enfants viennent nous voir débarquer, sur la plage. Ils ne parlent pas anglais, mais restent là et nous aident à déplacer les kayaks. Nous montons la tente face au port. Les gens du village viennent à notre rencontre. Le lendemain, nous prenons le temps de discuter avec les locaux. Il y a environ 150 personnes, beaucoup de trappeurs, de chasseurs, de pêcheurs. On peut le voir, au nombre de chiens, des traîneaux, des phoques dépecés, de la morue qui sèche,  des pêcheurs qui préparent les filets. Le village est très joli, avec sa anse devant, sa trentaine de petits bateaux, amarrés aux bouées. L'instituteur nous invite à boire le café chez lui, et nous montre les dessins qu'il fait au cutter.

Pendant cette semaine, les températures sont bien remontées. Dans l'ensemble, nous avons eu des conditions de navigation très clémentes.

 

 

 

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